Koundara : Pourquoi les robinets sont à sec ?

Enquête
Image d'illustration
Image d'illustration

KOUNDARA-Zone agropastorale par excellence, la ville de Koundara, située dans la région de Boké, fait face à un manque criard d'eau potable ! Le problème perdure depuis plusieurs années. Mais pourquoi ? Notre enquête.

Les populations de la commune urbaine de Koundara font face à ces difficultés depuis plusieurs décennies. Et ces dernières années, la crise a atteint un seuil inquiétant dans le centre urbain, peuplé de 29. 139 personnes, en 2014, selon l’institut national des statistiques.

Nous sommes mai 2021, plein mois de ramadan, les femmes s’approvisionnent en eau potable dans les sources d’eau souterraines. Chaque matin, elles sont nombreuses qui parcourent de longues distances pour avoir cette denrée vitale.  Maimouna Diallo habite le quartier Hamdallaye dans la commune urbaine. Elle soutient que depuis son enfance, c’est grâce à l’eau de source qu’elle parvient à combler le déficit d’eau dans son quartier.

« Nous habitons dans le quartier Hamdallaye, en aval du nouveau marché de la commune urbaine. C’est depuis le mois de janvier 2021, que nous avons cessé de recevoir l’eau de la SEG. Au mois de mars, c’était revenu pour quelques jours et c’est reparti. Mais jusque-là, il y a encore des quartiers qui ne reçoivent pas l’eau de pompe. C’est le cas de mon quartier.

On souffre énormément du manque d’eau. Par exemple chez nous, on gagne de l’eau à travers les sources d’eau situées à (Kaadjoye). Nous y partons depuis que nous étions encore toute petite, parce qu’au niveau des forages, c’est bourré de monde tout le temps. Donc, quand nous partons aux sources, nous patientons pendant un moment pour que l’eau salle disparaisse, après nous puisons. C’est cette eau que nous utilisons pour la consommation, la lessive et la cuisine. On ne procède à aucun traitement chimique. C’est comme ça que nous la buvons et faisons d’autres besoins » explique cette habitante de Koundara.

Aux dires de cette dame, la ville de Koundara est en phase d’atteindre les cinq mois sans avoir de l’eau potable dans les robinets.

Après son « come-back » à la tête de la direction générale le 6 avril dernier, le DG de la SEG, Mamadou Diouldé Diallo, avait annoncé le déploiement de 5000 litres de carburant pour la ville de Koundara. Ce geste a pu éviter à la ville de Koundara de passer entièrement le mois saint de ramadan dans une pénurie d’eau.

Aussi, le ministre de l’environnement et des eaux et forêts en séjour dans la préfecture au mois d’avril, avait donné le prix du carburant pour deux jours. Cela avait permis à la ville d’avoir de l’eau potable à la population pendant les 24 heures, nous apprend, chef de section de la SEG de Koundara, depuis 1990.

 « Avec l’arrivée du ministre de l’environnement et des eaux et forêts, ils nous ont apportés du gasoil pour deux jours. Le nouveau Directeur Général de la SEG nous a également doté du carburant, 5000 litres en attendant que le service reprenne complètement. Actuellement, le pompage continu », dit-il précisant que toutes ces initiatives ne peuvent pas résoudre définitivement le problème de pénurie d’eau.

Les véritables causes de la pénurie

Selon le chef de station de la SEG de Wousson à Koundara, depuis 1990, il y a plusieurs facteurs dont il faut en tenir compte pour comprendre la source de la crise d’eau à Koundara. C’est entre autre :

 « Le problème de carburant est le facteur numéro un, mais il y a aussi un problème de groupe. Celui que nous avons là, il est de 60 KWA, présentement, il consomme beaucoup d’huile. Chaque 6 heures, on met trois litres, nous avons même saisi la maintenance par rapport à cela. L’autre facteur, c’est le manque de forage. On a trois forages, de 20, 22 et de 13 mètres cubes. Mais ces trois forages ne peuvent pas fonctionner à la fois parce que la capacité du moteur est très faible et cela entraine aussi la faible production. Si c'est deux forages qui fonctionnent et que le troisième, malgré qu'il soit de petite quantité, ne fonctionne pas, cela dénote l’incapacité du groupe. C’est pourquoi on a arrêté le troisième » a-t-il expliqué.

Selon lui, les autorités de la SEG sont informées du problème parce qu’à chaque fois qu’ils se rendent à Wousson pour la maintenance, les travailleurs leur remontent l’information. 

Solutions définitives

Pour mettre fin à la pénurie d’eau à Koundara, il faut un grand coût financier ajoute M. Mamadou Bory. « D'abord, il faut avoir les forages, deux ou trois de plus qui ont de bons débits. Au minimum, 100 mètres cubes d'eau par heures. Secundo, pour en finir avec le gasoil, il faut avoir des panneaux solaires pour l’exploitation énergétique, c’est beaucoup plus avantageux. Car, avec le gasoil, le problème va toujours être là », ajoute-t-il.

Alors que certains insinuent qu’une affaire de détournement d’argent serait la cause, M. Bory rejette cette hypothèse. « Je fais partie du service recouvrement. En 2018, lorsque le DG préfectoral avait voyagé pour la Mecque, chaque deux mois je versais les 30 millions francs guinéens. Mais si ce n’est pas avec l’aide du gouvernement ou des bailleurs, il serait très difficile de couvrir Koundara par le gasoil. Parce que le groupe consomme 8 litres par heure. Alors, dans les 24 heures, dès fois nous fonctionnons les 22 heures », a fait savoir M. Mamadou Bory Diallo.    

Lettre des citoyens aux autorités

Face à cette crise qui persiste, les populations du centre urbain ont adressé une lettre pour solliciter le financement d’un projet d’approvisionnement d’eau potable auprès des bonnes volontés.  C’est dans ce cadre qu’un projet dénommé "Requête pour la réalisation d’une mini-adduction", a été réalisée par l’organisation du Conseil des Jeunes Ressortissants et Résidents de Koundara, (COJERREK) en collaboration avec le service national d’aménagement des points d’eau (S.N.A.P.E).  Le projet vise l’amélioration des conditions de vie par l’accès à l’eau potable et l’hygiène des bénéficiaires, la réduction de la corvée d’eau des femmes et des enfants.  

Contacté par Africaguinee, le Directeur général du service national d’aménagement des points d’eau, M. Karinkan Doumbouya, a fait savoir qu’il n’a pas connaissance de ce projet. Toutefois, selon un cadre du ministère de l’hydraulique et de l’assainissement, la ville de Koundara a été incluse dans le quatrième projet eau. Un accord a été adopté en février et la mobilisation des financements est en cours, nous apprend-on.

 

Siddy Koundara Diallo

Pour Afrciaguinee.com

Tél. : (00224) 664-72-76-28     

Créé le Lundi 14 juin 2021 à 12:34

TAGS