CENI : Les nouvelles révélations de l’ex commissaire Alhassane Makanéra…

Guinée
Alhassane Makanéra Kaké
Alhassane Makanéra Kaké

CONAKRY-Alhassane Makanéra, ancien commissaire vient de faire de nouvelles révélations sur la commission électorale nationale indépendante (CENI). Dans cet entretien accordé à notre rédaction ce mercredi, ce juriste dénonce de graves dysfonctionnements qui caractérisent cette institution. Il s’est également exprimé sur la décision unilatérale du Gouvernement d’écarter la CENI de l’organisation des élections. L’universitaire parle sans détours.  

AFRICAGUINEE.COM : Le Gouvernement à travers le ministre Mory Condé vient d’annoncer que l’organisation des élections revient au ministère de l’administration du territoire et de la décentralisation. Quelle est votre réaction ?

ALHASSANE MAKANERA KAKE : Ce qui est important, il faut se mettre sur le terrain du droit. La CENI a été créée par une loi organique. Après la publication de la charte de la transition, le Gouvernement s’est engagé que toutes les Lois qui ne vont pas à l’encontre de la Charte sont mises en vigueur, y compris donc la Loi sur la CENI. Cette Loi sur la CENI est une Loi Organique. Pour la changer, il faudrait que CNT (Conseil national de transition), soit constitué pour voter à la majorité des 2/3 au moins pour changer la Loi, si on est respectueux du droit. Quand on dit que le Droit c’est notre boussole, il faut le montrer dans les faits et gestes que l’on s’inscrit vraiment dans le cadre du droit. Mais tel que c’est dit, on a porté un coup dur au droit guinéen.

 

A vous entendre c’est comme si le Gouvernement a tordu le cou à la Loi…

 

On n’a pas tordu le cou au Droit, mais on l’a violé carrément. Puisque la Loi est claire là-dessus : c’est une Loi Organique qui a créé la CENI. Cette loi organique a été reconduite telle que les autres Lois. Donc, tant qu’il n’y a pas une disposition expresse qui dit que cette Loi est abrogée, on l’applique. Parce qu’en fait, rien n’est plus important pour un pays démocratique que les élections. C’est le choix des gouvernants. Donc, il y a d’abord un premier aspect qui est la forme par rapport au droit. Je suis ancien commissaire de la CENI où j’ai passé deux ans, mais honnêtement, je ne veux plus être commissaire de cette institution.

Pourquoi ?

C’est une coquille vide ! Je vous le dis, pendant mon temps passé à la CENI, je n’ai servi qu’un écran. Personnellement je ne savais ce qui se passait à la CENI. Je n’étais même pas un figurant, mais un écran. Ce qui est différent. Vous pouvez demander à la CENI de vous donner la liste de ceux qui ont eu l’ordre de mission pour l’étranger pour l’organisation de a présidentielle qui est plus récent et la liste des missionnaires de la CENI pour l’organisation de la même élection à l’intérieur du pays. Vous comprendrez réellement qui a organisé les élections. Le MATD peut vous donner la liste des missionnaires qui sont allés organiser les élections présidentielles à l’étranger et la liste des missionnaires qui sont passés organiser les élections à l’intérieur du pays. Vous ne verrez le nom d’aucun commissaire. Dans ces conditions qui a organisé les élections ?

Est-ce possible d’attaquer cette décision unilatérale du Gouvernement qui selon vous viole le droit ?

Oui, on peut bien l’attaquer. Mais qui a intérêt pour agir ? Je n’ai pas intérêt pour agir, parce que je ne veux plus être à la CENI. Ce sont les partis politiques essentiellement qui sont à la CENI, ensuite la société civile et l’administration. Donc, ce sont les partis politiques qui ont intérêt à agir pour attaquer la décision, juridiquement.

Au niveau de quelle juridiction pourrait-on l’attaquer ?

En l’occurrence, c’est à la Cour Suprême qu’on peut l’attaquer. Parce qu’un acte administratif du ministre et du président de la République sont connus par la Cour suprême. C’est là où on peut l’attaquer.

Que reprochez-vous réellement à la CENI que vous qualifiez de coquille vide ?

 

Je vais vous dire : les gens sont très mal informés de la réalité sur ce qui se passe à la CENI. Je le regrette. Y compris les partis politiques qui ont envoyé des représentants sont mal informés. Pour la simple raison que la Loi 044 qui a créé la CENI est rédigée de telle sorte que c’est le président de la CENI qui gère l’institution et autre personne qu’il veut associer. Je vous le dis. Prenez la Loi 044 vous le saurez. J’ai même fait des remarques et des suggestions pour sa révision si on veut faire une bonne élection.

Est-ce que durant votre passage à la CENI vous avez eu l’impression que sa gestion n’était pas orthodoxe ?

En réalité pour la gestion, la Guinée est faite de telle sorte que c’est l’ordonnateur qui gère. Sur la question financière, j’ai peu d’informations et c’est à tous les niveaux. Aucune structure étatique ou paraétatique guinéenne est bien gérée financièrement. Parce qu’il n’y a pas de transparence. Un pays où il n’y a pas de contrôle, il n’y a pas de sanctions où même les fonctionnaires sont riches, il y a problème.

Mais je reviens pour le bâtiment. J’ai eu quand même la chance de chercher à savoir comment le problème bâtiment a été géré. Le bâtiment de la CENI se trouve à Cameroun (…) Là où la CENI est venue maintenant là, l’appartement le plus cher est payé à 1.600 dollars. Dans chaque appartement, il y a trois pièces, un grand salon, une cuisine, trois douches. C’est ce qui est facturé à 1.600 dollars. Allez y demander à Cameroun demander les prix, vous comprendrez si c’est raisonnable ou pas. Le deuxième niveau, ce sont les appartements de deux chambres, un salon, une cuisine, deux douches, loués à 1.300 dollars. L’appartement d’une chambre, un salon, une cuisine et une douche, c’est 500 dollars…Pour un an, la CENI payait 60.000 dollars pendant douze mois.

Malheureusement ce que je regrette en Guinée, quand on veut tuer son chien on l’accuse de rage. Le ministère veut organiser les élections. Il s’est toujours battu pour ça. Et en réalité, dans les faits le ministère de l’administration du territoire a toujours organisé les élections. Parce qu’on dit que la CENI était assistée, mais cette assistance étouffait la CENI.

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Mercredi 12 janvier 2022 à 15:35

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