Comment sortir de la crise? Des recommandations "utiles" pour la Junte

Guinée
Colonel Mamadi Doumbouya, président de la transition guinéenne
Colonel Mamadi Doumbouya, président de la transition guinéenne

CONAKRY-Près d'un an après la chute du régime d'Alpha Condé, la Guinée replonge dans une crise sociopolitique. La première manifestation organisée par le FNDC sous l’ère CNRD, a été réprimée dans le sang. Un bilan de cinq morts a été officiellement annoncé par le parquet général de Conakry qui a ouvert dans la foulée une enquête. 

En plus des anciens dignitaires écroués pour des faits présumés de détournement des deniers publics, des leaders du FNDC dont le Coordinateur national Oumar Sylla Foniké Mengué, Ibrahima Diallo, un cadre de l'UFR Saikou Yaya Barry sont emprisonnés à la suite des manifestations non autorisées du 28 juillet et suivant. La situation actuelle est rythmée par des arrestations, emprisonnements, restrictions de libertés des menaces... Bref, une situation identique à celle des derniers mois du pouvoir de Alpha CONDÉ, pendant que le pays est sous la menace de sanctions de la part de la Cedeao. Le climat domestique est plus que jamais délétère.

Comment rétablir la confiance ? Comment sortir de l’impasse actuel et renouer le fil du dialogue ? Africaguinee.com a interrogé des acteurs de différents bords politiques. Ils ont fait d’utiles recommandations à la junte.

Pour sortir de la crise, il faut d'abord faire le diagnostic de la situation actuelle de la Guinée recommande Bah Oury parce que, selon lui, il y a des difficultés de plusieurs types greffées aux crises politiques. "Si on pose le diagnostic, à partir de ce moment-là, on peut les cerner et apporter des réponses adaptées en fonction de l'intérêt national et en fonction de ce qui est possible d'être fait à l'heure actuelle", déclare le président de l'UDRG.

Nécessité d'avoir un accord avec la CEDEAO 

En ce qui concerne les problématiques concernant qui assaillent la transition, il faut nécessairement avoir un accord efficace et constructif avec la CEDEAO, recommande le leader de l’UDRG.

"Le principe de subsidiarité fait que les autres organisations continentale et mondiale seront assujetties à la décision de la CEDEAO. Donc, il nous faut coopérer avec la communauté internationale. Et, la clé de la coopération internationale passe nécessairement par un accord avec la CEDEAO.

Donc, il faut aller dans ce sens. Si ceci est obtenu, cela ouvre des perspectives de commencer l'opérationnalisation des grands chantiers de la transition. Parce que là aussi, nous avons besoin de la coopération technique et financière de la communauté internationale" ajoute Bah Oury. 

Du blocage politique interne 

"Nous avons un blocage politique qui avait longtemps duré et des situations ataviques, telles que l'ethno-stratégie, la mauvaise gouvernance. Il faut engager, dans le cadre de ce qui est préconisé, le cadre de dialogue ou de concertation pour que les différents acteurs politiques et sociaux puissent mettre dans une certaine mesure un contenu concret aux différents points qui serviront de support à une transition concertée et réussie. C'est indispensable de la faire parce que le gouvernement et le CNRD gouvernent un peuple, et cela passe par le dialogue, la discussion, la concertation. Si cela n'existe pas, il va de soi ça pourrait déboucher par l'impasse et des blocages inutiles. Donc, il nous faut ouvrir le chantier de la concertation et du dialogue dans les sujets les plus variés, que ce soit le processus politique, social et des réformes qu'il faudrait nécessairement engager dans le contexte actuel ", recommande le président de l'UDRG.

Réévaluer les attentes

Pour Lansana Faya Millimono, leader du Bloc Libéral, pour sortir de la crise, chacun a besoin de réévaluer ses attentes par rapport à ce que le pays est en train de vivre. 

"Chacun est appelé à réexaminer très bien les objectifs assignés à cette période transitoire au-delà de nos intérêts personnels. Chacun a besoin d'être humble et privilégié ce qui est important pour la majorité de guinéens. Je crois que c'est en implémentant le dialogue qu’on pourra y arriver. Il faut qu'on se parle de ce que nous vivons et comment on va sortir de cela sans que cela ne laisse des séquelles qui peuvent nous ramener encore en arrière. 

