Me Brengarth: "Trop c'est trop…le régime guinéen reste dans une spirale despotique"

Guinée
Maitre Vincent Brengarth
Maitre Vincent Brengarth

PARIS-Quelles sont les actions envisagées par les avocats de Sékou Koundouno face au mandat d'arrêt international  émis par la justice guinéenne ? Faut-il craindre une "coopération" d'INTERPOL pour son éventuelle extradition ? Que dit la loi française en la matière ? Maitre Vincent Brengarth, l'un des avocats internationaux du FNDC a répondu aux questions d'Africaguinee.com.   

AFRICAGUINEE.COM : En réaction au mandat d’arrêt international émis par la justice guinéenne contre Sékou Koundouno, vous avez noté je cite : il est dépourvu du moindre fondement, s’apparente comme à un nouvel épisode caricatural de la fuite en avant de ce régime despotique et d’une instrumentalisation de la justice à des fins politiques. Sur quoi se fonde cette affirmation ?

MAITRE VINCENT BRENGARTH : A l'évidence, nous sommes face à un abus de pouvoir manifeste. Parce qu'on sait que depuis plusieurs mois, le FNDC a intensifié son combat pour la démocratie et contre le troisième mandat d'Alpha Condé. Aujourd'hui, on se retrouve avec une répression inédite contre ceux qui militent en faveur des droits humains et en faveur d'une alternance politique. Il suffit de prendre connaissance du mandat d'arrêt qui a été diffusé dans la presse pour voir qu'il est dépourvu de tout fondement factuel et juridique.

Lorsque vous avez une personne qui est connue comme étant un opposant politique, complètement pacifique et qui se retrouve poursuivi pour des charges aussi insensées que : « des faits d’association, incendie volontaire, troubles à l’Etat par le massacre, la dévastation ou le pillage, participation à un mouvement insurrectionnel et menaces par le biais d’un système informatique », vous voyez véritablement qu'on est face à une fuite en avant de ce régime qui use de la voix judiciaire pour taire l'opposition et faire la société civile.

Nous, ce que nous disons avec William Bourdon, ce que trop c'est trop. Parce que nous avions déjà déposé, il y a maintenant plusieurs mois, une plainte devant la Cour Pénale internationale qui fait l'objet d'un traitement. Et donc, désormais, en réaction aux initiatives qui ont été prises, on voit des actes de représailles face à des acteurs comme ceux du FNDC. Il est indispensable maintenant que la communauté internationale réagisse avec fermeté. Et c'est la raison pour laquelle nous avons pris un ensemble d'initiatives en saisissant notamment la Haut-Commissaire aux droits de l'homme Michelle Bachelet, ainsi que la Rapporteuse spéciale sur la situation des défenseurs et défenseuses des droits humains. Nous avons également saisi les organisations internationales comme Human Rights Watch, Amnesty International et la FIDH. Nous avons aussi averti INTERPOL du caractère infondé du mandat d'arrêt international qui a été émis.

En saisissant INTERPOL avez-vous des craintes qu'elle coopère avec la justice guinéenne pour exécuter ce mandat ?

On n'imagine pas un instant qu'un Etat démocratique digne de ce nom attache un quelconque sérieux à ce mandat d'arrêt, tant il est caricatural. C'est un mandat qui fait deux pages sans aucun fondement factuel ou un texte juridique. Il n'appartient même pas de le commenter. Mais par précaution, nous avons préféré avertir INTERPOL de ce qui s'apparente à une instrumentalisation du pouvoir judiciaire. Malheureusement, on le voit trop souvent, s'agissant des régimes qui basculent dans une dérive autoritaire totale. Donc, la Guinée malheureusement ne fait pas exception. Et aujourd'hui, le contexte de crise sanitaire a aussi donné des ailes aux régimes autoritaires pour augmenter encore plus la pression sur l'opposition et profiter du fait que la communauté internationale a un peu le regard tourné vers cette crise pandémique qui occupe beaucoup l'attention.

Avec cette nouvelle dimension, ne craignez-vous pas un durcissement ?

Il faut toujours craindre un durcissement, puisqu'on voit bien qu'avec ce mandat d'arrêt international, c'est une étape de plus qui est franchi par ce régime. Ce qui est saisissant, ce qu'en dépit des plaintes que nous déposons à la Cour Pénale Internationale, en dépit de l'alerte que nous  faisons auprès de différentes organisations internationales, ce régime ne veut rien entendre et reste dans une spirale despotique. C'est pour ça que si le ton se durcit de leur côté, et bien il se durcira du nôtre. Je vous garantis qu'on est déterminé à aller jusqu'au bout des démarches que nous faisons. Parce que chacun voit bien que les différentes mesures qui ont été prises, notamment ce mandat d'arrêt, sont des atteintes manifestes aux droits fondamentaux, aux droits individuels, aux droits collectifs et évidemment la démocratie.

Que dit la Loi française en matière d'extradition ?

Ce qu'elle dit, ce qu'il y a toujours une possibilité de faire échec à une demande d'extradition à partir du moment où la personne peut être soumise à des atteintes manifestes au droit à un procès équitable. On voit bien qu'ici, il n'y a pas lieu de croire que n'importe quel européen va vouloir exécuter un mandat d'arrêt pour lequel on voit qu'il repose sur du vent. Quand bien même, voudra-t-il le faire exécuter, il nous sera extrêmement facile de démontrer qu'il s'agit uniquement d'une démarche politique qui n'a rien à voir avec une démarche judiciaire et qu'en plus, une éventuelle remise, exposerait la personne objet du mandat d'arrêt, à un procès complètement inéquitable.

Quel est le moral de votre client ?

Son état de moral est le même que le nôtre. C'est la détermination, la stupéfaction de faire l'objet d'un mandat international. Parce qu'il sait pertinemment que ce régime est prêt à tout, mais ça n'empêche quand même pas une surprise devant ces nouvelles manœuvres. Mais il y a la conscience que nous avons tous ici que cette fuite en avant finira forcément par être sanctionnée par la justice internationale et par les organisations internationales. Parce que ce nouveau rebondissement ne va fera qu'accroître la pression sur le régime guinéen, tant il est l'expression des graves violations des droits en Guinée.

A suivre…

 

DIALLO Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Créé le Vendredi 27 août 2021 à 16:58