Conakry : Témoignage pathétique de Kadè Bhoye Diallo dont le mari « diabétique » est incarcéré

Guinée
Kadė Bhoye Diallo
Kadė Bhoye Diallo

CONAKRY-Kadè Bhoye Diallo a son époux incarcéré à la Maison Centrale de Conakry depuis le lendemain de l’élection présidentielle du 18 octobre 2020.

Depuis 9 mois, elle et toute sa famille vivent tout un calvaire. Chaque jour, elle et sa coépouse traversent des périodes très difficiles, car obligées d’envoyer chaque jour, à manger à leur époux diabétique, emprisonné à la prison civile de Conakry. Kadè Bhoye Diallo qui se débrouillait avant, a tout abandonné pour s’occuper de son mari. Interrogée par Africaguinee.com, elle nous a raconté dans quelles circonstances son mari Elhadj Allarèni Bah, a été arrêté. Son récit est pathétique.

« Dans la nuit du mardi à mercredi 28 octobre 2020, aux environs du 2h du matin, des agents vêtus de treillis des forces de défense et de sécurité sont venus à bord de plusieurs véhicules chez nous. Ils ont escaladé la cour et sont venus toquer à notre porte. Elhadj a demandé qui c'était ? Les agents l’ont intimé d'ouvrir sinon ils vont défoncer le portail. Face à leur insistance, mon mari s’est remis à Dieu et a ouvert la porte. C’est ainsi, des agents en grande nombre dont certains, encagoulés se sont introduits dans la maison. Ils ont fouillé dans toutes les chambres. Ils nous ont regroupé au salon et après ils ont demandé à Elhadj de leur donner quelque chose. Il leur a répondu qu’il n’en avait rien. Ils ont insisté à ce qu’on leur donne de l’argent. Ils ont pris nos téléphones et l’argent de mon beau-frère et l’ont tabassé avec les crosses de leurs armes. Ensuite, leur chef leur a demandé de quitter les lieux. Un des agents a demandé à ce qu’ils embarquent les jeunes, mais leur chef a dit qu’ils sont venus pour le vieux et non pour ses enfants. Ils sont partis.

Depuis l’arrestation de notre mari, il y a de cela 9 mois, nous souffrons énormément. Chaque jour, ma coépouse et moi se relayons pour envoyer de la nourriture à notre époux à la Maison Centrale. Au début, nous partions deux fois par jour, matin et soir pour lui envoyer à manger parce qu’il est diabétique, il ne mange pas le riz la nuit. On lui préparait du fonio ou de la salade pour son dîner. Mais, c’était trop dur pour nous de tenir. Finalement, Elhadj nous a dit d’envoyer seulement le déjeuner. Parfois, si on a les moyens on lui prépare son repas pour le déjeuner et en même pour le dîner. Pas un jour ne passe sans qu’on ne lui envoie à manger.

Avant, on payait 40 mille Gnf pour le rencontrer en prison. Maintenant, on paie entre 25 et 30 mille Gnf. Mais ça aussi, c’est sans compter les frais du transport. On ne peut plus supporter toutes ces dépenses. Imaginez avant, on payait 10 mille 500 Gnf de cimenterie à Kaloum, si on a un taxi direct. Le coût du transport était 21 mille Gnf aller-retour. Mais si on n’a pas le direct, c’est plus que ça. Depuis, l’augmentation du prix du carburant nous payons 28.000 GNF aller-retour. Dans la famille, nous sommes 13 personnes dont 8 enfants dont on paie la scolarité chaque fin de mois. Aujourd’hui, nous vivons du secours des uns et des autres qui nous assistent avec des vivres et de l’argent. C’est très difficile.

L’état de santé de notre époux s’est beaucoup dégradé ces derniers temps, il a tellement maigri. Même son teint a changé, il est devenu plus clair. Un jour, il était tombé malade là-bas, il avait même fait une crise. Je précise qu’il est aussi hypertendu, mais c’est nous qui avions payé les frais médicaux. Mais jusqu’à présent, il souffre énormément. Nous demandons aux autorités de libérer notre époux, nous souffrons énormément, nous n’avons pas les moyens, nous avons beaucoup d’enfants. En plus, la politique n’intéresse pas Elhadj parce qu’il est tout le temps malade, il a même été opéré aux yeux. Nous demandons au Président Alpha Condé de libérer notre époux parce que nous souffrons énormément ».

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com 

Tel : (00224) 666 134 023

Créé le Dimanche 29 août 2021 à 12:03