Emirats : Des dizaines de guinéens arnaqués et abandonnés à Dubaï...

Emirats arabes unis
Une rue de Dubai
Une rue de Dubai

DUBAI- Ils sont des dizaines, ces guinéens qui ont dépensé tout jusqu’au dernier centime dans l’espoir d’aller travailler à Dubaï ! Dans cette aventure, ils ont été encouragés par des membres d'un réseau d'arnaqueurs bien huilé, qui leur avaient promis le paradis. En fait, les monts et merveilles n'étaient que mirage et pire arnaque.

Dans leur mode opératoire, les membres de ce réseau implanté à Conakry vont à la chasse de potentiels candidats, notamment des jeunes, qui meurent d'envie de quitter la Guinée, dans l'espoir de trouver une nouvelle vie empreinte d'espoir. Certaines victimes que nous avons interrogé se débrouillaient pourtant pas mal en Guinée. Mais ils ont ainsi cédé à la tentation. Ils ont été grugés par cette bande d'arnaqueurs qui leur a proposé un voyage à Dubaï pour faire des travaux rémunérés à hauteur de 1000 dollars le mois. Chaque candidat est obligé de débourser environs 3000 dollars pour voyager. Les démarches sont facilitées depuis Conakry. Le réseau étend ses tentacules de Monrovia (Libéria) jusqu'aux Emirats arabes unis, un pays du Golf.

Ils sont nombreux ces jeunes guinéens qui sont facilement tombés dans le panneau de ces arnaqueurs. Ils sont des dizaines qui sont bloqués à Dubaï, ville ultramoderne, très animé, et surtout réputée pour architecture, ses gratte-ciels hors du commun. L'Eldorado qui leur a été promis vire au cauchemar. Une fois arrivée à Dubaï, ils ont été abandonnés, à eux-mêmes, sans ressources, sans boulot et peinent à regagner le bercail. Africaguinee.com, a pu recueillir le témoignage de certains.

 « C’est un vaste réseau d’arnaqueurs qui est en train de sévir à partir de la Guinée et certains pays voisins. En ce qui me concerne, je faisais la profession de moto taxi à Conakry. Je vous assure je pourrais faire une économie de 2.500.000 ou 3000.0000 par mois. C’est dans ça  qu’ils m’ont proposé un voyage de travail à Dubaï en me miroitant des beaux jours avec un travail bien rémunéré. Que le salaire minimum ici à Dubaï, c’est 1000 dollars mensuel. Mais une fois arrivée ici, sur le terrain je découvre le contraire. J’ai trop dépensé  pour venir. J’ai versé 10 millions, ensuite 15 millions soit 25 millions. On m’a dit que ce montant représente le visa et le prix de mon billet. C’est toute mon économie dans ma profession de conducteur de taxi moto que j’ai jeté comme ça.  A mon arrivée à Dubaï, quelqu’un est venu me prendre pour me loger, il m’a retiré mes 300 dollars que j'avais comme argent de poche. En tout on m’a pris, 2800 dollars à peu près 28 millions de nos francs. Celui qui m’a fait venir par exemple, il a son frère qui est étudiant à Gamal, ce dernier fait les démarches à Conakry. Lui, le jeune-frère est installé à Dubai ici, il s’appelle Ibrahima Diao Diallo. Ce que j’ai compris, leur réseau est établi jusqu’au Liberia où un de ses oncles est installé. Pour ne pas mentir, je n’ai pas vu de filles dans le lot des victimes. Mais nous avons trouvé beaucoup de jeunes garçons ici » explique Souleymane Bah qui a tout abandonné ici pour être bloquer à Dubaï.

C’est un citoyen qui s’est rendu à Dubaï où il comptait passer la fête de ramadan qui a découvert ce nouveau réseau d'arnaqueurs qui fait voyager des guinéens en les faisant miroiter monts et merveilles.

