Témoignage inédit : pour sauver son foyer, D.Diallo brave le désert pour rejoindre son mari bloqué en Algérie

Guinée
D. Diallo
D. Diallo

PITA- « L’amour est un oiseau rebelle » ! L’histoire de D. Diallo illustre bien cette célèbre chanson d’anthologie de Georges Bizet. Mariée à l'âge de18 ans à un cousin absent du pays, en 2014, D. Diallo a attendu son époux 3 ans en vain. Mise sous pression par sa famille qui voulait lui donner en mariage à un autre homme, D.Diallo décide de rejoindre son mari bloqué en Algérie, pour sauver son foyer. Avec l’accord de son époux en 2017, madame Diallo entame une longue pérégrination. Elle brave le désert pour rejoindre son époux bloqué en Algérie. Un voyage au bout de l’enfer. Séquestration, prison, rançons, avortements… la jeune dame a passé les pires moments de sa vie sur cette route. Elle a cependant réussi à rejoindre son bien aimé. Les deux conjoints ont vécu pendant 3 ans en Algérie. Le couple a même fait un enfant. Mais face à la précarité, elle s’est vue obligée de reprendre la route pour regagner la Guinée, laissant son mari derrière. Sur la route du retour, elle a perdu son deuxième geste. Agée de 24 ans aujourd’hui, D.Diallo a bien voulu partager sa mésaventure avec Africaguinee.com.

« J’ai quitté la Guinée, non pas dans le but de rejoindre l’Europe comme certains le font, j’ai quitté dans l’espoir de retrouver mon mari en Algérie où il est bloqué depuis plusieurs années dans son projet de traversée. Mon mari a connu une vie difficile dans les pays du nord, il avait été arrêté en Libye et malmené sans que nous la famille ayons de ses nouvelles. Il a fallu qu’un ami à lui paye une rançon pour le libérer.

Ensuite il a fait plusieurs embarcations ratées. Il était parti même un moment jusqu’en Italie malheureusement il a été ramené avec d’autres encore vers les côtes libyennes. Il est retourné encore en prison, cette fois la famille a été contactée par ses ravisseurs pour payer la rançon. La famille de mon mari a vendu ses quelques têtes de vaches pour payer sa libération pour ne pas qu’il soit tué.

Malgré la souffrance, il voulait tenter encore le voyage parce qu’il ne voulait pas rentrer au pays bredouille. Il a quitté la Libye pour l’Algérie encore dans la même souffrance, il a passé des années dans ce pays, mais sa situation ne s’est pas arrangée.

C’est entretemps que ma famille a exigé le retour de mon mari pour vivre avec moi à défaut, qu'elle allait me forcer à divorcer pour me donner en mariage à un autre homme. J’ai demandé à ce qu’on m’accorde un peu de temps dans l’espoir de voir mon mari revenir au pays. J’ai insisté pour l’attendre. J’ai parlé avec mon mari de la situation et la position des parents sur notre union. Il a accepté que je le rejoigne en Algérie dès que nous aurons les frais de transport pour sauver nos liens de mariage.

On a engagé les démarches. Un bon matin un Monsieur m’a contacté pour la traversée du désert jusqu’en Algérie. Ce dernier accompagné d’une autre femme est venu me chercher pour faire le chemin ensemble. Tout s’est bien passé jusqu’à Bamako, nous avons pris la route de Gao. C’est là que le calvaire a commencé. Nous sommes entrés dans une localité où il y avait un monde fou, des hommes et des femmes qui faisaient la loi sur la route. Ils ont demandé à mon convoyeur qui sont ces deux femmes qui te tiennent compagnie, il a dit ce sont mes épouses.

 Ces personnes ont dit que ce n’est pas évident qu’une personne prenne ses deux femmes pour se lancer dans une aventure aussi difficile comme le désert. Ils ont juré sur le coran qu’une femme va rester avec eux, ils ont dit la plus petite, donc c’était moi.

Les ravisseurs ont dit que je suis très jeune pour le mariage que dans leur pays, les femmes mariées ont 30 ans et plus. Donc je dois rester auprès d’eux. J’avais vraiment peur parce que des femmes sont retenues à certains endroits pour servir d'esclaves sexuels. Notre convoyeur a juré de son côté qu’il ne laissera aucune femme dans leurs mains. Finalement ils l’ont frappé violemment avant de le jeter en prison. Nous les femmes nous sommes restées exposées là, ils nous ont montré où s’asseoir, pendant 3 jours, nous n’avons pas mangé.

Finalement, notre convoyeur qui parle leur langue a négocié à partir de son lieu de détention, il a indiqué avec qui ils peuvent aller prendre de l’argent contre sa libération et pour nous permettre de continuer le voyage. Nous avons pris un camion pour continuer, au village de Timiyawi en Algérie, je pense que c’est le premier village de l’Algérie après le Mali, des policiers nous ont bloqués pour nous retenir pendant une semaine dans une cour fermée exigeant encore un paiement. Notre convoyeur a encore appelé quelqu’un pour payer l’argent.

C’est après ce périple difficile que je suis rentrée à Alger ou j’ai retrouvé mon mari dans une précarité qui ne dit pas son nom. Il n’avait rien et il n’avait pas un travail garanti pour vivre. J’ai compris ma venue, c’est juste pour sauver le mariage. Il n’avait aucun moyen sur place pour vivre bien. C’était le début de la souffrance extrême. Nous avons habité dans une maison en chantier sans portes, sans fenêtres, même le manger posait problème. Nous avions des nattes pour dormir dans ce bâtiment en chantier.

J’ai fait un enfant sur place pour mon mari. Mais un moment donné, je me suis dit : est-ce que ce n’est pas ici que je vais mourir dans cette souffrance sans aucun espoir derrière ? J’ai demandé à mon mari de me faire revenir en Guinée. J’ai dit si c’est comme ça que nous devons vivre dans un grand pays comme l’Algérie, je préfère mourir dans mon village en Guinée. C’est comme ça avec son accord que j’ai repris la route pour le retour avec la même femme qui a été ma compagne de fortune à l’aller.

Sur le territoire malien encore dans une zone où le niveau du désert est très élevé, pas de réseau téléphonique, la vie est dure là-bas aussi. Il n’y a que des bandits et des agents de sécurité qui se partagent l’espace. Il y a un puits qui sert à boire, ils l’ont fermé pour nous empêcher de boire toute une journée avec mon enfant de 2 ans et quelques mois. Après cette zone, nous sommes tombés dans les mains d’autres personnes qui nous ont bastonnés sévèrement pendant des jours. Jétais en état de famille de moins de 2 mois encore. Ce sont les bastonnades qui m’ont fait avorter mon deuxième enfant.

Voyant mon état grave, ils m’ont envoyé dans un hôpital pour des soins. Quand je me suis retrouvée, les médecins m’ont fait savoir que nous sommes à Gao. J'ai expliqué pourquoi je me suis retrouvée dans cette zone de non droit. Ils nous ont soutenu (...). C’est dans ces circonstances que nous avons été conduites vers l’OIM qui nous a demandé si réellement nous voulons rentrer volontairement sans aucune pression. C’est avec gaité de cœur que nous avons marqué notre accord pour revenir en Guinée en début 2020.

 C’est une personne malade qui vous parle, les séquelles sont encore sur moi, la souffrance est énorme dans le désert, mon mari n’est pas encore de retour, il caresse encore l’espoir d’arriver en Europe. Je suis là avec mon bébé de 3 ans ».

 

Alpha Ousmane Bah (AOB)

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 664 93 45 45

Créé le Mardi 21 décembre 2021 à 17:32