Samuel Kaninda : "Pourquoi la Guinée a reculé dans le rapport de Transparency..."

Guinée
Samuel Kaninda, conseiller régional Afrique de l’Ouest et du Centre à Transparency international
Samuel Kaninda, conseiller régional Afrique de l’Ouest et du Centre à Transparency international

CONAKRY- L'Ong Transparency international a publié son classement 2021 de l'Indice de perception de la corruption dans le monde. Comment se présentent les résultats cette année ? Quid de la Guinée ? Africaguinee.com a interrogé Samuel Kaninda, conseiller régional Afrique de l’Ouest et du Centre à Transparency international.

 

AFRICAGUINEE.COM : L’ONG Transparency international a publié, ce mardi 25 janvier, le rapport sur l'Indice de perception de la corruption (IPC) dans le monde. Comment se présente-t-il ?

SAMUEL KANINDA : Nous remarquons que ces 10 dernières années au cours desquelles nous avons eu l’occasion mener cette analyse, les efforts de lutte contre la corruption stagnent et le niveau de corruption sont au point mort. C’est à dire qu’il n’y a pas de recul de la corruption et il n’y a pas d’avancées e terme de lutte de façon globale. C’est vrai qu’il y a des pays qui se distinguent, mais 86% des pays classés dans ce rapport 2021 n’ont pas obtenu des notes satisfaisantes. On peut conclure que globalement les résultats ne sont pas positifs. 

Qu’en est-il des résultats de l’Afrique Subsaharienne ?

Malheureusement, il n’y a pas de changement. L'Afrique Subsaharienne reste le mauvais élève dans ce rapport avec un score global de 33/100 alors que l’année passée c’était 32/100 ce n’est pas une avancée significative sur le plan statistique. Sur les 49 pays inclus dans le rapport, il n’y a que 5 qui ont obtenu une note supérieure à 50/100. Ça veut que les autres se retrouvent dans la zone trouble de la corruption endémique et systémique. Même les pays qui ont connu des avancées comme Angola, Tanzanie, si on prend les 10 dernières années, les avancées sont notables, mais restent en deçà de ce qu’on pourrait considérer comme des résultats satisfaisants. Cela veut dire qu’il y a encore beaucoup d’efforts à fournir.

Cela est dû à quoi ?

Si on va au fond de la chose, nous constatons que cela est dû à des problèmes de gouvernance, on ne va pas parler de corruption. Il y a des problèmes de gouvernance inclusive, saine qui permettrait de prévenir certaine situation de conflit armé qui ne prennent fin, des insurrections ou des pouvoirs civils qui sont renversés. Mais aussi même dans la capacité pour le continent de relever les défis de développement. Chaque fois que nous commentons nos rapports surtout celui de l'IPC, nous disons que ce n’est pas faute des ressources que l’Afrique souffre, mais plutôt faute de bonne gouvernance, de la capacité de ceux qui dirigent à pouvoir privilégier l’intérêt général sur les intérêts particuliers.

La Guinée a perdu 3 points et se classe 150ème avec un score de 25/100 contre 28 en 2020. Qu’est-ce qui explique ce recul ?

A voir l’actualité du pays, on comprend que les choses ne sont pas au beau fixe en matière de gouvernance. C’est ce qui a conduit au changement brusque que nous avons vu avec le renversement du pouvoir du Pr Alpha Condé. De là, déjà nous pourrons tirer des enseignements que les questions de liberté, de respect des droits de l’homme, de bonne gouvernance, de transparence dans la gestion et de redevabilité étaient en souffrance. Nous n’allons pas dire qu’avec ce changement tout va mieux, il faudra observer les nouvelles autorités dans la durée. Il faudra que chaque institution joue son rôle de façon indépendante dans le respect des textes. Ce que nous observons une accumulation de beaucoup de faiblesses structurelles sur le plan de la gouvernance qui font que la note de la Guinée ait connu ce recul de 3 points.

On assiste de plus en plus à des changements anticonstitutionnels des régimes en Afrique c’est le cas au Mali, Tchad, Guinée et au Burkina Faso. Les différentes juntes motivent leur prise de pouvoir par, notamment la mal gouvernance, la corruption…entre autres. Qu’en pensez-vous ?

Il serait très simpliste de dire que c’est dû à la corruption, même si elle y est pour beaucoup. Les juntes se basent sur ces sentiments d’exaspération des citoyens pour justifier leur action. Il faut que ceux qui sont au pouvoir sachent à tout moment ils y sont pour l’intérêt général. Dans tous les cas que vous avez cités, vous verrez en filigrane qu’il y a la question de gouvernance voire de corruption. On y constate une impunité surtout quand cette corruption affecte de manière substantielle le vécu quotidien des citoyens à un moment ça fragilise le pouvoir et tout peut arriver. On a vu au Sahel ce sont des renversements de pouvoir qui emballent les pays dans des cycles de transition. Même dans ces régimes d’exception, il est important que la transparence, la redevabilité soit de mise.

L’absence des organes de contrôle comme par exemple l’Assemblée nationale ne favorise-t-elle pas la corruption pendant la période transition ?

Vu qu’il s’agit des pouvoirs militaires qui suspendent tout, il est important que ces transitions soient les plus brèves possibles en tenant compte des spécificités d’un pays ou d’un autre pour que les élections puissent se tenir dans des conditions requises pour éviter de troubles. Même si l’organe législatif transitoire est nommé, mais qu’il ait les coudées franches, les mains libres pour pouvoir exercer un contrôle sur l’Exécutif pendant cette période de transition. D’autre part, que la justice aussi fasse son travail en toute indépendance sans distinction de rang social ou d’obédience politique.

En Guinée, la junte a créé une Cour de répression des infractions économiques et financières. N’est-ce pas un bon signal ?

A priori, c’est une initiative louable pourvu que cette instance puisse jouer son rôle en toute indépendance et qu’elle ait les moyens, les ressources humaines à sa disposition pour mener à bien sa mission. Je crois que c’est à la lumière du traitement des dossiers que l’opinion va juger de la pertinence de cette Cour. Toute initiative qui va dans le sens de réprimer la corruption de manière efficace, de lutter contre l’impunité est louable. Les questions de justice sélective sont décriées. C’est ce qui engendre aussi l’instabilité et dénature la lutte contre la corruption et l’amené sur le chantier politique plutôt que des questions classiques de bonne gouvernance dans l’intérêt général de la population.

Quel est le rôle que doit jouer la société civile plus particulièrement dans les pays en transition ?

La société civile doit rester vigilante et poursuivre sa lutte habituelle pour avoir accès aux informations sur les actes de gestion de ceux qui sont au pouvoir que ce sont des régimes militaires. Il y a toujours un moyen de poursuivre la lutte pour que les questions de bonne gouvernance et de lutte contre la corruption ne souffrent pas. Il faut s’assurer que la communication avec les masses soit maintenue, mais aussi en maintenant un dialogue avec ceux qui sont au pouvoir en toute indépendance pour que quand les choses ne marchent pas, on puisse tirer la sonnette d’alarme. C’est à ce prix que l’intérêt général sera préservé.

 

Interview réalisée par Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 669 91 93 06

Créé le Mercredi 26 janvier 2022 à 7:28