Découverte : À la rencontre de Sory Kouyaté « sans frontières », ce griot connu pour sa mobilité entre les pays…

Guinée
Sory Kouyaté "sans frontière" (à gauche) avec notre journaliste Alpha Ousmane Bah
Sory Kouyaté "sans frontière" (à gauche) avec notre journaliste Alpha Ousmane Bah

GUINÉE-BISSAU- Il fait partie de ceux qui ont souffert de la fermeture prolongée des frontières entre la Guinée et plusieurs de ses pays voisins. Ibrahima Sory Kouyaté, plus connu sous le sobriquet « Sory sans frontières », revient ici sur ce que lui et ses paires griots ont traversé durant la période qui constitue une traversée du désert pour eux.

Africaguinee.com est allé à la rencontre de ce griot hors du commun…

 

AFRICAGUINEE.COM : Pouvez-vous nous dire qui est réellement celui que tout le monde appelle « Kouyaté sans frontière » ?

Je suis Ibrahima Sory Kouyaté « Kouyaté sans frontières », je réside à Saare bhoydho, Guinée, je réside à Bouroutouma, Guinée Bissau. J’appartiens à la Guinée, à la Guinée Bissau et au Sénégal où une partie de ma famille est installée.

 Je traverse toutes les contrées le long des frontières à la rencontre des personnes qui m’aiment, des personnes qui me donnent afin que je nourrisse ma famille qui est très grande. Je peux vous dire la fermeture des frontières nous a fait souffrir vraiment. C’est le trafic qui nous fait vivre ici. En temps normal avec ma Kora, je gagne beaucoup avec les autorités frontalières, les locataires, les transporteurs, les chambres de commerce.

Comment vous vous êtes retrouvé dans le métier de griot ?

Le griot, je l’ai hérité de mes parents, père et mère. Ma famille l’exerce depuis mes arrières parents. Je suis allé pour une perfection en Kora au Sénégal, mon maitre m’a libéré en 1999, il m’a dit que je peux vivre de mon métier désormais dans la vie. Depuis je n’ai que ça à faire entre la Guinée et la Guinée-Bissau, le long des frontières. Je vis de la générosité des communautés qui vivent en harmonie entre les pays. Je n’ai pas de troupeaux encore moins des magasins, c’est la Kora qui fait de moi ce que je suis. Je me suis marié avec, j’ai hérité une concession familiale mais j’ai réussi à construire pour moi-même ailleurs, garce à la bénédiction de ce métier.

Comment avez-vous accueilli la réouverture des frontières qui sont restées longtemps fermées ?

Nous les griots nous avons beaucoup souffert de la fermeture de ces frontières. Imaginez quand les activités sont à l’arrêt, tous nos bienfaiteurs sont bloqués, ils ne peuvent faire aucun geste à notre égard. Nous avons vécu cette situation pendant un an. Aujourd’hui le Colonel Mamadi Doubouya est venu effacer cette peine en ouvrant les frontières, que Dieu le grandisse avec tous ses compagnons afin qu’ils conduisent le pays et les populations guinéennes sur le droit chemin.

Qu’est-ce que la réouverture des frontières va de nouveau changer dans votre vie ?

Nous espérons retrouver notre vie normale à partir d’aujourd’hui. Nous sommes déchainés, nous irons aux cérémonies sociales de part et d’autre des pays de jour comme de nuit sans aucune restriction. Lors que les frontières étaient fermées, on restait à la maison, vu qu’on pouvait rencontrer des inconnus en brousse. Et même lorsque je sortais, je revenais les mains vides. Pourtant avant si on sortait, on rentrait la poche pleine. Je me souviens on venait voir le directeur de la douane, colonel Bandiougou Keita, il pouvait nous donner 1 million ou 500 milles francs guinéens, d’autres cadres aussi faisaient autant. Après la fermeture des frontières, ces mêmes personnes nous donnaient seulement 15 ou 20 mille. La marmite est restée sèche chez tous les griots. On ne mangeait la viande qu’à l’occasion des cérémonies chez des proches. Et non dans nos différentes familles.

Aujourd’hui reste un jour inoubliable dans l’histoire. Il ne sert à rien de fermer des frontières. Le monde entier a senti cette fermeture dans son quotidien depuis un an, c’est la liberté et l’espoir qui renait en nous. Ça ressemble fort au jour où la Guinée a eu son indépendance en 1958. Nous sommes contents comme quelqu’un qui est décédé au crépuscule et conduit au paradis.

Un dernier mot ?

Je vous remercie sincèrement. Si je rentre aujourd’hui, la famille sentira que les frontières sont rouvertes. Ça fait longtemps que nous n’avons pas mis la marmite sur le feu. Je suis arrivé à 10 heures à la frontière pour ne pas manquer ce jour historique. Les autorités m’ont dit il n’est pas question que je sois absent à cette cérémonie. Si vous voyez les gens venus des deux pays pour assister à la réouverture de la frontière vous n’allez pas croire. Cela prouve que c’est les mêmes familles et les mêmes peuples qui vivent ensemble depuis des siècles. Ça donne même l’émotion. Ça montre que nous sommes liés par les affaires sociales. Aucune haine ou guerre ne peut nous opposer. C’est impossible que nous vivions ici alors que personne ne peut aller chez l’autre.

 

Alpha Ousmane Bah (AOB)

Pour Africaguinee.com

Tél. (+224) 664 93 45 45

Créé le Jeudi 21 octobre 2021 à 16:42