Kissi Barry, victime d'une manifestation en 2013: "Les policiers m'ont jeté après m'avoir fait payer une rançon de 650.000 Gnf..."

Conakry
Mamadou Kissy Barry
Mamadou Kissy Barry

CONAKRY- L’attente aura été longue et pénible mais un vent d’espoir de justice vient de souffler enfin pour les victimes du régime d’Alpha Condé. En 2013, Mamadou Kissi Barry a été victime de coups et blessures lors d’une manifestation de l’opposition à Conakry. A l’époque, l’opposition guinéenne manifestait pour obtenir d’Alpha Condé, élus trois ans plutôt, l’organisation des élections législatives.

Cette contestation qui avait duré de longs mois avait fait des dizaines de morts et des dégâts matériels importants. Environs dix ans après les faits, une lueur d’espoir de justice se présente pour les victimes et leurs proches. La justice guinéenne a ouvert ce dossier qui dormait dans les tiroirs depuis des lustres.

Ce vendredi 20 janvier 2023, cinq familles de victimes ont été longuement auditionnées par des officiers de police judiciaire (OPJ) dans l’enceinte du palais de justice de Dixinn délocalisé à la cour d’Appel de Conakry. Bien que beaucoup reste encore à faire, Mamadou Kissi Barry se sent soulagé. Il exhibe ses vieilles photos où on le voit avec des traces de coups. Le souvenir est douloureux.

« En 2013 j’ai été tabassé pendant toute la journée par des agents le jour d’une manifestation de l’opposition. On m’a amené à l’hôpital Mère et Enfants, mais on n’a pas pu me soigner parce que je saignais beaucoup par les narines. C’est après là-bas que je suis parti à Dakar où je suis resté pendant trois mois », raconte-t-il à Africaguinee.com après son audition. Merci de suivre la suite de son lourd témoignage.

« Je suis victime de coups et blessures. En 2013, lors d’une manifestation de l’opposition, j’ai été tabassé pendant toute une journée. Les preuves (des photos) sont avec moi. Après on m’a amené à l’hôpital Mère et Enfants où les médecins n’ont pas pu me soigner. Je saignais trop. Après je suis parti à Dakar, j’y suis resté pendant trois mois avant de regagner le pays. Mais jusqu’à présent j’ai mal au nez, à la tête, aux pieds. Les policiers avaient cassé mon pied et mon nez.

C’était lors d’une manifestation de l’opposition qui réclamait l’organisation des élections législatives en 2013. J’étais à la maison quand j’ai entendu du bruit devant ma boutique, dès que je suis sorti les policiers sont rentrés par la petite porte. Dès qu’ils sont rentrés, ils m’ont trouvé et ils se sont mis à dire : voilà un leader. Ils m’ont attrapé. Il y en a un qui m’a terrassé. Ils m’ont mis par terre et m’ont tabassé plusieurs minutes. Quand ils m’ont dit de se relever, je ne pouvais même pas m’arrêter, ils m’ont pris. Mon grand frère est sorti, dès qu’ils l’ont vu, ils l’ont pris aussi, ils l’ont bastonné.

Je ne pouvais pas m’arrêter parce que mon pied était cassé, mon nez également. Ils nous ont embarqué pour nous envoyer à la police. Ils nous ont enfermés là-bas jusqu’à 16h. La cellule était bourrée de personnes arrêtées. Ils ont dit : ‘’ tous ceux qui sont blessés, vous pouvez sortir en payant une rançon’’. On a payé là-bas 650 000 francs guinéens. C’était à la CMIS (compagnie mobile d’intervention et de sécurité) de Sonfonia SOS. Nous étions trois, les blessés mais il y avait beaucoup de personnes dans la cellule. On nous a jetés dehors après avoir payé les six cent cinquante mille de francs guinéens (650 000 Gnf).

C’était dans le quartier. Il y a un vieux qui est venu à notre secours, il nous a ramenés à la maison. Après quelqu’un a appelé la Croix-Rouge qui est venue nous envoyer à Mère et Enfants. Le scanner a montré que mon pied et le nez étaient cassés. Je suis resté là-bas pendant deux jours, après j’ai acheté trois billets dont un pour le médecin. Nous sommes partis directement à l’hôpital Principal de Dakar où je suis resté pendant trois mois. Mais durant un mois je saignais. On m’a dit que c’est un nerf qui est blessé à l’intérieur. Je mettais du coton que je les médecins venaient changer chaque 30 minutes.  Au bout d’un mois, les saignements ont cessé. Après ils se sont occupés de ma tête et du pied.

De l’audition du jour

L’audition s’est très bien passée. Les officiers de la police judiciaire nous ont bien interrogés. Pendant deux heures de temps on a tout expliqué, ils ont noté. Je souhaite que les autres victimes puissent venir témoigner parce que nous sommes nombreux. L’avocat a parlé de 260 personnes mais moi je sais que ça dépasse ce nombre parce que dans mon quartier seulement, il y a eu plus de 10 morts. J’ai tenté de leur expliquer afin qu’ils viennent témoigner mais ils n’ont pas encore décidé. Je vais essayer de les convaincre encore ».

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Vendredi 20 janvier 2023 à 19:17