Lutte contre la Traite des Personnes : Expertise France forme 20 magistrats guinéens...

Conakry

CONAKRY - La première journée de l’atelier de formation de 20 magistrats guinéens sur la traite des personnes dans le cadre du projet d’Appui à la Lutte contre la traite des personnes dans les pays du Golfe de Guinée, a été lancé le 18 juillet 2022, à Conakry. Financé par l’Union européenne, ce projet est mis en œuvre par Expertise France.

Cet atelier vise à contribuer au renforcement des capacités des magistrats guinéens dans la lutte contre la traite des personnes par le biais de formations pratiques afin de renforcer leurs performances de gestion des procédures de traite. Cette formation va éventuellement permettre d’appuyer le renforcement des capacités de ces 20 magistrats dans les domaines comme la détection de la Traite des êtres humains et la capacité de qualification juridique, les techniques de poursuite, d’instruction, de jugement, et la collaboration avec les ONG spécialisées de la Traite des Êtres Humains.

La cérémonie d'ouverture de cet atelier a été présidée par le Garde des Sceaux, Ministre de la Justice et de Droits de l'Homme, Alphonse Charles Wright accompagné par la Ministre de la promotion féminine, de l'enfance et des personnes vulnérables.

Dans son discours de circonstance, le Ministre de la Justice, Garde des Sceaux et de Droits de l'Homme a expliqué qu'en organisant cette formation, le corps judiciaire a démontré son attachement au combat contre un fléau à la fois multiforme qui ignore les frontières et dont les cibles de choix sont les femmes, les filles et les enfants.

"La traite des êtres humains est un crime odieux qui se nourrit des inégalités, de l'instabilité et des conflits. Les auteurs de ce phénomène exploitent l'espoir et la détresse d'autrui, et s'attaquent aux plus démunis en les privant de leurs droits fondamentaux. Plusieurs d'entre eux agissent en toute impunité, et leurs crimes sont loin de recevoir l'attention requise. Cette triste réalité vise surtout les femmes et les enfants, deux couches vulnérables et exposées à tous les dangers, notamment dans les zones rurales où la sécurité des personnes et de leurs biens est moins assurée.

C'est pourquoi, je salue l'organisation d'une telle rencontre déterminent pour prendre des dispositions idoines en vue de poursuivre et traduire les auteurs en justice d'une part, et, d'autre part, prendre des mesures visant à protéger et soutenir les victimes. Notre pays la Guinée, comme les Etats du golfe de Guinée, bénéficiaire du programme de lutte contre la traite des personnes se sont résolus à prévenir, combattre et éliminer un crime qui prend de plus en plus de l'ampleur dans notre pays", a expliqué Alphonse Charles Wright avant de s'adresser aux magistrats qui participent à cette formation. 

"Durant quatre jours, vous allez réfléchir ensemble, entre praticiens à la mise en œuvre des méthodes efficaces de détection, de poursuite, d'instruction et de jugement des infractions de traite, à une meilleure protection des victimes de Traite des Êtres Humains (TEH), le tout dans un cadre d'échanges de bonnes pratiques. En vous engageant dans une lutte risquée et anonyme je n'ai aucun doute que des obstacles majeurs se dresseront sur votre chemin pour vous empêcher la réalisation de la mission qui est la vôtre. Car, comme dirait l'autre, la tendance à la marchandisation de l'humain dans ses multiples formes, représente une blessure dans le corps de l'humanité toute entière. Votre mission dans la chaine de lutte contre la traite est digne d'admiration. C'est pourquoi, je me fais l'heureux devoir d'exprimer des remerciements particuliers à Expertise France tout en lui réitérant notre disponibilité, la disponibilité du corps judiciaire dans la lutte contre un phénomène aussi complexe qu'obscur", a ajouté le nouveau Ministre de la Justice, Garde des Sceaux. 

Selon le chef du projet d'Appui à la lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées à Expertise France, à l’issue du diagnostic de la chaine pénale en matière de traite des personnes en Guinée réalisée en 2020, 27 recommandations ont été formulées en direction du secteur de la justice représenté par le Ministère de la Justice, dont 4 mettent l’accent sur la nécessité de formation des magistrats guinéens en matière de traite des personnes.

