Dr Ibrahima Sory Diallo, DG de l'INSE de Donka : "On dispose de 9 couveuses pour une population estimée à 3 millions d'habitants…"

Guinée
Dr Ibrahima Sory Diallo, Directeur de l'INSE de Donka
Dr Ibrahima Sory Diallo, Directeur de l'INSE de Donka

CONAKRY- L'Institut de Nutrition et de Santé pour Enfants (INSE) a été créé en 1989 par décret du feu Président Lansana Conté. Il est le seul service de santé de ce type dans tout le pays. Ce centre de référence pour enfants polarise tous les fantasmes, certains allant jusqu’à qualifier, à tort ou à raison, ce service d'être un « mouroir pour enfants ». Quelle est la capacité d’accueil de ce service ? Quelles sont les difficultés auxquelles les dirigeants sont confrontés ? Dans cette interview accordée à Africaguinee.com, Dr Ibrahima Sory Diallo médecin-pédiatre et directeur général de l'INSE de Donka nous en dit tout.

 

AFRICAGUINEE.COM : Parlez-nous nous de l'INSE ?

DR IBRAHIMA SORY DIALLO : L'Institut de Nutrition et de Santé pour Enfants (INSE) est un service qui a été créé en 1986 par décret du Président de la République et qui a commencé à fonctionner en 1989. C'est un service qui est dédié à la prise en charge des nouveau-nés malades et aux nourrissons souffrants de la malnutrition. Nous prenons en charge les enfants de 0 à 59 mois en hospitalisation et ambulatoire. Nous sommes des pédiatres, nous pouvons consulter et suivre les enfants jusqu'à 17 ans.

Vous êtes l'unique institut de ce genre en République de Guinée. Combien d'enfants enregistrez-vous par an dans ce service ?

Au minimum, nous recevons 13 000 enfants par an. Il y a des moments où nous recevons jusqu'à 14 000 par an. Nous avons deux types. Nous avons des enfants de prise en charge curative et d'autres que nous recevons en promotion. Nous avons deux promotions de la Santé ici. C'est le conseil en allaitement maternel et l'éducation nutritionnelle pour les nourrissons qui ont six mois et qui doivent passer à la diversification alimentaire, plus la vaccination des nourrissons et des mamans enceintes. Ça c'est la promotion. C'est des activités préventives. 

Maintenant, les activités curatives concernent uniquement les nouveau-nés qui naissent dans les maternités ou en périphérie. On les réfère à l'INSE pour leur prise en charge. Nous avons ensuite, les nourrissons qui ont une malnutrition et une complication que les autres services ne peuvent pas prendre en charge. Parce que c'est une prise en charge très caractéristique qui dépend aussi des aliments thérapeutiques que l'UNICEF nous fournit. Le gouvernement aussi nous fournit des aliments gratuits pour les enfants malnutris.  En ce qui nous concerne, on nous a dédié la prise en charge des nouveaux nés malades et les nourrissons malnutris avec complications. 

Avec 13 000 enfants c'est plus de 1 000 enfants par mois. Quels sont les principales difficultés que vous rencontrez ?

Les difficultés sont principalement à deux niveaux. Disons, le problème premier ça dépend de la communauté et le second c'est au sein de l'INSE même, dans le système. Pour ce qui est de la communauté, pour qu'une famille décide d'envoyer un enfant dans une structure de santé, parfois ça prend du temps. Il y a des maternités, quand les nouveau-nés naissent même s'ils sont en état de complications, il y a des moments où ils ont envie de passer quelque part ou rentrer à la maison avant la structure. Ce retard fatigue, il entraîne des conséquences chez l'enfant avant qu'il n'arrive là parce que nous, on n'a pas d'ambulance pour amener les enfants malades vers l'INSE. Il y a des enfants qui arrivent par taxi moto ou à travers un véhicule personnel. Ces enfants auront les complications les plus difficiles à prendre. C'est ce qu'on appelle l'hypothermie. Et cette hypothermie entraîne une glycémie chez les nouveau-nés et surtout quand ils arrivent et il se trouve que le nouveau-né est décédé sans que les parents ne soient au courant. C'est ici qu'on leur annonce les décès.

Le deuxième problème c'est à l'interne (INSE). Il y a des moments où certains intrants manquent pour la prise en charge. Il fut un moment où on avait un problème de caféine, mais Dieu merci ça s’est réglé. La caféine est un produit qui entre dans la prise en charge des prématurés de moins de 32 semaines. 

On a aussi un problème concernant la prise en charge de l'asphyxie chez les nouveau-nés, c'est à dire des nouveau-nés qui naissent et qui n'arrivent pas à respirer et qui ont des convulsions qui ne s'arrêtent pas. Il y un à produit phénobarbital injectable. On ne le trouve pas dans les officines en Guinée, il faut le commander pour aider les enfants à ne pas convulser et éviter qu'il y ait des séquelles au niveau du cerveau. 

Donc, ces problèmes internes d'intrants nous amènent à donner d'autres produits qui sont des substituts qui aident l'enfant mais qui parfois ne donnent pas des résultats escomptés que nous souhaitons. Exemple, quand vous prenez ce phénobarbital pour lutter contre ces convulsions, si on n’arrive pas à l'avoir, on est obligé d'utiliser le valium, c'est à dire le diazépam. C'est un produit qui entraîne la sensibilité de l'enfant. Il faut qu’il soit alimenté par une sonde parce qu'il est vraiment apathique. C'est des problèmes que nous rencontrons. On a demandé au ministère de nous aider.  Je pense que pendant la rénovation, nous allons avoir suffisamment de produits pour la prise en charge de certaines particularités. 

