Dialogue, exigences de Cellou, Alpha : Mamadou Sylla jette un pavé dans la mare…

Guinée
Elhadj Mamadou Sylla
Elhadj Mamadou Sylla

CONAKRY- L'opposant Mamadou Sylla vient de jeter un nouveau pavé dans la mare ! L'ancien président du patronat guinéen n'est pas rassuré par la façon dont le dialogue politique et social a été entamé. Il soupçonne le Chef de l'Etat de téléguider les choses. Ce vendredi 18 juin 2021, le Chef de file de l'opposition a dénoncé une "violation" du décret instituant le cadre permanent du dialogue politique et sociale. Le leader de l'UDG (Union Démocratique de Guinée) préconise la libération des détenus politiques pour favoriser la décrispation, quitte à "tordre le coup à la loi". Au président de la République, il lui demande de tout faire pour qu'il y ait la paix.

Ouverture du dialogue

"Je trouve qu’ils ont outrepassé le cadre de dialogue qui a été créé par le président de la République. On ne peut pas commencer le dialogue aujourd’hui sans que les membres du cadre du dialogue permanant ne soient au complet. Selon le décret qui avait été pris, le cadre permanent est composé de 9 membres dont deux de l’opposition, deux de la mouvance, deux de la société civile, un de l’Assemblée nationale, un de la Primature, un de la présidence plus maintenant le secrétaire permanant.

Mais j’avoue que la façon dont cela a commencé, c’est comme si c’est téléguidé par le président de la République. On a l'impression que le président a une feuille de route qu'il suit, il impose ce qu’il veut faire. Sinon le dialogue, c’est pour tout le monde. Donc, on doit régler tous les préalables avant de commencer le dialogue. On ne peut pas réunir les civils, les acteurs du transport avec les hommes en tenues (la police, la gendarmerie et l’armée ndlr) parce que quand on voit cette image, certains ont peur. Certains ne se sentiront pas libres de dire ce qu’ils pensent. On a vu des hauts gradés de l’armée, de la gendarmerie, de la police dans les consultations. Donc, tout cela pour dire qu’il y a une personne qui est en train de cadrer tout pendant que le décret n’a pas été respecté.

Quand on prend l’exemple sur le Burkina Faso, hier le président Roch Marc Christian Kaboré a réuni tout le monde, l’opposition, la mouvance, il a réuni plus de 40 partis politiques et il a ouvert un dialogue entre eux. C’est cela le dialogue, il faut faire participer tout le monde. Mais une seule personne ou bien une seule entité ne peut pas parler de la paix dans une République. S’il (le président Alpha Condé ndlr) veut que le dialogue réussisse bien, il faut qu’on fasse un dialogue inclusif, il ne faut pas qu’on élimine quelqu’un dedans, il faut appeler tout le monde, tout en respectant toutes les démarches qu’il faut. Je pense que si c’est bien fait, personne ne sera contre lui.

J’ai toujours dit qu’il faut faire un dialogue franc parce qu’aujourd’hui les gens doutent beaucoup de la façon dont le président de la République gère le dialogue. (…) J’ai suivi l’ouverture des consultations hier, j’ai écouté les interventions des transporteurs, de la police, de la gendarmerie. C’est comme si c’est un tribunal populaire qu’on a ouvert. On demande à l’autre : ‘’tu as quel problème ?’’.  L’un accuse l’autre et l’autre réplique et puis voilà c’est comme un tribunal. Déjà au départ, il faudrait que le secrétaire permanant du dialogue puisse vraiment consulter tous les acteurs du cadre du dialogue pour qu’il puisse travailler librement afin d’avoir un résultat.

Préalables posés par le camp de Cellou Dalein Diallo…

Je crois que leur demande est normale (…) Comme on dit que c’est la justice qui a le dossier, alors il faut que la justice puisse se prononcer rapidement. Je crois que pour apaiser, Laurent Bagbo vient de rentrer en Côte d’Ivoire après 10 ans d’absence. Le président Alassane Ouattara a accepté qu’il rentre. Quand on dit : c’est pour la paix, on fait ça à cause de la réconciliation, alors on peut même violer la loi pour que la paix règne. Parce que l’importance c’est la paix.

Tout ce qui peut favoriser la paix, tout ce qui peut nous aider à avoir la paix dans notre pays, je crois qu’il est important de le faire. Si la libération des prisonniers n’entrave pas la paix et la sécurité dans le pays, moi je pense qu’on peut les libérer parce que ce sont des gens qui sont connus. On peut les libérer même si, c’est pour les mettre sous contrôle judiciaire. On peut les libérer et les laisser à la maison tout en les interdisant de partir dans certains endroits. Moi-même j’ai été victime de ça, on m’avait interdit d’aller aux frontières que ce soit terrestre, aérien ou maritime. On a fait ça à beaucoup des gens. Donc, on peut faire pour eux pour faciliter le dialogue proprement dit.

Je m’adresse aussi au président. Il n’a qu’à tout faire parce que quand il y a la paix dans le pays, c’est lui qui en tire le plus d’intérêts. Il veut que le pays soit développé, il veut faire venir des investisseurs, mais sans la paix il ne peut pas. Alors, c’est lui qui peut mettre aujourd’hui les guinéens ensemble. S’il a la volonté aujourd’hui que les guinéens s’unissent et parlent ensemble entre eux, il le fera parce qu’il a la possibilité.

Moi, en moins de trois semaines, j’ai réussi à mobiliser des leaders politiques des quatre régions naturelles, on s’est mis d’accord et on a créé une alliance. Aujourd’hui 18 partis politiques ont signé dans cette alliance. Si on a la volonté, c’est possible de réunir les gens et chercher la paix. Le président de la République a plus intérêt qu’il y ait la paix dans le pays plus que quiconque. Parce que c’est lui qui a un bilan à présenter".

 

Oumar Bady Diallo

Pour Africaguinee.com

Créé le Vendredi 18 juin 2021 à 16:51