Coincé par le procureur Algassimou Diallo, Pivi jure à la barre : "Je n’ai jamais ouvert le feu sur un guinéen…"

Procès 28 septembre 2009

CONAKRY-Le colonel Claude Pivi alias "Coplan", ministre en charge de la sécurité présidentielle de Dadis Camara sous l'ère du CNDD, a comparu pour la première fois à la barre, ce mardi 22 novembre 2022, dans le cadre du procès du 28 septembre 2009 en cours.

Pour sa défense, l'ex homme fort sous le CNDD s’est inscrit dans la négation systématique des lourdes charges qui pèsent sur lui. Après sa déposition, l'ex ministre de la sécurité présidentielle a été mis en difficulté par le procureur Algassimou Diallo, le confrontant avec ses déclarations face aux officiers enquêteurs de la police judiciaire. Quelques extraits de cet échange houleux.

Procureur : Est-ce que vous saviez qu'une commission internationale avait été mise en place par le secrétaire général de l’ONU à l'époque Banki Moon pour venir investiguer par rapport aux événements de 28 septembre 2009 ?

Claude Pivi : Si, j'en savais. 

Est-ce que cette commission vous a rencontrés ? 

Oui, ils sont venus jusque dans mon bureau. Il y avait une femme du nom de Ben Souda avec eux.

Vous vous rappelez de l'échange que vous aviez eu avec cette commission ?

Je me rappelle un peu parce que j'avais dit que nous ici on était à la recherche des éléments qui ont commis les crimes. 

A cette commission vous aviez dit à cette commission : Le commandant du régiment, c'est bien le président Moussa Dadis Camara. Vous le confirmez ?

 Ça, je ne sais pas si je l’avais dit. 

Vous avez précisé qu'il est devenu commandant du régiment après le limogeage de l'ancien commandant. Est-ce que celui qui était là-bas n'avait pas été limogé ?

Celui que j'ai indexé, Toumba et son équipe sont allés les arrêter et les envoyer en prison.

Est-ce que vous vous rappelez avoir été interrogé par des gendarmes au PM 3 ?

Oui j'ai été interrogé par des gendarmes au niveau de Matam. C'était le 21 avril 2011.

A ces officiers enquêteurs, vous aviez dit : je me nomme Claude Pivi, né en 1960 à Nzérékoré, fils de feu Koï Koï et d'Agnès Kourouma. Vous êtes militaire, grade lieutenant en service au bataillon des troupes Aéroportés. C'est bien ça ?

Oui.

Vous avez dit que vous êtes mariés à deux femmes et père de sept enfants vivants. Vous êtes domicilié à Kagbelen Tobolon, dans la commune urbaine de Dubréka. Que vous n'avez jamais été condamné et que vous êtes de la classe de 1985. Votre numéro matricule : 15516 G. Lorsque les officiers enquêteurs vous ont demandé ce que vous savez des événements tragiques survenus au stade du 28 septembre. ?  Vous vous souvenez

Oui.

Alors voici la réponse que vous avez donné :  après la marche programmée des leaders politiques qui devait avoir lieu au 28 septembre, en ma qualité de ministre en charge de la sécurité présidentielle, je suis sorti de chez moi pour faire un tour d'horizon en allant vers Enco5 pour prendre le pool de la situation.

Du camp Alpha Yaya, vous êtes sorti pour aller à Enco5, pour prendre le pool de la situation. Mais devant le tribunal, vous avez dit que vous êtes sorti très tôt le matin parce que le président d'alors vous a dit d'aller traquer des militaires indélicats qui se seraient emparés des engins à Maneyah. 

Vous avez donné une version à l'enquête préliminaire. Les gendarmes qui vous avez interrogés vous leur avez dit que le 28 septembre, de votre domicile du camp, vous êtes allés à Enco5 pour prendre le pool de la situation. Mais face au tribunal vous avez dit qu'en réalité vous étiez mandaté par Moussa Dadis Camara à l'effet d'aller traquer des militaires indélicats du côté de Maneyah. Laquelle de ces versions nous devons prendre en compte ? 

 

PIVI : Non, ce n'est pas moi. Peut-être qu'ils se sont trompés.  Mais ce qu'ils ont dit là ce ne sont pas mes propos.

Pourtant votre filiation et matricule, c'est eux qui l'ont mis et vous avez reconnu ça.

Avant que je n'aille à leur rencontre, ces officiers enquêteurs m'avaient appelé, je leur avais donné ma filiation. Après ils m'ont dit qu'il y a un document que je devrais signer. 

Est-ce-que vous aviez signé le document ? 

Oui après ils m'ont appelé, je suis venu, j'ai signé parce qu'ils m'ont dit "mon colonel on ne voulait pas vous déplacer, mais signez. J'ai signé et j'ai pris ma voiture j'ai quitté. 

Sauf que même les analphabètes n'acceptent jamais de signer un document comme vous l'avez fait..

C'est mes signatures mais ce qui est dit là-dans, ce n'est pas comme ça je l'ai dit.

Vous avez déclaré à la commission d’enquête : " le matin du 28 septembre, vous êtes restés au camp Alpha Yaya parce que la sécurité au stade était assurée par les policiers et gendarmes.

Une troisième version selon laquelle, vous étiez au camp parce pour vous, la sécurité au stade était par la police et la gendarmerie. 

Pour cette même journée, vous avez eu trois versions contradictoires, diamétralement opposées. Quelle est la version que nous pouvons retenir monsieur Pivi ?

Non, ce n'est pas moi qui ai dit ça.

Sur les pillages de boutiques et magasins sur l'axe Bambéto-Cosa

PIVI : Mes hommes et moi personne n'a été au stade. Je n'ai pas été devant un magasin à Hamdallaye ni pour piller. En revenant de ma mission je suis passé par Cosa puis Bambéto et suis rentré au camp. C'était ma trajectoire. Je n'ai jamais pillé une boutique. 

Au Camp Alpha Yaya 

Je n'ai pas vu une recrue de Kaleyah au camp Alpha Yaya. Il y a certaines situations qui se passait je n'étais pas informé. Dans le régiment, il y avait le groupe des éléments du colonel Tiegboro, ils faisaient partie mais ils étaient en béret vert. Même si tu venais des autres unités, si ce n'est pas des gendarmes, une fois dans le régiment c'est le béret qu'on portait. Même Marcel il venait du bataillon des charts avec un béret noir mais une fois au régiment c'était un béret rouge. Toumba et Marcel ne portaient pas de la même manière le béret.

Le 28 septembre à Bomboli, qui a ouvert le feu en tirant des rafales en l'air et faisant apeurer les commerçants ?

Ce n'était pas mon groupe. De Maneyah jusqu'à mon retour aucun n'a tiré un coup de feu. Franchement je suis étonné de me retrouver ici à la barre pour cette affaire du 28 septembre. Parce que je ne sais rien de cette affaire. Ce sont des mensonges seulement qui m’ont été collés. Je n'ai jamais tiré sur un guinéen. Mes hommes, devant moi aussi ils n'ont jamais tiré. Même les brigands que j'arrête, s'ils sont armés, je retire l'arme mais je ne tire pas sur eux. 

Le procès va se poursuivre mercredi 23 novembre pour la suite des débats.

Nous y reviendrons !

Siddy Koundara Diallo 

Pour Africaguinee.com 

 

Créé le Mercredi 23 novembre 2022 à 8:26