Bah Ousmane parle : « Quand Alpha Condé est arrivé au pouvoir… »

Guinée
Bah Ousmane, leader de l'UPR
Bah Ousmane, leader de l'UPR

PITA-On le connait peu bavard, mais cette fois, il a décidé de briser le silence. Bah Ousmane, ancien allié d’Alpha Condé, s’est confié à Africaguinee.com. Dans cet entretien, le président du parti Union pour le Progrès et le Renouveau (UPR), revient sur plusieurs sujets. Dans cette première partie que l’interview que nous diffusons, il évoque la commémoration des 18 ans de la disparition de feu Siradio Diallo, la chute d’Alpha Condé mais aussi les premières actions déclenchées par le CNRD, notamment la récupération des domaines de l’Etat. Dans la seconde partie qui sera diffusée ultérieurement, il sera surtout question du prétendu espoir de rapprochement entre Bah Ousmane, Bah Oury et Cellou Dalein, les premières casses de Kaporo rail et le dédommagement avorté, l’histoire de la libéralisation des ondes vers les années 2004 en Guinée.

AFRICAGUINEE.COM : Le 14 Mars dernier, l’UPR commémoré la 18ème année du décès de feu Siradiou Diallo. Pour une fois, on a constaté moins de mobilisation à Labé. Comment expliquez-vous cette situation ?

BAH OUSMANE : Bonjour ! Merci à vous aussi d’avoir fourni de l’effort pour venir nous voir en parcourant une si longue distance. Il n’y a rien de particulier qui explique la faible mobilisation à l'occasion de la cérémonie d'hommages à feu honorable Siradiou Diallo, éminent journaliste. C’est les circonstances du moment. Je dois vous dire que depuis la disparition de l’honorable Siradiou, nous n’avons pas manqué la commémoration en sa mémoire. Antérieurement, nous commémorions chaque année la date anniversaire du président Siradiou. Dans l’intervalle de ces dernières années, il y a eu la période de COVID-19 qui a perturbé toutes les activités, nous n’avons pas pu mobiliser tous les militants. Nous avons juste tenu des fidaou. Cette année, nous avons décidé de reprendre avec une cérémonie limitée. Nous avons demandé à notre structure de base locale, celle de Labé particulièrement de mobiliser certains cadres et militants, ensuite voir les sages de la grande mosquée de Labé pour les prières traditionnelles à la tombe du président Siradiou Diallo. C'est ce qui a été fait.

D’aucuns disent le silencieux Bah Ousmane était à un moment hargneux et bouillant à ses débuts en politique. Mais le fait de Côtoyer Siradiou Diallo, l’a rendu sage en devenant stratège. Est-ce vrai ?

(Rires) si vous me donnez le grade d’être hargneux, je ne le réfute pas. Je ne connais pas le Bah Ousmane hargneux, mais lorsque je n’étais pas avec Siradiou Diallo, j’étais à l’UNR avec Bâ Mamadou. J’avais un certain tempérament qui était propre à la fougue de la jeunesse. En 1998, je suis venu aux côtés de feu Siradiou, avec lui j’ai beaucoup appris. Dans ma vie politique, il a été un instructeur, au jour d’aujourd’hui je profite encore de beaucoup de ses enseignements. Je regrette qu’il soit arraché à notre affection de façon prématurée. Je suis certain s’il vivait, je ne parle pas de l’UPR mais la Guinée n’allait pas être ce qu’elle est aujourd’hui.

Pour ma part, beaucoup me voient calme sur le terrain politique, avec l’enseignement des anciens et de Siradiou particulièrement, j’ai compris que la politique n’est pas synonyme d’agitations, c’est devenu une conviction. La politique peut mieux se faire autrement que l’agitation. On ne cherche toujours pas la confrontation en politique. Il y a une autre manière de faire de la politique et celle-là est la nôtre. C’est l’enseignement que j’ai tiré de ma proximité avec Siradiou sans assez de bruits et je crois qu’il a toujours réussi des choses dedans. J’aimerais bien vous poser la question en tant que journaliste : je sais que vous êtes jeunes avec les archives, mais c’est rare que vous trouviez une interview de Siradiou. Il parlait moins, il écoutait beaucoup. Il tirait l’enseignement de ce que les autres disaient le plus souvent, ça constituait des leçons pour lui dans la bataille. Tout le monde savait que Siradiou Diallo était un grand journaliste, il connaissait l’importance de la parole mais ses effets négatifs aussi. Il disait souvent : « TROP DE MICROS BRULE ». Si un journaliste de son expérience dit cela, ce qu’il a vécu des expériences qui conduisent à une attitude de prudence et de responsabilité. C’est un héritage qu’il nous laissé. Donc, nous faisons la politique mais nous ne sommes pas des agitateurs politiques.

En adoptant cette posture vous n’avez jamais pensé à un moment que votre tempérance a conduit le parti UPR à s’effacer au profit d’autres sur le terrain politique ?

