Dr Faya : "Sortons des petits calculs…on ne serait pas fâché si la transition dure 5 ans"

Guinée
Dr Faya Milimono
Dr Faya Milimono

CONAKRY-Alors que les guinéens sont dans l’attente de la nomination du Gouvernement de transition, Dr Faya Milimouno vient de briser le silence. Dans une interview accordée à notre rédaction, le leader du Bloc Libéral donne son point de vue sur la durée de la transition mais aussi des priorités du Gouvernement.

Dans cet entretien qui sera diffusé en deux parties, l’ancien candidat à la présidentielle de 2015 appelle les leaders politiques à plus de « maturité et de responsabilité » pour pouvoir jouer leur partition dans l’édification d’une démocratie véritable dans notre pays.

 

AFRICAGUINEE.COM :  Après la nomination du Premier ministre, le président de la transition a dévoilé l’ossature du prochain gouvernement. Quels doivent être ses priorités selon vous ?

DR FAYA MILIMOUNO : Les priorités sont dégagées en partie dans les communiqués publiés par le Comité national du rassemblement pour le développement (CNRD). L’une des priorités c’est de professionnaliser l’Administration publique dans notre pays qui est complétement politisée. Ça explique pourquoi chaque village veut avoir son ministre. Cette dépolitisation ne peut pas être faite par un politique. Cette période transitoire est une opportunité de mettre en place une Administration professionnelle qui sait se faire respecter. Une priorité, il faut moraliser la vie publique cela suppose de mettre fin à l’impunité. Beaucoup de crimes de sang, économiques ont été commis dans notre pays. A chaque fois que l’opportunité se présente pour y mettre fin, de rendre justice, on s’engage dans une course infernale pour ramener encore un autre prédateur au pouvoir et finalement, on n’arrive jamais à faire face aux vrais problèmes dans notre pays. L’Etat doit faire ses devoirs.

Aujourd’hui, on est en train de condamner les gens par groupe.  Tantôt on parle des anciens Premiers ministre, des anciens ministres tantôt des 518. Ni les anciens Premiers ministres, ni les anciens ministres encore moins les 518 ne sont le problème, mais plutôt ce que chacun a posé comme acte. Pour établir ce que chacun a posé comme acte, l’Etat doit utiliser les moyens à sa portée pour aller en profondeur parce que la responsabilité pénale n’est pas collective, elle n’pas transférable, ni individuelle.

Voilà un chantier sur lequel cette période transitoire doit s’y mettre pour que nous sachions enfin que si quelqu’un a été tué ce qu’il y a un responsable. L’autre priorité c’est la question constitutionnelle. Nous nous sommes battus pour protéger la Constitution de 2010. Il faut reconnaitre qu’entre deux maux, il fallait choisir le moindre donc préserver la Constitution de 2010 qui permettait l’alternance.

Quand nous nous plaçons dans le contexte d’aujourd’hui, elle comporte des choses qui sont de nature instable. Toutes nos Constitutions prévoient qu’en cas de vacance de pouvoir c’est au président de l’Assemblée nationale de gérer et organiser les élections dans 3 mois ou 6 mois. C’est un gros mensonge. Je ne dis pas dans 50 ans, mais la Guinée dans les 30 prochaines années ne peut pas se lever un matin et organiser les élections dans les 3 mois. Donc, il ne faut pas créer une Constitution qui comporte en son sein de l’instabilité.

Selon vous quelle est la solution que doit prévoir la Constitution qui va être élaborée par le Cnt en cas de vacance de pouvoir ?

Même si on maintient le régime présidentiel, je propose qu’on aille vers l’élection d’un président et d’un vice-président. Cela va nous éviter que la mort d’un président en exercice nous oblige encore à aller aux élections, mais que le vice-président termine le mandat en cours. L’organisation du pouvoir dans notre pays est telle que si vous regardez la région de Labé, par exemple, il y a un gouverneur, un préfet, un maire et un sous-préfet à Dalein. Pourquoi tout ça ? en fait, un gouverneur, un préfet, un sous-préfet peut être un parfait criminel et simplement parce qu’il est loyal à quelqu’un.  On le nomme et il a droit de vie et de mort sur un élu.

Vous voyez la situation dans laquelle nous sommes c’est comme si on était dans la colonisation où le colon de Paris avait besoin d’un représentant dans mon village pour nous contraindre à payer l’impôt. Du moment qu’on est indépendant pourquoi ne ferions-nous pas confiance à nos populations à la base ? Il y a tellement des choses à revoir dans la façon d’organiser les pouvoirs dans notre pays que la question constitutionnelle doit sortir complétement du copier-coller pour qu’il y ait un débat serein en tenant compte des réalités sociologiques, historiques et politiques de notre pays, que nous nous dotions d’une Constitution pour diriger la Guinée. Sinon on va aux élections, on va avoir le président qui sera le roi et va vouloir toutes les autres institutions à son image. Nous nous opposerons.

Est-ce que les points que vous venez d’évoquer étaient inclus dans le mémo que vous avez adressé à la junte ?

Évidemment, nous avons évoqué les grandes questions dans le mémo. C’est en tenant compte de tout cela que nous avons proposé que cette période transitoire dure minimum 2 ans et qu’on ne serait pas fâché, nous autres, si on va à 5 ans. On est à notre 3e période transitoire, on ne doit plus vivre une autre dans l’histoire de notre pays. Pour cela, on doit se donner le temps pour que la fondation soit solide pour que nous ayons des institutions fortes et non des hommes forts.

N’y a-t-il un risque de clash entre la classe politique et la junte étant donné que l’Ufdg propose une période transitoire de 15 mois ?

Nous avons une divergence de vue par rapport à la durée. Ce que j’ai envie de dire aux Guinéens, sortons des petits calculs qui consistent à dire que si les élections se tiennent dans 6 mois ou 1 ans, je serai le président. Nous nous sommes engagés dans la voie de créer des sociétés démocratiques respectueuses des droits et libertés, on ne le fait dans la précipitation. A moins qu’on change de chanson aujourd’hui, on disait tous que le fichier électoral n’est pas bon. Il faut qu’on ait un véritable recensement électoral. On peut même partir d’un état civil digne de ce nom pour extraire le fichier électoral. La Ceni n’a pas fait le travail de la République. Nous nous sommes trompés quand nous nous sommes dit que la Société civile serait neutre, elle ne l’a pas été.

On s’est trompé sur le cas des représentants de l’administration du territoire au sein de la Ceni. Mais la dame que représente l’administration du territoire à la Ceni est plus partisane que les commissaires issus du Rpg arc-en-ciel. Nous nous sommes battus pour qu’on nous dote d’une Ceni non pas des représentants des intérêts antagonistes, mais des hommes et des femmes intègres, compétents.

A suivre…

 

Interview réalisée par Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 669 91 93 06

Créé le Jeudi 14 octobre 2021 à 11:33

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