Tchad : des groupes rebelles se retirent des pourparlers de paix avec la junte, la transition au point mort

Afrique
Mahamat Idriss Deby Itno, président du Conseil militaire de transition (CMT)
Mahamat Idriss Deby Itno, président du Conseil militaire de transition (CMT)

Plusieurs groupes représentant des rebelles et des groupes politiques tchadiens se sont retirés des pourparlers avec le gouvernement militaire ce samedi 16 juillet, l'accusant de chercher à déstabiliser les efforts de paix.

La décision, prise par environ la moitié des groupes participant aux pourparlers, a été annoncée moins de 24 heures après que l'administration du président Mahamat Idriss Deby Itno a annoncé l'ouverture, le 20 août prochain, d'un dialogue de paix national censé déboucher sur une nouvelle Constitution et des élections "libres et démocratiques". Une décision qui n'est pas du goût de l'opposition.

Les groupes rebelles participant aux pourparlers qui se tiennent à Doha, au Qatar, ont accusé la délégation gouvernementale de "harcèlement, intimidation, menaces et désinformation". La nouvelle date d'ouverture du dialogue national a été fixée sans aucune consultation, ont-ils ajouté, affirmant qu'il s'agissait d'une tentative "d'exclure" de nombreux groupes armés et leurs alliés politiques du dialogue.

Des négociations difficiles

Le général Mahamat Idriss Déby Itno a pris le pouvoir à la tête d'un Conseil militaire de transition (CMT) composé de 15 généraux, après que son père, Idriss Deby Itno, président en exercice depuis 1996, a été tué au combat lors d'une offensive rebelle sur la capitale.
Au moment de sa prise de pouvoir, il avait établi un calendrier de transition de 18 mois pour des élections nationales après un "dialogue national inclusif" avec toute l'opposition politique et tous les groupes rebelles. Il avait aussi promis de ne pas se présenter aux élections présidentielles.

Mais, après trente années d’exercice du pouvoir très autoritaire par Déby père, ce forum de réconciliation nationale, initialement prévu pour le 15 février, puis le 10 mai, a dû être reporté. En cause : un pré-dialogue à Doha pour un accord de paix entre la junte et une cinquantaine de groupes rebelles, qui piétine depuis quatre mois. À ce stade, les représentants de l'opposition et du gouvernement n'ont pas encore tenu de pourparlers directs. 

Les groupes d'opposition ont exigé que Déby se retire de la liste des candidats à l'élection avant que des pourparlers ne puissent avoir lieu, mais le gouvernement a déclaré qu'une telle décision ne pouvait être discutée que lors du dialogue national. Après de multiples reports de l'ouverture de ce dialogue, l'opposition avait demandé à être consultée pour fixer une nouvelle date : une demande ignorée par la junte. 

"Le dialogue national inclusif est convoqué à compter du 20 août", lit-on dans un décret du Conseil militaire de transition signé jeudi par le Premier ministre, Albert Pahimi Padacké.
Les autorités ne précisaient à aucun moment comment entamer ces nouvelles négociations. La défection de près de la moitié des groupes armés rebelles impliqués, qui suit celle de Wakit Tamma, la principale plateforme de l'opposition non armée, le 6 avril dernier, rend pour le moment impossible l'ouverture du dialogue national.

Vers une prolongation de la période de transition ? 

Le général Déby semble avoir fixé cette nouvelle date pour avancer à marche forcée vers ce dialogue qu'il a promis à la communauté internationale pour remettre le pouvoir aux civils dans un délai de 18 mois, éventuellement renouvelable une fois - une éventualité à laquelle les groupes rebelles sont farouchement opposés.

Dès les premiers jours, le nouvel homme fort tchadien avait été adoubé par la communauté internationale, France, Union européenne et Union africaine en tête, son armée étant l'un des piliers de la guerre contre les jihadistes dans le Sahel aux côtés des troupes françaises de l'opération Barkhane.

Malgré ce soutien, Paris, l'UE et l'UA avaient demandé à ce que le délai de 18 mois ne soit pas prolongé. La transition est donc censée s'achever en octobre 2022,  un calendrier qui semble aujourd'hui intenable. Les pré-négociations à Doha sont au point mort, rendant l'ouverture du dialogue national le 20 août hautement improbable - sans parler de la difficulté d'organiser l'élection présidentielle et les législatives dans un délai aussi court. De quoi repousser à un futur incertain la remise du pouvoir aux civils.

TV5

Créé le Lundi 18 juillet 2022 à 3:02

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