Le Sénégal ferme ses frontières au Mali: Une aubaine pour la Guinée…

Economie
Mohamed Beavogui, Premier ministre de la transition Guinéenne et le Colonel Mamadi Doumbouya
Mohamed Beavogui, Premier ministre de la transition Guinéenne et le Colonel Mamadi Doumbouya

Réunis en sommet extraordinaire, le 9 janvier 2022, les dirigeants de la Cédéao et de l'Uemoa ont adopté de “lourdes” sanctions contre le Mali en raison du non-respect par la junte dirigée par Assimi Goita de ses engagements initiaux d’organiser des élections en février 2022 pour un retour à l’ordre constitutionnel, rompu depuis le coup d’Etat d’Août 2020 qui avait renversé Ibrahim Boubacar Keita.

Parmi ces sanctions, figurent entre autres : la fermeture des frontières entre le Mali et les pays membres de la Cédéao, le gel des actifs maliens au sein de la Banque centrale des États d’Afrique de l’Ouest, la suspension des transactions sauf pour les produits de première nécessité et pharmaceutiques. Ainsi que la coupure des aides financières et le rappel des ambassadeurs des pays membres au Mali.

La décision controversée de l’organisation sous-régionale a été appliquée par la quasi-totalité des pays membres. Le Sénégal et la Côte D’ivoire, par où transite l’essentiel des importations maliennes, ont déjà fermé leurs frontières. Par contre la Guinée suspendue de toutes les instances de décision de la CEDEAO s’est désolidarisée. La junte militaire dirigée par Mamadi Doumbouya a annoncé que les frontières terrestres, aériennes et maritimes de la Guinée resteront ouvertes.

La fermeture des frontières entre Bamako-Dakar, Bamako-Abidjan constituent-elle une aubaine pour la Guinée ? Africaguinee.com a enquêté.

Selon une “Analyse comparative des ports de Dakar, Abidjan et Conakry pour la desserte de Bamako” réalisée par Issiakha Dia enseignant chercheur à l’université de Thièsen 2019, le port de Dakar a traité 65% des importations des marchandises maliennes. Cette étude comparative conclut que le port de Dakar est le principal port de transit des importations maliennes (statistiques du Port de Dakar (PAD). Le port d'Abidjan vient en 2ème position en matière d’approvisionnement de Bamako. Le port de Conakry n'a qu'un seul avantage : la proximité.

Une aubaine pour Conakry

Situation oblige. Avec la fermeture des frontières par Dakar et Abidjan, le Mali n’a d’autres choix que de se tourner vers le port de Conakry pour ses importations et exportations. Toutefois, si le PAC (port autonome de Conakry) a un atout majeur lié à sa localisation géographique autrement dit la faible distance, moins de 1000 kilomètres, il n’en demeure pas moins que ses dirigeants doivent corriger ses insuffisances pour pouvoir profiter pleinement de cette aubaine, pouvant permettre à l’Etat guinéen de doper considérablement ses recettes.

Jusque-là, le port de Conakry n’assurait qu’environ 5% du transit malien passant par l’ensemble des ports de la sous-région. En 2019, c’est seulement 351 mille tonnes par an tout produit confondu contre 151 mille tonnes en 2020, qui sont passés par le Port autonome de Conakry. Une broutille. 

Comment la Guinée pourra-t-elle saisir cette aubaine ?

Ce qui est certain, avec la fermeture des frontières ivoiriennes et sénégalaises, la demande malienne vis-à-vis de la Guinée va considérablement augmenter.  Pour pouvoir en profiter, selon un expert portuaire, la Guinée doit remplir certains critères. « Tout pays de transit a besoin d’un port performant dans ses opérations.  Non seulement, dans l’accueil des navires, la manutention mais aussi le transport des marchandises en transit. Pour arriver à cette performance, le transit a besoin de facilité en matière opérationnelle, commerciale particulièrement, de tarification en offrant des réductions. Il en est de même en matière juridique et de sécurité », précise notre source.

Les dirigeants du Port Autonome de Conakry doivent mobiliser la communauté portuaire autrement dit le maillon logistique portuaire composée d'Albayrack (Alport) qui fait entrer les navires et les place au quai. Les manutentionnaires également qui déchargent les navires et gèrent les espaces de stockage de marchandises doivent jouer leur partition, précise cet expert, qui souligne qu’il en est de même pour les consignataires qui livrent les marchandises.

« Les douanes qui contrôlent et autorisent la sortie ne seront pas en marge. Les transporteurs routiers doivent aussi être mobilisés afin que chacun en ce qui le concerne réponde efficacement à la demande des importateurs/exportateurs maliens qui se dirigent vers la Guinée en grand nombre pour le transit. Assurément, si les acteurs du corridor guinéen de transit relèvent ce défi, cela va booster le trafic du port de Conakry et faire en sorte qu’ils puissent capter une importante partie des importations et exportations du Mali passant par les autres ports”, explique un expert.

Atouts du port autonome de Conakry

A la question de savoir si le port de Conakry est capable de faire face à l’éventuelle explosion de la demande des opérateurs économiques maliens, l’expert se veut rassurant.

« Aujourd’hui, les atouts dont disposent le port de Conakry peuvent faire face efficacement à la demande de transit des opérateurs économiques maliens. On a un chenal d’accès des navires d’une profondeur de 10m en marée basse et près de 13 m en marée haute permettant de recevoir des navires de près de 40 mille tonnes de marchandise à bord. Pour le transit des conteneurs, un terminal disposant de 2 quais équipés des portiques est disponible avec une cadence de manutention performante. De même, de terre pleine de stockage de 20 ha sont en exploitation. Le tout est couronné par un système d’exploitation efficace.

Pour le passage de marchandises en sacherie et en vrac, un port commercial rénové est en exploitation par le groupe Albayrack avec un rendement qui a limité de près de 50% le temps de séjour des navires à quai. Pour la réception des camions venant charger les marchandises en transit, une aire de stationnement de plus de 600 places est en exploitation par le groupe Albayrack. Une route contournante est en cours d’achèvement pour desservir le port à partir de ses parkings. S’agissant des formalités douanières et des autres procédures, un guichet unique de facilitation du commerce extérieur est en activité”, assure cet expert portuaire.

Il invite cependant l’État à investir davantage pour le développement et la modernisation du port autonome de Conakry pour le rendre plus compétitif face à la concurrence. En plus la Guinée doit travailler pour rendre son réseau routier plus praticable. Ce qui est un défi majeur qu’il va falloir relever dans l’urgence.

 

Abdoul Malick Diallo

 Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 669 91 93 06

Créé le Jeudi 13 janvier 2022 à 11:03