Mamadou Sylla révèle : "Alpha Condé dispose d'une tablette à la Présidence…"

Guinée
Elhadj Mamadou Sylla, chef de file de l'opposition guinéenne
Elhadj Mamadou Sylla, chef de file de l'opposition guinéenne

CONAKRY-Le chef de file de l’opposition guinéenne vient de dénoncer à nouveau la gestion du pays par le Président Alpha Condé. Dans un entretien qu'il a  accordé à notre rédaction, Elhadj Mamadou Sylla a fustigé la "gestion centralisée du pouvoir". Il confie que le Chef de l'Etat dispose d'une tablette à la présidence où il a toute la situation budgétaire du pays. Dans cet entretien, il a aussi été question de l'état de santé de son jeune frère, Oumar Sylla- Foniké Mengué, qui purge une peine de trois ans à la maison centrale. Avec l'ancien président du patronat guinéen, nous avons également évoqué le non-paiement des primes des députés.

 

AFRICAGUINEE.COM: En détention à la Maison centrale, l’état de santé de votre jeune frère Foniké Mengué s’est drastiquement dégradé ces derniers temps. On a appris qu’il a été hospitalisé à la maison centrale. Comment la famille vit-elle cette situation ?

MAMADOU SYLLA : C'est très triste. Le moral de la famille est trop bas actuellement. C’est mon frère cadet et je ne voulais pas que l’affaire arrive là. C’est très déplorable. J’ai mené beaucoup de démarches depuis qu’il avait été condamné pour la première fois, j’ai rencontré 3 fois le président de la République pour ne pas qu’on en arrive là. Mon jeune frère a été arrêté alors qu'il n’était même pas armé et n’avait même pas un couteau. Il ne peut pas faire mal à quelqu’un. Il a exprimé ses opinions (…) Je pense qu’on ne devait pas arriver jusqu’à une condamnation à une peine aussi lourde. Aujourd’hui son état de santé s’est dégradé. Beaucoup de prisonniers ont perdu leur vie dans le même cadre, on ne le souhaite pas pour lui. Mais vraiment, il n’a pas sa place en prison.

Je demande au président de relaxer ce jeune qui n’a fait que donner son opinion. Aujourd’hui, il a mal au cœur, on ne blague avec ça. On ne le souhaite pas, si quelque chose lui arrivait, il serait un martyr. C’est le monde entier qui parle de sa détention. Je crois que le président n’a pas besoin de cela surtout pendant cette période. Si tout le monde te demande de relaxer les détenus et que tu refuses, par après, on ne le souhaite pas, si quelque chose arrivait, je ne sais pas comment tu vas expliquer cela. J’ai des frères, des enfants, dans la famille dont le moral est très bas. Mais on est impuissant devant les faits.

Pensez-vous que seul le Président pourra faire quelque chose ?

Personne d’autre ne peut faire quelque chose en dehors du Président. C’est lui seul qui peut le gracier parce qu’il est condamné à 3 ans de prison ferme. S’il était bien portant, il pourrait purger sa peine. Mais avec son état de santé qui s’est détérioré, le mieux c’est la grâce présidentielle. Mais c’est au Président de voir ce qu’il veut faire du jeune.

On apprend que les députés n’ont pas perçu leurs primes. Qu’est-ce qui s’est passé ?

Vraiment, je ne sais pas. Ça devrait être payé depuis le 1er juillet, normalement c’est chaque 3 mois. En ce qui concerne le budget du chef de file, à un moment donné, quand les journalistes me demandaient si j’avais reçu ou pas mon budget, je leur disais ce que je pensais. C’est ce qui m’avait coûté  le blocage de mon budget. C’est ce qui est grave dans notre pays, tu n’oses pas dire ce que tu penses, tu ne dois pas critiquer même quand le droit te confère de donner ton opinion. Je suis quand même président d’un parti, député et chef de file de l’opposition.

Mais  en ce moment, personne parmi les députés ne m’avait soutenu. Certains députés de la mouvance m’ont traité d’assoiffé de l’argent. Ils étaient contents que mon budget ait été bloqué. En Afrique, on dit « quand la case de ton voisin est en feu, il faut l’aider à l’éteindre » parce qu’il peut déborder. A l’époque, ils ne m’ont pas soutenu. Ils politisent tout même quand quelqu’un réclament ses droits. Aujourd’hui, le problème concerne tout le monde. Si j’avais été soutenu à l’époque peut-être que cette situation n’allait pas arriver. C’est vrai qu’on est tous pas payés, mais cela fait plus mal aux autres qui sont dans le besoin qu’à moi.

A combien s’élève ce montant ?

Il y a plusieurs choses. Il y a par exemple  les primes de carburant, de logement, d'eau, d'électricité etc. Quand tu vois le salaire d’un député guinéen par rapport aux autres de la sous-région ce n’est pas comparable. Pour nous, c’est trop bas. J’ai appris qu'il y a un pays de la sous-région où les députés sont payés à 10 mille Usd. Cela s’élève à plus de 100 millions Gnf. On est moins payé que les autres.

Cette situation ne serait-elle l'une des conséquences du « gouverner autrement » ?

Cela n’a rien à voir. L’Assemblée c’est l’institution qui permet au gouvernement de fonctionner. C’est nous qui votons les lois, le budget de l'Etat et même les prêts, les dons venant de l’extérieur. En plus, il y a la séparation des pouvoirs. Il ne faudrait pas que cela s’ajoute aussi aux autres crises dans le pays. Sinon ça sera mal vu à l’intérieur comme à l’extérieur. Quand on parle, on dit qu’on a attaqué le président.

Or, le président en tant que personne physique, je n’ai rien contre lui, c’est un grand frère. Mais quand il s’agit de la gestion des institutions de la République, on peut le critiquer. Aujourd’hui, il n’y a aucune institution qui reçoit son budget. Même les membres du Gouvernement n’ont pas de budget. C’est possible que l’Assemblée extraordinaire soit convoquée en mi-août autour de la Loi de finance rectificative, mais on fera comment ? Il y a un mois maintenant que les ministres n’ont pas leurs budgets. Tout est centralisé, le président a une tablette où il a toute la situation (budgétaire du pays). Il décaisse quand il veut. Quand le pays est géré comme ça, c'est compliqué.

 

Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Jeudi 05 août 2021 à 9:14