N’zérékoré : Les commerçants déguerpis entre amertume et désespoir

Guinée forestière

N’ZÉRÉKORÉ- Plusieurs commerçants du grand marché de Nzérékoré et ses environs sont dans le qui-vive. Durement frappés par les opérations de déguerpissement engagées par les autorités de la transition, ils ne savent plus où donner de la tête. L'amertume et le désespoir se lisent sur les visages des victimes. 

Du grand rond-point du marché de Nzérékoré en descendant vers la BICIGUI, tous les occupants ont été déguerpis. Ce n'est pas le seul point. En face de l'hôpital régional où étaient installés des fabricants de matelas traditionnels et des pharmaciens, nul n'a échappé à cette opération. Même réalité à la scierie au quartier Mohomou, tout comme la résidence Diani où une partie des annexes collées à l'hôtel a été rasée. Ajouter à cela, tous les autres occupants des bordures des voiries dans la commune urbaine.

Les cris s'intensifient alors que les agents en charge des opérations de déguerpissement continuent silencieusement leurs activités, comme si de rien n’état. Rencontrés au grand marché de Nzérékoré, des victimes déplorent le délai court qui leur a été accordé.

C'est le cas de John Zazou Guilavogui qui dit avoir eu 30mn pour quitter les lieux alors que sa pharmacie n'avait pas été marquée pendant l'opération de marquage. Même cris chez Ibrahima Sow, un autre commerçant de la place.

"Ma pharmacie était là, celle de mon jeune frère aussi. Hier, ils sont venus nous dire que nous n’avions que 30mn pour enlever les produits sinon ils vont casser. Or, nos lieux de vente n'avaient pas été cochés (…). Nous n'avons évacué que les étagères et le lit qui était à l'intérieur. On sait que le déguerpissement qui s'effectue actuellement est normal dans le cadre de l'élargissement de la route. Mais chez nous, il y a eu débordement. Je n'ai vraiment rien compris.

Nous demandons au gouvernement de nous donner un lieu où nous pouvons nous débrouiller. En plus, je demande au gouvernement prochainement, quand ils veulent faire le déguerpissement, qu'ils fassent des préavis de 2 à 3 mois. Mais quand ils surprennent des gens là où ils cherchent leur quotidien ce n'est pas facile", a relaté John Souza Gouavogui.

Son voisin Ibrahim ne cache pas sa colère. « Je ne suis pas content. On ne nous a pas donné un préavis suffisant.  Le déguerpissement d’accord, mais il y a la manière. Nous ne sommes pas satisfaits de la manière. Au moins, il fallait nous donner 10 jours ou deux semaines. Vous avez vu, nous sommes dans un duplex, c'est Dieu qui nous a sauvé, le bâtiment ne s'est pas écroulé », explique confie Sow Ibrahima.

Rien ne sert à dégager les lieux sans un programme de réhabilitation. C'est pourquoi cette citoyenne lance un message au gouvernement de hâter les pas pour réhabiliter les lieux déguerpis. Sinon, les citoyens vont revenir s'installer.

"Ils sont venus dégager ça me va droit au cœur parce que c’est pour le bien de tous. Mais ce que je demande au gouvernement, dès qu’ils terminent de dégager, ils n'ont qu'à venir travailler. Il ne faut pas gâter et laisser à l'abandon. Pardon, ils n'ont qu'à travailler. Dites à Doumbouya de travailler, s’il ne travaille pas, on va lui donner un ultimatum. Dans un mois, si on ne voit pas de traces, nous allons reconstruire nos hangars", lance Louopou Geneviève SAGNO. 

Interpellé sur le sujet, un responsable de la chambre de commerce de Nzérékoré a demandé à la population de se soumettre à la décision de l'Etat. Cependant, il lance un message au gouvernement :  trouver d’autres endroits pour recaser les commerçants déguerpis.

« Je demande à la population de se soumettre à la loi. Parce que c'est l'Etat qui a décidé. Ce n'est pas une décision personnelle. La chambre de commerce est là pour défendre l'intérêt de tous les opérateurs économiques. Après les opérations, on va demander à l'Etat de trouver un lieu où les gens vont s'implanter. Parce que chacun est en train de chercher sa pitance.  On ne peut pas chasser des gens comme ça, et les laisser errer dans la rue », indique Mory Kourouma, vice-président de la chambre de commerce.

A suivre...

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant régional d'Africaguinee.com

A Nzérékoré.

Tél : (00224) 628 80 17 43

Créé le Mardi 10 mai 2022 à 20:45