Répression de Janvier-février 2007 : 15 ans après, les victimes toujours privées de justice...

Guinée
L'armée dans les rues de Conakry, image d'archive
L'armée dans les rues de Conakry, image d'archive

CONAKRY-Il y a 15 ans les centrales syndicales guinéennes déclenchaient une grève générale pour protester contre la mauvaise gouvernance, la cherté de la vie et le déficit démocratique qui caractérisaient le régime de feu le Général Lansana Conte, mort au pouvoir après 24 ans de règne. Cette grève générale sans précédent avait duré 1 mois 16 jours et causé, au moins, la mort de 137 personnes et fait 1667 blessés.

Déclenchée par le syndicat, la grève avait été suivie par l’ensemble des forces vives de la nation dont des coalitions politiques et les organisations de la Société civile accusant le président Lansana Conté d'avoir mal géré l'économie et abusé de son autorité.

La libération de 2 personnes accusées de corruption dont Mamadou Sylla avait mis l’huile sur le feu. Le 19 janvier, le président Conté limoge le numéro 2 du gouvernement en l’occurrence Fodé Bangoura, ministre d’alors des Affaires présidentielles qui avait fait arrêter Sylla, et qui était considéré comme un soutient des grévistes.

Plusieurs dirigeants syndicaux dont Rabiatou Serah Diallo, présidente de la Cntg (confédération nationale des travailleurs de Guinée) sont arrêtés le 22 janvier, journée la plus meurtrière, à l'issue d'une manifestation fortement réprimée. Ils seront libérés dans la nuit sous les pressions internationales.

Le 27 janvier, les syndicats et le gouvernement s'accordent sur la nomination d'un Premier ministre avec le rôle de chef de gouvernement. Les syndicats suspendent la grève générale. Le président Conté est soumis à un ultimatum de 15 jours pour nommer un nouveau premier ministre.

Face à la montée de la pression interne et externe, le président Conté nomme Eugène Camara au poste de premier ministre, le 9 février. La provoc de trop aux yeux des syndicalistes qui réclamaient des actions beaucoup plus importantes. Les grévistes contestent cette nomination et relancent la grève, le 10. Pour la première fois, le 11 février, ils exigent le départ du pouvoir du président Lansana Conté. Face à l’ampleur du mouvement dans tout le pays, le président décrète l'état de siège, impliquant un couvre-feu de 20 h à 6 h du matin et de 6 h à 16 h sur l’ensemble du territoire.

Le 25 février, le président Lansana Conté accepte sous la pression de la CEDEAO le remplacement du Premier ministre Eugène Camara par une personnalité choisie sur une liste de 5 candidats désignés par les syndicats et la société civile. La grève générale est suspendue. Et le 26, Lansana Kouyaté est nommé Premier ministre. Son gouvernement est présenté le 28 mars. Il est composé de 19 ministres, tous issus de la société civile. Aucun parti politique n’est représent.

Selon le rapport publié par le ministère de l’Intérieur et de la sécurité et présenté, le 2 mai, les évènements de janvier-fevrier ont fait 137 morts et 1 667 blessés ainsi que des dégâts matériels considérables entre le 22 janvier et le 26 février 2007.

Procédure judiciaire

En mai 2012, l’OGDH et la FIDH ont porté plainte devant la justice guinéenne et se sont constituées parties civiles aux côtes des victimes, donnant lieu à une information judiciaire. Mais 15 ans après cette violente répression sanglante, les enquêtes piétinent. Aucun présumé responsable de ces exactions n’a été entendu ou inculpé, déplore les parties civiles.

“Environ 40 victimes ont été entendues comme parties civiles, malheureusement, aucun présumé responsable commanditaire ou exécutant des ordres qui ont conduit à ce drame n’a été entendu ou inculpé. La procédure est toujours pendante devant le tribunal de Dixinn. L’instruction n’est pas encore terminée, il n’y a pas d’avancée majeure”, regrette Me Alpha Amadou DS Bah, vice-président de l'OGDH.

Dossier à suivre…

 

Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mercredi 12 janvier 2022 à 10:42