Je ne sais s’il y a une élection à laquelle nous n’avons pas pris part. Nous avons comme conviction, comme orientation, comme conduite, de prendre part à toutes les élections locales et nationales. Maintenant que nous n’ayons pas pris part à une élection présidentielle, nous avons eu des circonstances qui ne nous ont pas permis d’aller cette élection. Il faut savoir aussi qu’il ne faut pas aller aux élections pour aller seulement. Si vous fouillez un peu notre programme de société, notre manifeste, vous comprendrez que nous privilégions les alliances politiques. Lorsque vous ne pouvez atteindre un objectif, alors allez avec quelqu’un qui pourra vous permettre d’atteindre cet objectif dans un sens de le dépasser ultérieurement. Nous ne nous précipitons pas, nous ne faisons rien pour le simple plaisir de le faire. Tous nos actes posés, c’est après une réflexion approfondie dans un cadre concerté à travers un dialogue à l’interne. Ce que nous faisons toujours.

Après le 3ème mandat d’Alpha Condé ; il était sur le point de mettre un gouvernement restreint de large ouverture avec des compétences qui pourraient ouvrir la Guinée dans une diplomatie vers le monde arabe. Beaucoup avaient pressenti Bah Ousmane comme le Chef de ce gouvernement et que l’arrivée même de Mamadou Thierno Diallo ministre de la coopération serait liée à cela avec votre concours. Parlez-nous-en !

Je dois vous dire une chose, j’ai toujours eu la confiance du président Alpha Condé, il m’écoutait, il me consultait. J’ai été longtemps son conseiller en tant que ministre d’Etat. Mais lorsqu’on occupe des postes pareils au plus haut sommet de l’Etat surtout auprès d’un président de la République, il y a des choses que vous voyez, vous entendez, vous vivez, il y a des choses que vous pouvez dire ou raconter mais il y a aussi des choses que vous pouvez ou devez garder. C’est ce qu’on appelle le devoir de réserve. Donc, cet aspect je préfère ne pas le commenter.  Peut-être, vous pouvez être bien situé avec la marche du pays.

Les guinéens se sont réveillés dans la matinée du 5 septembre alors que l’armée venait de mettre fin au pouvoir d’Alpha Condé. Comment avez-vous vécu ce moment ?

C’est une réalité à laquelle nous avons été tous confrontés. On se réveille le 5 septembre avec ce coup de force, le président Alpha Condé a cessé d’être le chef-d ’Etat. Nous sommes des alliés, effectivement nous étions très proches et nous le sommes encore. Conseiller du président, au même titre que tout le monde j’ai été frappé par cette situation et il fallait assumer. Il ne fallait pas aller à l’euphorie de la fin du régime avec les nouvelles autorités. Ce que nous avons fait et pensé au lendemain du coup de force, nous avons assumé notre position surtout que pendant 10, 11 ans nous étions avec et autour du président Alpha Condé.

Avant cela, il faut avoir un regard sur le passé, depuis les années 1990 nous sommes ensemble dans l’opposition pour mener la lutte démocratique. Tout le monde connait les résultats. Nous nous sommes fondés sur ce passé pour continuer à être ensemble jusqu’au deuxième tour de la présidentielle de 2010. Cela a suffi comme argument pour chercher à le rencontrer là où il était après le 5 septembre. J’étais avec beaucoup de cadres. C’est une position assumée. Mais allé jusqu’à dire ce que nous avons fait pour lui, ou la question de premier ministre pour Bah Ousmane que vous évoquiez tout à l’heure, je ne suis pas de nature à raconter ce que j’ai fait. Celui qui s’inscrit dans ce cadre aussi doit savoir que des attitudes pareilles ne grandira personne.

Le moment n’est pas paisible pour les anciens dignitaires du régime Condé et même de Conté avec la CRIEF, la récupération des domaines publics. C’est comme si chacun attend son tour. Comment vous percevez ces opérations ?

Ecoutez ! Chaque régime qui arrive se fixe ses objectifs qu’il croit être la meilleure piste pour faire décoller le pays. Permettez-moi d’ouvrir cette parenthèse. Quand Alpha Condé est arrivé au pouvoir, il tenait à l’autorité de l’Etat, il a évoqué des audits importants, il y a eu de audits faits et réalisés mais les résultats n’ont pas été appliqués. Si vous voulez, ce n’est pas des actions propres au régime actuel. L’ancien régime avait entrepris tout ça, Alpha Condé a trouvé des dossiers, il en a ouvert d’autres à la fin l’application a manqué. Si vous avez remarqué dans le cadre de la nouvelle gouvernance qu’il souhaitait imposer après 2020, c’est le GOUVERNER AUTREMENT. Il a donné des indices forts pour travailler autrement. Derrière ce slogan fort se cachait une vérification profonde de la gestion des ressources publiques, ce qui existe, comment tout a été dépensé dans la gestion des fonds publics. Il en parlait à chaque fois que c’était nécessaire. Il avait compris beaucoup de choses autour des finances.

Aujourd’hui, c’est la récupération des biens de l’Etat, donc ce n’est pas un fait nouveau, l’Etat fera toujours en sorte d’être l’Etat. Donc, encore une fois ce n’est pas propre aux nouvelles autorités. A un moment ça été un objectif pour tous les régimes même si ce n’est pas en première position des actions. Seulement peut-être l’actuelle équipe a pensé normal de commencer par la récupération des biens de l’Etat conformément aux objectifs qu’elle s’est fixée. On ne peut pas lui reprocher de ça.

A suivre...

Interview réalisée depuis Pita par

Alpha Ousmane Bah (AOB)

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

 
Créé le Lundi 21 mars 2022 à 10:36

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