Manifestations, désobéissance civile : Risque de tensions à Conakry...

Guinée
Face à face entre manifestants et police anti-émeute déployée sur l'autoroute le Prince le 28 juillet dernier à Conakry
Face à face entre manifestants et police anti-émeute déployée sur l'autoroute le Prince le 28 juillet dernier à Conakry

CONAKRY-La semaine qui démarre en Guinée s’annonce sous tension, pendant que le procès de Dadis Camara et ses coaccusés dans le dossier du massacre du 28 septembre reprend ses droits ce lundi 17 octobre.

Deux plateformes de la société civile projettent des actions d’envergure dans le pays, notamment à Conakry pour amener la junte à plus de fléchissement et d’ouverture par rapport dans la gestation de la transition. Dissous depuis août dernier, le FNDC, fer de lance de la lutte pour le retour rapide à l’ordre constitutionnel, a décidé de reprendre ses manifestations cette semaine.

Ce mouvement hétéroclite composé de partis politiques, d’organisations de la société civile, appelle à une mobilisation citoyenne le jeudi 20 octobre, jour où le Gouvernement compte ouvrir officiellement les travaux du dialogue. L’objectif est triple. Un, amener les autorités de la transition à un dialogue concerté sous la supervision de la Cedeao (communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest), ensuite obtenir la libération des détenus politiques et la publication de la liste des membres du CNRD.

Dans la foulée, le Forum des Forces Sociales de Guinée (FFSG) qui rassemble là également un certain nombre de parti politiques et d’organisations de la société civile a décidé de quitter le stade des menaces pour passer l’action. Ce bloc appelle à des actions de désobéissance civile le 22 octobre, une première dans le pays sous l’ère CNRD, dirigé par le colonel Mamadi Doumbouya. Les leaders de cette plateforme n’entendent pas se limiter là, ils comptent aussi engager des actions en justice contre toutes institutions, entreprises ou Etat qui hasarderait désormais à signer des accords engageant l’avenir du pays, avec une junte souffrant d’un déficit de légitimité.

Ce regain de tension intervient alors que la Guinée est frappée par des sanctions de la Cedeao qui exige un chronogramme réaliste de la transition.  L’organisation sous-régionale a décidé de dépêcher une mission technique chargée d’évaluer ledit chronogramme dont la durée est fixée à trois ans. Elle séjournera en Guinée du 16 au 21 octobre.

Dans le pays, cette nouvelle poussée d’adrénaline est diversement appréciée. « C'est tout à fait normal que les personnes qui ne sont pas d'accord avec la junte sortent exprimer leur mécontentement. Mais, si c'est une partie qui manifeste, moi je suis contre ça. Parce qu'il y a six communes à Conakry. Alors, si c'est seulement la commune de Rotoma qui sort, moi personnellement, je ne suis pas favorable à ce type de mobilisation », indique Hady Diallo rencontré à Koloma.

D’autres citoyens s’inquiètent des répercussions que ces manifestations peuvent avoir sur le déroulement des cours dans les écoles. "Franchement, nous sommes très inquiets par rapport aux manifestations annoncées. Parce que dans notre zone ici, quand y a des manifestations, les enfants ne peuvent pas venir à l'école. Cela va jouer sur le programme scolaire des élèves", s’inquiète Moussa Camara, directeur adjoint dans une école privée située à Cosa, dans la commune de Ratoma.

Mariama Diallo quant à elle, appelle les protagonistes en conflit au dialogue. « Les manifestations ne changent plus grand-chose. Il y a eu beaucoup de manifestations avec plusieurs morts, beaucoup de blessés, assez de dégâts matériels…rien a changé pratiquement. Alors, nous les appelons d’aller autour de la table pour résoudre complètement cette crise. Sinon, c'est nous les pauvres qui allons souffrir. Donc, une fois encore, nous leur demandons de dialoguer », lance cette étalagiste.

Le dialogue, justement c’est ce que le Gouvernement essaie de mettre en place. Mais l’équation se complique. Une partie de la classe politique rejette toujours le cadre mis en place et pose des exigences. Sensé s’ouvrir le 20 octobre, le dialogue ne fait toujours pas l’unanimité entre les acteurs. Mais les tractations se sont intensifiées ces derniers jours en coulisses. Dr Bernard Goumou devrait effectuer une tournée (de dernière chance) dans les QG (quartiers généraux) des coalitions politiques, histoire de les rassurer de la bonne foi du Gouvernement.

Sur le front diplomatique, l’exécutif ne reste pas assis. Ce lundi 17 octobre, le chef de la diplomatie guinéenne, recevra en fin de matinée, un pool d’ambassadeurs accrédités dans le pays alors que l’ultimatum de la Cedeao expire le 23 octobre.

A suivre…

 

Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Créé le Lundi 17 octobre 2022 à 8:58