"C'est dans l’optique de répondre à ces recommandations que, grâce au financement de l’Union Européenne, nous Expertise France, du Groupe AFD, sur sollicitation du Centre de formation Judiciaire et le leadership du Comité National de Lutte contre la Traite des Personnes et des Pratiques Assimilées appuyons, dans le cadre de la formation continue, des séminaires et ateliers pour 60 magistrats sur la thématique de la traite et les outils de procédure (constatations, perquisitions, saisies, réquisitions, recherche de témoins, filature, surveillance, infiltration etc.), en vue d’accroitre les compétences professionnelles des acteurs de la chaîne pénale et d’améliorer la qualité des procédures", a aussi expliqué Oumar Diané, tout assurant qu'Expertise France est conscient des efforts qui sont en train d'être fournis dans le cadre de la lutte contre ce fléau. 

"Nous sommes conscients des efforts fournis ainsi que les nombreux résultats atteints grâce aux différents efforts du département de la justice à différents niveaux dont notamment celui de la conception d’un module spécialisé de formation pour la formation initiale et intégrée dans le centre de formation judiciaire,  l’implication effective de vos cadres dans l’élaboration du projet de Loi spéciale dédiée à la traite des personnes en Guinée ; ainsi que la volonté politique affichée pour la mise en place d’une cellule dédiée à la traite des personnes au sein du Ministère de la Justice. Cela traduit la volonté ferme du gouvernement à lutter efficacement contre la traite des personnes en Guinée'’, a ajouté M. Oumar Diané. 

Cette formation a été organisée à quelques jours avant la célébration de la journée internationale consacrée à la dignité des personnes victimes de traite. Sur ce, Expertise France a profité pour formuler un plaidoyer au nom de l’ensemble des acteurs technique et financier engagés dans la lutte contre la traite des personnes.

"Nous portons un plaidoyer pour la signature et l'entrée en vigueur du projet d'arrêté portant création, attribution, organisation et fonctionnement de la cellule d'appui à la lutte contre la traite des personnes du Ministère de la Justice et des Droits de l'Homme ; la nomination d’un coordinateur de la cellule et la désignation de deux membres en appui opérationnel, la désignation des référents au niveau des juridictions et l'opérationnalisation de la cellule", a-t-il sollicité avant de faire une annonce importante. 

"Qu’il me soit permis de vous annoncer par la même occasion, que dans les prochaines semaines, nous procèderons grâce au financement de l’union Européenne et le leadership du comité national guinéen de lutte contre la traite, à la dotation du Centre de Formation Judiciaire en matériel informatique, en mobiliers de bureau, et en ouvrage littéraire pour l’administration, le parc informatique et la bibliothèque. Je vais vous rassurer également que grâce au Financement de L’Union Européenne et l’appui technique de la coopération française, nous continuerons d’appuyer les efforts incessants de l’Etat guinéen pour mettre fin à ce phénomène de traite des personnes", a annoncé Oumar Diané. 

Le Président du comité national de lutte contre la traite des personnes et pratiques assimilées a, à son tour donné l'importance que revêt cette formation tout en citant les modules qui seront développés.

"Nous avons estimé qu'il fallait mettre en œuvre le renforcement des capacités des acteurs de la chaîne pénale et également réunir les magistrats en charge non seulement de la poursuite mais aussi en charge de rendre les décisions de justice pour qu'ils soient suffisamment outillés sur la problématique de la traite des personnes. Donc, au cours de ces quatre jours de formation, nous allons développer des modules relatifs au cadre juridique national de la lutte contre la traite des personnes, les instruments juridiques internationaux, les cadres de coopération entre États en matière judiciaire. Nous allons également évoquer d'autres thèmes relatifs à la protection des victimes", a détaillé Aboubacar Sidiki Camara.

Participant à cet atelier, Fanta Lama Camara, Juge au TPI de Mafanko revient sur l’importance de cette formation. "Participer à un séminaire sur la lutte contre la traite des personnes est nodal pour moi. En ma qualité de magistrate, il est important pour moi de pouvoir cerner ce phénomène, appréhender les aspects forts. Marchander un être humain est odieux comme crime d'où la nécessité pour tous les acteurs de chaîne pénale d'harmoniser les positions pour réprimer, lutter contre ce phénomène qui est très grandissant", a indiqué cette magistrate. 

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com 

Tel : (00224) 666 134 023 

Créé le Jeudi 21 juillet 2022 à 11:42