Scission de la classe politique guinéenne : Du "pain béni" pour le CNRD?

Guinée
Cellou Dalein Diallo, Alpha Condé (président déchu), Sidya Touré
Cellou Dalein Diallo, Alpha Condé (président déchu), Sidya Touré

CONAKRY-La division de la classe politique guinéenne va-t-elle profiter à la junte militaire guinéenne ? Quatre mois après le coup d’Etat du 05 septembre qui a renversé Alpha Condé, le CNRD (comité national du rassemblement pour le développement) reste très frileux quant à la définition de la durée de la transition.

Sous prétexte d’avoir reçu une pléthore de candidatures dans la course au CNT, Colonel Mamadi Doumbouya traîne les pas à parachever la mise en place des organes en charge de définir le chronogramme et la durée de la transition. Face à ces atermoiements de la junte sur cette question centrale de transition, la classe politique guinéenne a décidé de lancer une large coalition appelée collectif des partis politiques (CPP) rassemblant une centaine de formations politiques. Elle se fixe pour objectif de donner ses positions sur la constitution, la durée de la transition, l’organe de gestion des élections, le fichier électoral, entre autres. Sur tous ces points, le CPP qui réunit des figures importantes de la classe politique entend faire des propositions à la junte.

Patatras ! Alors que l’on croyait les dissensions politiques carrément dissipées, du moins pour cette période d’exception, voilà le RPG arc-en-ciel, l’ancien parti pouvoir rejeter toute idée d’appartenir à un front où se trouve l’Union des forces démocratiques de Guinée, son rival de toujours. Le parti d’Alpha Condé a décidé de faire « cavalier seul ».

« Aucune forme de mariage ne peut marcher entre l’UFDG et le RPG-en-ciel. Ni mariage le mariage civil, ni le mariage coutumier, ni le mariage religieux. Nous continuerons notre lutte pour la démocratie autrement, mais sans l’UFDG », a tranché Amadou Damaro Camara.

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« Que le RPG arc-en-ciel vienne ou pas au CPP, on n’a rien à cirer », réplique Dr Fodé Oussou Fofana. Ce manque d’entente entre les deux grandes formations politiques du pays sera-t-il une aubaine pour Mamadi Doumbouya pour dérouler tranquillement son agenda ? Depuis son arrivée au Pouvoir, le nouveau-maître de Conakry se montre moins pressé et multiplie les professions de « bonne foi » demandant du « temps » pour éviter les erreurs du passé. Toutefois, selon un fin observateur de la scène politique, cette relative mésentente de la classe politique ne va point changer grand-chose dans la détermination des protagonistes politiques à avoir une transition à durée raisonnable.

« Il fallait s’attendre à cette mésentente. N’oubliez pas que pendant les onze années de pouvoir d’Alpha Condé, les relations entre son parti et l’UFDG ont été caractérisées par défiance permanente. Ce passif est encore très présent dans les mémoires. Donc, les voir dans un même front face au CNRD était très improbable.  

Est-ce que cette mésentente pourra constituer un pain béni pour la junte ? Non. Parce que le processus qui est enclenché concerne tout le monde. Chacun se soucie de la réussite de transition et veut éviter d’aller à un bras de fer. La société civile reste très regardante sur ce qui est en train de se passer. D’ailleurs elle a préconisé une transition de 24 mois avec des détails concrets sur le chronogramme. Un mariage n’est pas exclu entre la société civile et le CPP », analyse cet observateur.

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Depuis le coup d’Etat du 05 septembre, la Guinée est suspendue des instances de décision de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) et l’Union africaine. Si la junte a fléchi sur le cas Alpha Condé -autorisé à se rendre à l’extérieur pour un contrôle médical-, il faut dire qu’elle tâtonne sur la finalisation de la mise en place des organes de transition. Cette semaine, le ministre de l’administration du territoire et de la décentralisation Mory Condé a annoncé qu’un travail d’arbitrage était en cours pour désigner les 81 conseillers du futur CNT.

C’est dans ce contexte que les dirigeants de la CEDEAO qui exigent -un calendrier pour un retour à l’ordre constitutionnel dans six mois-, ont envoyé un signal fort. Les lourdes sanctions prises ce dimanche 9 janvier 2022 contre la junte malienne devraient interpeller Colonel Mamadi Doumbouya.

 

Diallo Boubacar 1
Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 12

Créé le Dimanche 09 janvier 2022 à 21:49

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