Le Directeur national de la météorologie alerte : "Les pluies de cette fin de saison…seront orageuses"

Guinée
Dr. René Tato Loua, directeur national de la météorologie, Photo Africaguinee.com, septembre 2022
Dr. René Tato Loua, directeur national de la météorologie, Photo Africaguinee.com, septembre 2022

CONAKRY-Le samedi, 17 septembre 2022, les habitants de la capitale Conakry ont été surpris par des pluies diluviennes qui ont causé d’énormes dégâts humains et matériels. On dénombre trois morts et plus de 2500 personnes impactées. Pour connaitre les causes de cette forte pluviométrie « dévastatrice », Africaguinee.com a interrogé ce lundi, 19 septembre 2022, Dr. René Tato Loua, directeur national de la météorologie.

Dans cet entretien, le météorologue prévient qu’en cette fin de saison, les pluies qui vont être enregistrées seront accompagnées de beaucoup d’activités orageuses. Il appelle les populations à la prudence.

AAFRICAGUINEE.COM : Le week-end dernier, de fortes pluies se sont abattues sur la capitale Conakry à la surprise générale des habitants. Quelle explication pouvez-vous donner à cela ?

DR. RÉNÉ TATO LOUA : Ce phénomène n’est pas étranger. Cette année au début de la saison des pluies, il y a eu des communications qui ont été faites sur la prévision. La météorologie avait précisé que cette année allait être pluvieuse parce qu’on allait avoir des précipitations excédentaires. C’est ce que nous avons commencé à enregistrer dès l’installation de la saison pluvieuse qui dépend impérativement de l’énonciation de la zone de convergence intertropicale qui va de l’hémisphère Sud vers l’hémisphère Nord et qui redescend. Le passage de cette zone sur notre région correspond à  la saison pluvieuse. Pendant la phase de montée, nous avons l’installation de la pluie et aussi de la mousson.

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Les deux phénomènes vont avoir des effets conjugués sur le climat. C’est ce qui fait qu’en début de saison vous avez des pluies très catastrophiques accompagnées de beaucoup d’orages.  Vers le mois d’août, la pluviométrie était moins émaillée d’activités orageuses. Ce que nous sommes en train d’observer précisément pour le cas de la fois dernière du 17 septembre est lié maintenant à la descente de cette zone de convergence intertropicale. Cette zone est en train de redescendre.

Maintenant-là nous allons commencer à avoir des précipitations qui vont tendre à la baisse. Et là, la descente de la zone de convergence intertropicale va être beaucoup plus catastrophique par rapport à sa montée. On aura des pluies fracassantes qui viennent tout d’un coup et déversent tout son contenu dans une zone. Ce qu’il faut aussi retenir, c’est que cette fin de saison des pluies qui s’annonce, ces pluies qui vont être enregistrées seront accompagnées de beaucoup d’activités orageuses et il faut être très prudent. C’est ce qu’on a toujours dit et nous avons alerté la population surtout dans les zones à haut risque d’inondation.

A vous entendre, c’est comme si avant la fin du mois de septembre, la population doit s’attendre à des pluies diluviennes ?

Évidemment, mais ce qu’il faut retenir, cette pluie-là est intervenue après une légère pause. Il faut retenir que ce n’est pas la plus haute valeur journalière enregistrée. La plus haute valeur journalière a été enregistrée le 20 juillet 2022. Ce jour, c’était 250, 8 millimètres tandis que la pluviométrie du week-end passé c’était juste 156,3 millimètres. C’est pour dire que la pluviométrie du 20 juillet est largement supérieure à celle du samedi passé. Donc, nous allons continuer à avoir des pluies avec des caractéristiques un peu différentes parce que, les pluies ne vont pas être continues mais elles seront des pluies intermittentes. C’est ce qui annonce notre approche vers la fin de la saison pluvieuse.

Quelle est la variation pluviométrique entre l’année en cours et celle passée ?

Dès le début de cette année, nous avons fait notre prévision générale qui a ressorti que cette année allait être excédentaire c’est-à-dire plus pluvieuse par rapport à l’année précédentes. C’est ce qui est en train d’être réalisé. Durant les mois de saison pluvieuse écoulée, nous avons constaté des excédents de pluies. Si vous prenez par exemple pour le mois de juillet, nous avons une normale de 1123 millimètres. Mais cette année nous avons enregistré 1497,7 millimètres soit un excédent de 374,7 millimètres. Ce mois a été excédentaire. Egalement pour le mois d’août avec une normale de 1101 millimètres, cette année nous avons enregistré 1142 millimètres. Soit un excédent de 41 millimètres. Donc ça prouve que cette année est excédentaire par rapport à l’année dernière.

Qu’est-ce qui explique cette variation ?

Il y’a ce qu’on appelle l’intersaisonnarité qui fait que des années ne peuvent pas avoir les mêmes quantités pluvieuses. Il y’a des années excédentaires, déficitaires et des années normales. Mais tout cela est corrélé par l’impact des changements climatiques. Ce qui fait que les zones qui n’avaient pas l’habitude de recevoir des quantités très élevées de pluie vont en avoir tout d’un coup et les zones qui avaient l’habitude de recevoir les quantités bien précises vont en avoir moins. C’est ça  le dérèglement climatique.

Entretien réalisé par Siba Engagé

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 623 06 56 23

Créé le Lundi 19 septembre 2022 à 20:18