Procès "28 septembre"-Bah Oury parle : "En tant qu’organisateur de la manifestation..."

Guinée
Bah Oury, leader de l'UDRG
Bah Oury, leader de l'UDRG

CONAKRY- L’ouverture annoncée du procès du 28 septembre 2009 continue de susciter des réactions en Guinée. Bah Oury, le président du comité d’organisation de la manifestation du 28 septembre 2009 pour le compte des Forces Vives Nationales, n’est pas en marge. Dans un entretien accordé à notre rédaction, le leader de l’UDRG exprime ses attentes tout en faisant des recommandations aux autorités pour une bonne tenue du procès. Entretien exclusif !!!

AFRICAGUINEE.COM : Le procès des auteurs présumés du massacre survenu au stade de Conakry il y a treize ans s’ouvrira le 28 septembre prochain. Comment en tant président du comité d'organisation de cette manifestation accueillez-vous cette annonce ? 

BAH OURY : C’est vrai, j’étais le président du comité d’organisation de la manifestation du 28 septembre 2009 pour le compte des Forces Vives Nationales dont feu Jean Marie Doré était le Porte-Parole. Je rappelle également que j’étais le Président de la Commission Politique de notre association qui regroupait des partis politiques (dont l’UFDG, le RPG, l’UFR, l’UPG, entre autres) des associations de la Société Civile et des syndicats. L’annonce du lancement du procès est accueillie avec satisfaction car nous l’attendions depuis très longtemps. Toutefois, nous ne vous cachons pas que nous sommes habités par des sentiments mitigés du fait notamment du contexte socio-politique crispé dans notre pays.

Selon vous est-ce que toutes les conditions -logistiques, sécuritaires-, sont réunies pour tenir un procès libre, juste et équitable ? 

Il faut saluer à la fois le courage et la volonté politique des autorités de la transition d’honorer un engagement que ses précédents dirigeants ont contracté au nom de la Guinée. La décision de procéder au lancement du procès n’est pas fortuite. D’après le Ministre de la Justice M. Charles Wright, les préalables logistiques sont réunis. C’est au niveau des conditions sécuritaires que des efforts soutenus sont urgents et indispensables. Elles sont de plusieurs ordres à notre avis:

  • Les victimes et leurs proches qui ont décidé d’être partie civile doivent être protégées et sécurisées. A cet effet une recommandation expresse figure dans le rapport final des Assises Nationales
  • Des dispositions idoines doivent également être prises pour sécuriser le procès en tant que tel. Il n’est pas dit que des forces tapies dans l’ombre et qui peu ou prou craignant d’être mises en cause par le procès, ne tenteront pas de stopper de manière brutale le processus judiciaire. A cet égard, toutes les forces politiques nationales et les différentes sensibilités de la société civile doivent adopter une trêve ou une pause pour ne pas gêner la tenue du procès. C’est un impératif civique, de loyauté et de responsabilité vis-à-vis de la Guinée.
  • Enfin il faut assurer le strict respect de la présomption d’innocence en donnant des gages afin d’obtenir un procès libre, juste et équitable.

Vous êtes une victime de ces évènements M. Bah Oury, comme d’autres. Pouvez-vous revenir sur ce que vous avez vécu le jour 28 septembre 2009 au stade ? 

Par le passé, j’ai eu à relater les faits tels que je les ai vécus le lundi 28 septembre 2009. Aujourd’hui le procès est programmé dans deux semaines ; ainsi en tant qu’organisateur de la manifestation d’une part et de mon inscription comme partie civile d’autre part je dois réserver désormais au tribunal ma narration des faits.

Le procureur de la Cour Pénale Internationale est également annoncé à Conakry dans le cadre de ce procès. Quelle est la symbolique que cela renvoi à votre avis ?

La venue à Conakry du Procureur de la Cour Pénale Internationale est importante pour conférer au procès de Conakry, une visibilité médiatique internationale, une réelle crédibilité par rapport au respect des principes juridiques et enfin plus de sécurité car le Procureur de la CPI est le bras et la voix de la justice internationale.

Quel message avez-vous à lancer aux autres nombreuses victimes anonymes qui attendent ce procès depuis 13 ans ?

Les victimes doivent garder espoir. Par ailleurs il est souhaitable que des mesures de réparation ou de compensation soient envisagées pour les héritiers ou les ayants droits des familles des victimes.

Votre mot de la fin ?

La Guinée a toujours été marquée par des violences systématiques ponctuée par des tragédies massives qui ont causé des traumatismes collectifs au sein de la société. La violence est devenue endémique au risque de précipiter toute la collectivité nationale dans le désastre et la ruine totale. Ainsi les initiatives du Président de la Transition d’organiser les Assises Nationales d’une part et surtout de lancer le procès de la tragédie du 28 septembre 2009 d’autre part sont courageuses et salutaires.

Le plus important est de stopper définitivement le cycle infernal des tueries et des violations des droits de l’Homme pour parvenir à une société apaisée. Nous devons saisir ces opportunités pour bâtir l’Etat de droit condition sine qua non pour l’émergence d’une société démocratique, en paix et réconciliée. Nous le devons pour honorer la mémoire de milliers de fils et de filles que la Guinée a perdus durant des décennies de tourmentes.

A suivre…

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Mardi 20 septembre 2022 à 16:44