Bantighel : Immersion à la résidence de Barry III…un lieu chargé d’histoires en décrépitude et à l’abandon

Reportage
Résidence de Barry III à Bantighel
Résidence de Barry III à Bantighel

PITA-La résidence de feu Ibrahima Barry dit Barry III, figure politique guinéenne, mort par pendaison le 25 janvier 1971, est à l’abandon. Construite dans le village de Hinndé, district de Bantighel Tossokeré, préfecture de Pita en moyenne Guinée, la « villa » est composée d’une case ronde de plusieurs pièces à l’intérieur sert de bâtiment principal. À côté, il y a des bâtiments annexes. Dans les  chambres, des objets sont encore en place mais désormais hors usage, une buanderie, des puits, des cuisines internes et externes…  tout dans une vaste clôture fermée.

À la visite des pièces, on est frappé par la disposition des choses. L’on se rend compte qu’il s’agit là d’une résidence d’une haute personnalité. Selon le témoignage des voisins, c’était une résidence toujours animée. Mais aujourd’hui, elle est déserte et abandonnée, aucune âme n’y vit, des herbes sauvages ont poussé partout. Elle donne l’image d’une maison hantée dans laquelle aucune personne n’ose s’y aventurer. Le portail d’entrée est fermé par une chaine et des  cadenas. Bâti près de la mosquée du village, le domicile de feu Barry III est en décrépitude.

Aujourd’hui, aucun projet de rénovation n’est en vue. Les lieux sont considérés comme des vestiges historique.  Des habitants  du village ne manquent pas d’idées pour transformer les lieux en un musée ou en un lieu touristique pour rappeler la vie et des œuvres de Barry III. Malheureusement, ils n’en disposent pas les moyens.

Abdoul Gadirou Barry, jeune natif de Bantighel est souvent à bord des larmes quand il passe devant la résidence de Barry 3 . «  la dernière fois, quand j’étais de passage, j’ai marqué une pause pour contempler les lieux. J’ai failli verser des larmes quand je me rappelle de la renommée  de Barry 3. Sa résidence constitue des vestiges, mais l’état du bâtiment est déplorable, les tôles ont cédé en partie, le grand bâtiment où la case à palabre ne tient plus, la toiture, les portes et les fenêtres tout est délabré.  Les murs tiennent encore, il suffit de retoucher les portes, les charpentes ainsi que la peinture, réaménager à l’intérieur de la cour. Cette résidence reste un symbole pour Bantighel et toute la Guinée. Pour honorer Barry 3 à la hauteur de son rang, je demande aux ressortissants et les habitants de Bantighel de s’impliquer pour prendre en charge la rénovation de ce palais. Il peut être un musée ou un lieu touristique que les guinéens pourront venir visiter et mêmes des étrangers. Ça sera un moyen aussi de commémorer Barry 3 et toutes les personnes disparues ou pendues sous la révolution. Pour le moment il faut considérer cet état délabrement avancé de ce palais comme une honte pour la nation » déclare se fils de Bantighel.

Elhadj Aliou Bantighel , la cinquantaine révolu est ressortissant du village installé en Europe. Il  est nostalgique de ce palais de Barry Ibrahima 3 qui a bercé son enfance aujourd’hui à l’abandon. Il se souvient du monde fou qui raccompagnait la mère de Barry les jours de fête.

« L’on se rappelle pendant les fêtes religieuses, ramadan et tabaski, après les lieux de prière, les gens raccompagnaient la mère de Barry 3 par catégorie de personnes et d’âges. Elle s’appelait Hadja Idiatou. Chaque catégorie avait un repas gardé pour elle, les enfants et les griots avaient aussi leur  part de Goro julde (l’argent qu’on offre aux enfants à l’occasions des fêtes NDLR). Les jours de fête sa mère portait des vêtements tout blanc de la tête aux pieds, elle tenait un parapluie. Arrivée à la maison, les enfants sont installés d’un côté pour manger, les griots d’un autre, ensuite des femmes et d’autres sages viennent après. Après les repas, les enfants s’alignaient, elle donnait 10 sylis ou 5 sylis, ensuite le griot. Sa mère je me rappelle, c’était une femme galante. Cette résidence attirait du monde, vous voyez à l’intérieur bien que tout est endommagé, vous vous comprendrez que c’était la maison d’un chef. C’était très bien aménagé avec une bonne ambiance même les jours ordinaires. Ce bâtiment de Barry 3 méritait mieux. Pendant notre enfance, c’est l’unique résidence qui disposait d’une clôture en dur, il y avait quelques maisons en dur dans le village c’est vrai mais c’était la maison de référence, les habitations comptaient beaucoup plus de cases, les maisons étaient rares. Ces lieux méritent une attention particulière pour honorer son propriétaire à cause du rôle important qu’il a joué pour la nation. Ça peut être un musée où des touristes peuvent venir visiter. C’ était en endroit rempli de monde à tout moment », se souvient Elhadj Aliou Bantighel.