Qu’en est-il du matériel pour la prise en charge ?

Oui, parfois on n'a pas assez de matériels. Figurez-vous, il y a des moments où on peut avoir 5 tables de réanimation parce cinq nouveau-nés vont venir au même moment, ils sont en phase d'asphyxie, on a besoin de les ranimer. Si on n'a pas ces tables de réanimation au complet, on risque de réanimer deux enfants côte à côte. Ce n'est pas normal parce que vous risquez d'amener des infections nosocomiales. 

Actuellement, on a que deux tables de réanimation dans notre unité de néonatalogie. Nous n'avons que deux lampes de photothérapie qui doivent être utilisées pour les nouveau-nés qui ont l'ictère.

Parlant des couveuses, nous en avons neufs. Certes ces couveuses peuvent être utilisées pour les nouveau-nés prématurés qui en ont besoin, mais, il y a des moments où on a besoin plus que ces neuf couveuses. On est obligé d'utiliser la méthode kangourou si le nouveau-né est stable. Ces problèmes de matériels nous amènent à faire un système pour sauver les bébés. Nous arrivons quand-même à les sauver malgré les problèmes que nous avons par rapport aux matériels. 

Il y a aussi la promiscuité. Nous avons un service de néonatalogie âgé de plus de 33 ans depuis qu'il a été créé. Ce service qui recevait plus de 800 personnes en 1989 doit couvrir actuellement une population de plus de trois (3) millions d'habitants. Franchement la demande est très supérieure à l'offre. 

Quelle stratégie avez-vous adopté pour réduire les risques de perte des nouveau-nés ?

Actuellement, nous sommes en train de faire des stratégies de formation au niveau des maternités, des sage-femmes. On a délégué des tâches du néonatalogue aux sage-femmes qui sont dans les salles d'accouchement pour aider ces bébés à survivre. Et éviter qu’ils soient transférés à l'INSE. 

Certains accusent les responsables de ce service de détournement du matériel qui vous sont offert par des institutions. Que répondez-vous ?

L'année dernière, lorsqu’un parent avait perdu son nouveau-né prématuré, des accusations de la sorte avaient été faites. Mais j'avoue que c'est de la calomnie. C'était des fausses informations. Nous avons fait une demande au ministère de la santé pour nous aider à avoir des couveuses. Il y a eu la fondation Orange qui a répondu favorablement et qui nous a octroyé trois couveuses. Deux pour l'hôpital Ignace Deen, trois pour l'INSE. Nous avons monté nos couveuses à l'INSE et on a demandé au ministère de nous permettre d'utiliser les deux couveuses d'Ignace Deen parce qu'ils n’étaient pas venus les chercher. Et nous pensons qu'ils n'ont pas un service de néonatalogie fonctionnel pour utiliser ces couveuses.

Malheureusement, pendant cette période, il y a eu le décès d'un nouveau-né prématuré, (Paix à son âme) dont le parent est un jeune qui travaille à Orange. Et puisque c'est Orange qui nous avait donné ces couveuses, pour lui, ce n'est pas possible que son bébé décède à l'INSE parce qu'ils ont donné des couveuses. Cet enfant n'était pas dans une couveuse, il était dans la lampe de photothérapie, c'est un appareil qui ressemble beaucoup à une couveuse. Le bébé n'avait pas besoin d'une couveuse parce que, si l'enfant fait une fièvre il n'a pas besoin de rentrer dans une couveuse. Cet enfant avait une infection, il faisait de la fièvre. Lorsque la fièvre s'est stabilisée, on l'avait mis dans la lampe photothérapie.

Alors, chaque fois qu'on mettait ce bébé pour qu'il se repose et on met un autre, le monsieur ne voulait pas. C'est pendant cette période que l'enfant est décédé. Et il a été dit que c'est parce qu'il n'y avait pas de couveuses. Pour lui, les couveuses ont été détournées. La fondation Orange est venue vérifier, on leur a montré les trois couveuses avec les stickers de la fondation Orange et les deux autres de la maternité d'Ignace Deen. Il y avait tellement eu du bruit dans la cité à l'époque, qu’on avait fait un mémorandum qu'on avait déposé au ministère de la santé qui nous a autorisé à utiliser les deux couveuses octroyées Ignace Deen. Ce qui faisait en tout cinq. Ceux qui ont donné les couveuses sont venus vérifier et ont trouvé que leurs couveuses sont là et que rien n'a été détourné. 

Et pendant cette période aussi, il y a Oranbank qui nous a offert trois couveuses. Ajouter celles-ci aux cinq autres ça fait huit (8) plus une ancienne que nous avons ici et qui fonctionne. Donc ça fait neuf. Ça nous permet de sauver des vies et nous lançons toujours un SOS pour que le nombre de couveuses augmente. Mais il faut savoir que la couveuse n'est pas seulement l'alternative pour sauver un bébé prématuré, la méthode kangourou est là. Donc, il n'y a pas eu détournement, c'était des informations fausses. 

A suivre… 

 

Interview réalisée par Siddy Koundara Diallo 

Pour Africaguinee.com 

Tel: (00224) 655 311 114 

Créé le Lundi 13 juin 2022 à 11:55

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