J'invite au dialogue car c'est ce manque de dialogue qui a abouti à cette crise à laquelle nous y sommes. Le fait que certains leaders soient en prison est dû à ce manque de dialogue. Autour de la table, on peut discuter de tous les problèmes et essayer de trouver des solutions", estime Dr Faya Millimono. 

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Même son de cloche chez Aliou Condé, Secrétaire Général du parti Union des Forces Démocratiques de Guinée -UFDG-. Lui aussi appelle les acteurs à se ressaisir pour aller au dialogue.

« Je suis persuadé qu'aucun Guinéen n'est satisfait de la situation actuelle de notre pays. Tous ceux qui nous aiment, nos amis à l'extérieur sont aussi tristes pour nous. Tout le monde se demande qu'est-ce qui nous arrive ? Alors qu'est-ce qu'il faut ? C'est tout simplement de se ressaisir et savoir que nous avons besoin de nous parler. Nous avons besoin de se consulter, se concerter et dialoguer pour qu'ensemble on analyse cette situation. Je ne pense pas que quelqu'un soit à l'aise avec tout ce qui arrive à notre pays : tous ces blessés, toutes ces morts, ces enfants arrêtés, ces prisons qui sont pleines… est-ce que ça vaut la peine alors qu'il y a d'autres solutions ? NON.

Depuis toujours, c'est connu. Quand les hommes ne s'entendent pas, c'est la bagarre. Le mieux pour éviter le conflit, il faut qu'ils se mettent autour de la table pour discuter et ensemble décider de leur avenir. Un seul groupe -qu'il soit politique, des forces armées, syndicat- ne peut pas décider de l'avenir de toute la Guinée. Chacun a sa vision en fonction de ses besoins, de sa préoccupation ou de ses ambitions. Il faudrait donc se mettre ensemble pour dialoguer. Mais tous les Guinéens ne peuvent pas aller en même temps au dialogue, on ne pourra pas s'entendre, on n’aura même pas cette salle pour accueillir tout le monde.

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Mais notre société est organisée, on a des entités qui sont reconnues, des entités dans lesquelles beaucoup de guinéens se reconnaissent. Il faut faire en sorte que ces entités se retrouvent, qu'elles s'asseyent et qu'on discute. Tant qu'on ne l'aura pas fait, on ne s'en sortira pas. L'utilisation de la force pour que les gens se taisent ne pourra jamais marcher. Nous sommes dans un monde interconnecté, tout se transmet de façon instantanée. Personne n'est dupe par rapport à ce qui se passe. Quelque soit la durée des confrontations entre les différentes parties, elles s’estomperont un jour et on se mettra autour de la table pour dialoguer et discuter de notre avenir commun. Si tel est la finalité, pourquoi ne pas entamer dès maintenant le dialogue pour construire notre bonheur commun ».

Libérez les détenus politiques 

Pour une accalmie en Guinée, le secrétaire permanent du RPG arc-en-ciel préconise la libération des détenus "politiques" faisant allusion aux cadres du RPG arc-en-ciel dont le Président National bureau Exécutif Provisoire et d'autres incarcérés depuis avril. 

"Il faut vraiment qu'on s'asseye autour de la table, si on veut une véritable réconciliation et une transition apaisée dans le pays. Il faut aussi arrêter toutes les poursuites contre les hommes politiques quelque soit leur obédience et libérer les prisonniers politiques parce que ceux qui sont en prison sont des prisonniers politiques. Il faut les libérer et s'assoir autour de la table. La Guinée appartient à tous les Guinéens. Donc, il faut qu'on discute de tout autour de table pour que le pays aille de l'avant".

Remettre le pouvoir aux civils 

"Le pays ne fait que dégringoler. Ça ne fait pas honneur aux fils de ce pays. Cette période devrait être celle de l'entente et de la cohésion sociale pour qu'on amorce le vrai développement de la Guinée. Les militaires n'ont qu'à comprendre qu'ils ont arrivés à un moment où ils ont fait tout ce qu'ils pouvaient, mais pour développer un pays ils ne peuvent pas. Ils n'ont qu'à céder la place aux civils celui qui viendra, c'est lui qui sait s'il faut continuer les poursuites ou faire table rase" a déclaré Dr Sékou Condé, secrétaire permanent du RPG arc-en-ciel.

A suivre…

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664 72 76 28

Créé le Dimanche 07 août 2022 à 15:36