Maire Bantighel , Elhadj Amadou Barry, regrette l’état dans lequel se trouve la résidence privée de Barry 3. « C’est avec regret qu’on voit cette maison de l’une des personnalités les plus importantes du pays dans cet état. On peut avoir des initiatives pour réhabiliter les lieux, mais pour être clair il faut que ses enfants fassent les premiers pas. Barry 3 pour rappelle était marié à une sénégalaise qui a fait 2 enfants pour lui. Nous voulons qu’ils s’engagent pour ça nous autres on va accompagner. Ce qui fait défaut pour le moment. Si la famille s’associe à nous , on peut avoir des initiatives. Sinon nous regrettons l’état dans lequel se trouve la résidence de cette illustre personnalité », déplore le maire.

Pour l’immortaliser, le collège-lycée de Bantighel construit par les fonds Koweitien a été baptisé Ibrahima Barry 3. C’est suite au passage de l’ancien président Alpha Condé en tournée de campagne en 2015. Les jours qui ont suivi les autorités éducatives ont matérialisé l’acte : « Pour immortaliser l’homme, le président Alpha CONDÉ de passage à Bantighel a dit j’ai quelqu’un ici, c’est pourquoi il est attaché à Bantighel, il dit c’est chez Barry 3. C’est dans cette optique là quand le collège-lycée de Bantighel a été construit en 2015, les autorités éducatives de Pita a donné le Nom de l’école à Barry 3 pour l’immortaliser. Le nom a été donné en 2017 par Koto Barry, directeur préfectoral d’alors », explique le maire de Bantighel.

Depuis notre passage sur les lieux nous avons cherché en vain d’entrer en contact avec l’un des deux enfants de Barry III en vain. Des citoyens ont confié que la fille serait pharmacienne et vivrait du coté de Dakar et que le garçon réside en Suisse. Ce dernier était venu récemment investir dans l’agriculture dans une localité de Fouta. Aucune trace tangible pour les retrouver pour l’instant

TRISTE FIN POUR BARRY III

Elhadj Amadou Barry, maire de la commune rurale de Bantighel, se souvient de Barry III dès les premières luttes pour l’indépendance de la Guinée jusqu’à sa mort des suites de pendaison au pont du 8 Novembre en janvier 1971.

« Je retiens de Barry 3, un homme exemplaire, un courageux et quelqu’un qui a aimé son pays et ses compatriotes. Il fait partie des premiers cadres guinéens. Si l’indépendance de la Guinée a été obtenue sans effusion de sang, Ibrahima Barry 3 est un acteur majeur parce qu’il animait un parti politique PSG, parti socialiste de Guinée. Quand le referendum a été annoncée et lui Barry 3 et Barry Dianwaadou ont accepté de fusionner leur formation politique avec le PDG RDA que Sékou Touré dirigeait. Ils se sont donnés la main pour dire NON, ainsi la Guinée a accédé à son indépendance, s’ils avaient refusé de se joindre au PDG, l’indépendance de la Guinée serait incertaine ou difficile à être acquise. Les français auraient pu exploiter la division comme une porte de sortie pour empêcher l’indépendance. Finalement, c’est le front commun qui a permis le résultat du 2 octobre 1958.

Après l’indépendance, Barry 3 a été appelé au gouvernement, d’ailleurs  il a été membre de plusieurs gouvernements. Ensuite, avec l’agression du 22 Novembre 1970, il fut cité, arrêté, martyrisé et pendu au pont du 8 Novembre malheureusement. Je me souviens, j’étais professeur à Pita centre, quand il a été pendu en 1971. A son arrestation on suivait les mouvements, des déclarations à la radio à 19H45, on disait que c’est une émission sur les traitres. Un tribunal révolutionnaire a été crée, l’assemblée nationale a été transformée en tribunal, beaucoup ont été condamnés, Barry a été condamné à la peine capitale, à côté de lui Baldé Ousmane de Tougué (ministre des finances NDLR), Keira Soufiana commissaire de Police et un certain Magassouba. Les corps des 4 ont passé des heures au pont, des cadres venaient faire des discours sur place les insulter, des petits enfants sortis des écoles venaient faire la même chose. Une triste fin pour lui et ses compagnons», se souvient ce sage de Bantighel devenu maire.

Reportage réalisé par Alpha Ousmane AOB Bah

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le Lundi 09 mai 2022 à 12:11