« Nous étions au courant qu’il y avait des réseaux qui envoyaient des filles vers le Koweït pour faire d’elle des esclaves sexuels, mais envoyer des guinéens vers Dubaï, je viens de l’apprendre. C’est ici que j’ai découvert des guinéens envoyés par un réseau, ils ont passé un mois ici. Ils ont perdu tout ce qu’ils ont, aujourd’hui ils errent comme ça, ils ont dépensé toute leur économie pour être là avec l’espoir de travailler sur la base d’un bon salaire. Finalement rien. Le réseau d'arnaqueurs ne fait que se jouer d'eux. Ce qui m’a fait retarder un moment pour savoir comment les choses se passent afin d’alerter les autorités et vous les medias pour éviter à d’autres guinéens de tomber dans la même situation. On les dépouille de tout en Guinée, ils viennent se bloquer ici sans pouvoir retourner au pays. Donc, je demande à nos compatriotes d’être très vigilants. Nous devons savoir que la vie est chère partout. Une catégorie est là ce n’est pas pour travailler qu’ils sont venus, on leur a dit que c’est facile de trouver un visa pour l’Amérique ici, depuis ils sont bloqués ici, ils ne peuvent aller nulle part », explique ce guinéen qui a une résidence permanente à Dubaï.

A.M.C fait partie des personnes tombées dans le filet des arnaqueurs. Il a tout le regret d’être parti.

 « Ils nous ont menti, nous avons tout abandonné pour les suivre ici où il n’y a pas de travail. Nous demandons de l’aide parce que nous sommes coincés dans tous les sens. Depuis un mois, je suis là. Chaque jour, on me dit que c’est demain que je commencerai le travail, en vain. Je suis venu avec un visa touriste qui expire petit à petit. Le jour où il va expirer définitivement, ça sera un autre problème. C’est une nouvelle forme d’arnaque, ils te rencontrent à Conakry pour te jeter des fleurs comme une personne courageuse, si tu es courageux à Conakry tu peux réussir à Dubaï sans problème, donc tu tombes dans leurs filets. Nous sommes victimes de cela. Donc, aidez-nous et j’invite les compatriotes au pays de faire très attention, ils sont nouveaux sur le terrain. Depuis que nous sommes là, nous ne mangeons pas à notre faim, la souffrance est énorme. Moi qui vous parle, j’ai tout perdu, je me débrouillais à Conakry et je gérais ma famille au village, aujourd’hui rien de tout ça".

 A. Sylla victime, est à son 4ème  mois à Dubai. Ce guinéen qui a perdu tout espoir, témoigne comment il a été trompé par ces arnaqueurs.  

"A Conakry, on te dit que les industries manquent de personnels à Dubai, qu'elles ont besoin de jeunes courageux pour venir ici. Mais en fait, ce que j’ai compris, il y a de la sous-traitance dans la fraude dans les industries dont ils parlent. Les industries sont dans une zone sécurisée, c’est un risque de tenter de s’y approcher, ils ont des complices à l’interne, si on arrive à te faire entrer, tu vas travailler  comme manœuvre à l’intérieur pour un revenu qu’on donne à ton convoyeur qui te rétrocède un peu.

Si vous vous retrouvez dedans vous n’avez plus de problème, le problème, c'est comment y accéder. C’est qu’ils ne réussissent pas en fait. Récemment un gars de Labé est rentré, on nous dit qu’il enseignait à Sagalé lui il est dedans. Nous ne savons pas la suite. Vrai ou faux, on ne sait pas mais je considère que c’est un alibi pour nous rassurer que nous aurons du travail. A  ce que je sache, ceux qui travaillent dans une usine sont connus, je ne crois pas que des infiltrations soient possibles. Aujourd'hui, nous voulons rentrer au pays. A la venue aussi, on nous surfacture sur les frais de voyage. Ce que je sais, c’est un réseau présent partout au pays », témoigne A. Sylla qui est à son 4ème  mois à Dubai sans aucun espoir.

Pour le moment, nous n'avons pas obtenu de réponse de la part de l’une des personnes accusées dans cette affaire. Malgré notre insistance, Ibrahima Diao Bah n’a pas répondu à nos appels. Pour l’instant, son complice resté à Conakry est injoignable.

Alpha Ousmane Bah(AOB)

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 664 93 45 45

Créé le Mercredi 12 mai 2021 à 18:55