Massacre du 28 septembre 2009 : Un audio attribué à un "agent secret" angolais accable Dadis Camara

Procès sur le massacre de 2009
Capitaine Moussa Dadis Camara à la barre du tribunal criminel de Dixinn
Capitaine Moussa Dadis Camara à la barre du tribunal criminel de Dixinn

CONAKRY-Un audio explosif attribué à un agent des renseignements angolais présent à Conakry le jour du massacre du 28 septembre 2009 tourne en boucle sur les réseaux sociaux ces derniers jours. Il s’agit d’un témoignage atypique qui fournit des éléments qui corroborent avec certaines révélations faites par maître Paul Yomba Kourouma, quant à la présence supposée de Dadis Camara dans les parages du stade 28 septembre le jour du massacre.

L’agent secret d'origine angolais, nommé Charly Lumu explique c’est Marcel Guilavogui (coaccusé de Dadis, Toumba et cie dans le procès en cours) qui aurait coordonné les opérations dans la violente expédition punitive ayant provoqué la mort d’au moins 157 civils. Il affirme aussi que ce sont les hommes de Gono Sangaré qui ont exécuté les gens à la machette. Gono Sangaré qui vit selon lui actuellement au Libéria était à la tête de plus de 160 hommes.

Dans l’audio, l’agent secret déclare que le jour du massacre, c’est un certain Georges qui aurait quitté le camp Alpha Yaya avec la milice venue de Kaléah tôt le matin et qu’ils sont allés prendre position dans les alentours, parce qu’à cette heure, le stade n’était pas ouvert. Lorsque les agents postés à l’esplanade n’ont pas pu contenir la foule, l’ordre a été donné d’ouvrir les portes du stade pour contenir les manifestants à l’intérieur, selon toujours l’audio.

« Quand la manifestation a commencé à dégénérer, nous étions (avec Dadis)encore à l’intérieur de la présidence, on n’avait pas bougé. Mais les troupes de Kaléah avaient déjà bougé depuis 07h avec Georges, ils étaient aux alentours du stade, cantonnés en petits groupes », raconte l’agent secret.

Si les gendarmes, notamment ceux qui étaient sur commandement du colonel Thiegboro, ne sont pas intervenus pour stopper le massacre, c’est parce que selon lui, ils avaient reçu des consignes claires de ne pas agir. « L’ordre a été donné de retirer ses hommes ».

L’agent secret laisse entendre que la déclaration de Dadis Camara selon laquelle il n’a pas quitté la présidence le 28 septembre 2009 est fausse. « Au bureau du président, il y avait trois issues : l’entrée principale et deux issues de camouflages. Au cas où il y a un problème par devant, on pouvait l’évacuer par derrière. Ce sont des architectes angolais qui ont modifié ce plan. J’ai les schémas. Même ceux qui sont au camp Alpha Yaya ne savent qu’il y a eu des travaux de construction à partir du bureau du président. Personne ne le savait », a-t-il révélé. Plus loin, il explique qu’après un petit incident avec le commandant du salon Jannot qui aurait même été giflé et insulté, Dadis aurait été sorti par la suite par cette sortie secrète de secours en camouflage.

« Quand Toumba dit qu’en passant au rond-point, il a vu Marcel cantonné avec des hommes, il n’a pas vu le Président (Dadis), mais il était bien là. Le colonel Pivi était avec le Président. C’est le président qui coordonnait les opérations », narre l’agent. Selon lui, les gens qui ont massacré à la machette sont venu de chez Gono Sangaré. Celui-ci avait été cité par Toumba dans sa déposition. L’accusé expliquait que lors d’un déplacement avec Dadis chez Gono, il avait vu des hommes avec des accoutrements bizarres, armés de machettes. « Ce sont les gens de Gono qui ont découpé les manifestants au stade. Il est descendu avec 163 personnes lui seul », selon l’agent des renseignements angolais.

Qu’en dit la défense de Dadis face à ces nouvelles allégations ? Joint par Africaguinee.com, le collectif qui défend l’ancien président n'a pas voulu commenter ces révélations. « Il n'est pas question de réagir sur des faits qui ne sont pas fondés. Ce sont des allégations fabriquées de toutes pièces (…) Plus de dix ans après les évènements pendant que nous sommes en procès, c’est maintenant qu'on brandit un audio fabriqué de toutes pièces ? (…).  Cet audio est un non-évènement et il n'a aucun impact pour nous sur le procès en cours », a tranché un des avocats de M. Camara attendu encore à la barre le 23 janvier prochain pour la suite de son interrogatoire fleuve dans le procès sur le massacre de 2009.

Dossier à suivre…

Sayon Camara

Pour Africaguinee.com

Créé le Dimanche 22 janvier 2023 à 11:42