Embargo sur le Mali : Les guinéens de Bamako éprouvés par les sanctions de la CEDEAO

Bamako
Une rue de Bamako fréquentée par des guinéens
Une rue de Bamako fréquentée par des guinéens

BAMAKO- L’embargo imposé sur le Mali par les dirigeants de la CEDEAO et de l’UEMOA commence à peser sur les activités notamment commerciales. Au sein de la communauté guinéenne à Bamako, certains commencent à être frappés de plein fouet par les conséquences des sévères sanctions prises contre leur pays hôte. Pénurie, cherté, baisse d’activités sont devenu le quotidien des guinéens.  

La ruée des guinéens de la région de la Haute-Guinée vers Bamako et inversement s'estompe depuis l’annonce de l’embargo. Pire, parmi ceux qui sont bloqués au niveau des frontières sénégalaises et ivoiriennes, figurent des guinéens dont des transporteurs

Commerçant à Djikoroni Para dans la commune 4 de Bamako, Ibrahima Diallo, guinéen originaire de Mali yembering voit moins l’affluence des clients venus de la Haute-Guinée en direction de Bamako. Comme beaucoup de guinéens ses activités en dépendent : « Les produits de grandes consommations connaissent une hausse. Le kilo de sucre qui était à 500cfa se négocie aujourd’hui entre 650 et 700 Fcfa. Si nous prenons le sac du sucre, le prix est parti de 26.500cfa à 30.500cfa, c’est rare aussi. Le riz importé de 50kg, le sac qui variait entre 19.500 et 20.000, s’arrache à 20.500cfa.

Beaucoup de nos clients sont des guinéens qui viennent de la région de Kankan plus proche, mais depuis l’embargo, certains ont peur déjà de faire des frais et venir sans trouver quoi acheter, ils ont déjà les échos de la cherté. Nous sommes à la gare de Guinée ici, des guinéens aussi venaient ici avec des produits locaux guinéens ceux-là aussi sont bloqués parce que leurs clients maliens n’ont plus de ressources pour acheter. La monnaie aussi baisse à cause de la rareté. Avant pour avoir 5000CFA, on déboursait entre 80000 et 83000GNF, ce lundi nous sommes à 75000gnf presque. C’est triste cette sanction surprise contre le Mali » regrette Ibrahima Diallo, commerçant guinéen basé à Bamako.

Saidou Kourouma, est un transporteur routier qui roule entre la Guinée, le Mali et une partie de la Cote d’ivoire. Aujourd’hui il reste bloqué en territoire ivoirien son camion rempli de riz appartenant à des commerçants maliens et guinéens. Faute de solutions, il compte bien débarquer la marchandise à mi-chemin et rentrer en Guinée via la Côte d’ivoire.

  « Depuis 19 ans je conduits entre ces pays, nous prenons des vaches au Mali en direction de la Côte d’ivoire, nous reprenons du riz, des tissus à Abidjan pour le Mali, Siguiri et Kankan. Même pendant la Guerre en Côte d’ivoire la liaison a continué. Cette fois nous sommes surpris, nous sommes venus en Côte d’Ivoire, ils ont pris la décision de fermer la frontière avec effet immédiat. On avait moins peur parce qu’ils ont dit que le riz n’est pas concerné, malheureusement nous sommes bloqués ici avec tout le monde.  Cette marchandise appartient à des femmes qui vivent de ça. C’est vrai le Mali va souffrir mais tous les autres pays aussi vont souffrir », explique ce transporteur guinéen.

Le domaine du Gaz et le matériel de construction connaissent aussi une envolée. C’est ce qu’explique cet entrepreneur guinéen.

 « Quelques jours avant l’embargo, une pénurie de gaz était ressentie à certains endroits du Mali. La bouteille de 6kg était à moins de 5000CFA. Ce lundi 17 janvier j’ai rechargé ma bouteille à 7.500 CFA soit une augmentation de 50% de son prix habituel. La tonne de ciment se négociait entre 95.000 et 100.000CFA avant l’embargo, maintenant c’est entre 1.15000 et 120.000 CFA selon les zones. Je suis dans l’entreprenariat bâtiment ici. La vie est chère au Mali bien avant l’embargo maintenant on en rajoute. La fermeture des frontières sénégalaises et ivoiriennes va jouer sur le Mali mais cela va jouer aussi sur les autres pays. Parce que chaque pays a une dépendance vis-à-vis de l’autre. Je suis rentré de la Guinée il y a 48 heures, du côté de la Guinée le mouvement est libre envers le Mali au niveau de la frontière. Le port de la Mauritanie était jusque-là moins important pour le Mali, c’est seulement les véhicules d’occasion venant de l’Europe qui passent par là en direction de Bamako. En dehors de ça c’est les fruits marocains qui passent par la Mauritanie.

Du côté de l’Algérie, rien ne vient de là pour le Mali mais la frontière reste ouverte. C’est quelques villes qui sont à l’extrême nord comme Tessalit, Kidal, Taoudenni qui sont proches de l’Algérie. Mais là aussi il n’y a pas d’échanges commerciaux à cause de l’insécurité dans la zone », témoigne Amadou Barry entrepreneur guinéen à Bamako

A Labé, la communauté malienne suit avec intérêt l’évolution la situation au Mali mais espère que le respect naitra de ce blocus.

 « D’abord le Mali est dans un trou, il n’y a que les régions de Segou, Kayes, Koulikoro et Sikasso qui sont épargnées des problèmes, sinon tout le reste du pays est envahi par les djihadistes. Comment voulez-vous qu’on accélère une élection dans une telle situation ? En fait, la France a laissé le Mali en plein vol à cause de leurs intérêts personnels. Ces conneries, tout le monde va payer avec le Mali, notamment le Sénégal et la Côte d’ivoire. Ces deux pays savent une bonne partie de leurs ports est détenue par des opérateurs économiques maliens. Donc l’économie de secours de ces pays reposent sur le Mali. Certainement il y aura déficit de leurs recettes, ils vont le sentir comme nous. La viande vendue en partie au Ghana, au Sénégal et en Côte d’Ivoire vient des vaches élevées au Mali et puis convoyées vers ces pays. Chacun aura sa recette », indique Moumini Khan, président des ressortissants maliens à Labé.

 

Alpha Ousmane Bah (AOB)

Pour Africaguinee.com

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Créé le Lundi 17 janvier 2022 à 22:29