Faranah : A la découverte des Keira de Tambaya, éleveurs de... serpents

Haute Guinée
Elhadj Khalo Moussa  Keira et certains de ses enfants
Elhadj Khalo Moussa Keira et certains de ses enfants

FARANAH- Malgré le modernisme, accéléré par les nouvelles technologies de l'information et de la communication, l'Afrique continue de garder encore ses mystères. A Tambaya, village relevant du district Beleya, sous-préfecture de Passaya, située à 75 km de la commune urbaine de Faranah, une famille excelle dans l'élevage des serpents. Les KEIRA.

Dans le Sankaran, cette bourgade est reconnue par tout le monde comme un lieu où on élève des reptiles de tout genre. On l'appelle aussi l'hôpital des Serpents. Certains considèrent ce secteur comme un lieu sacré. Notre correspondant dans la région de Faranah est allé à la rencontre d'Elhadj Khalo Moussa  Keira très réputé dans l’élevage des serpents. Il les dompte à sa guise, sans crainte. 

Le sexagénaire a hérité de ce pouvoir. Il soigne des personnes victimes de morsures de serpent depuis son très jeune âge (7 ans). Il confie qu'il a pu construire des bâtiments et même épargner 65 millions de francs guinéens. Une somme qui lui a permis d'aller à la Mecque, faire le pèlerinage. Seuls les Keira, peuvent hériter de ce secret qui a survécu de générations en générations.

« C’est un héritage destiné seulement à ceux qui ont le nom KEIRA appelés en djallonkee (khallonee). Mon grand-père a légué à mon père qui m’a appris à son tour. Personnellement, j'ai commencé à l'âge de 7ans, aujourd'hui j'ai 67 ans.  Je ne connais pas autre chose que cela. Il existe 105 formes de reptiles dans le monde dont 50 qu'on peut guérir en cas de morsure. Les 55 autres ne peuvent pas être guéris.

 Parmi les 55, il y a de serpents diaboliques. Même quand tu les vois a l'œil nu tu va mourir. Certains quand tu les vois sans  rien dire à quelqu'un d’autre, tu seras sauvé. Mais si tu expliques à quelqu'un les circonstances dans lesquelles tu l'as vu cela te sera fatal. Il y a certains aussi, c'est les mauvaises personnes qui se transforment pour régler des comptes. Si tel est le cas, ce n’est pas facile de les sauver. 

Si on m’informe qu’un serpent est venu se cacher dans une maison, je peux aller  lui parler. Il me dira pourquoi il est venu, il va sortir et se mettre à ma disposition. Je peux parler avec les serpents leur demander pourquoi ils ont fait du mal à telle ou telle personne.  Je ne rencontre pas assez de difficultés dans ce travail, seulement le manque de repos. Chaque fois que je suis en contact avec ceux qui sont victimes de morsure des serpents, il faut les nourrir les loger et les traiter. 

On me déplace par tout pour traiter les patients, extraire les dents ou à mettre main sur ces reptiles. Je n'ai pas été scolarisé, mes enfants aussi. C'est seulement le coran qu'on a appris. J'ai 3 femmes  et 36 enfants dont 13 filles. Ils sont tous initiés et peuvent mieux faire que moi. J'ai  certains de mes garçons à Siguiri qui pratiquent cette activité, ils ont réussi là-bas. Ils se sont mariés et construit là-bas. J'avoue que j'ai bénéficié de beaucoup de retombées de mon travail. Cela m'a permis d'obtenir un montant de 65 millions Gnf et avec ce montant j'ai réussi  accomplir le pèlerinage.  J'ai construit beaucoup de bâtiments ici à Tambaya où on appelle l'hôpital des serpents », confie le doyen Keira.

Son fils Sidiki Keira lui aussi, pratique le même métier que son père. Au cours de notre interview, il tenait une grosse vipère du bout de la queue, sans frémir. « Moi je suis née dans ça et je suis fier d'être dans la ligné des Keira. Je n'ai pas fréquenté l'école parce qu'on ne peut pas associer les 2, mais  aujourd'hui, moi je vis de ce travail que j’ai hérité de mon père. Maintenant,  c'est nous qui faisons tout. J'ai 2 femmes et 4 enfants. Je me suis acheté un moyen de déplacement, j'ai construit. J’arrive à vivre bien grâce à ce travail », a-t-il expliqué.

De retour de Tambaya, Alpha Amadou Barry

Pour Africaguinee.com

Créé le Mardi 01 juin 2021 à 14:18