Guinée-Enquête: Pourquoi les travaux de la RN Coyah-Mamou-Dabola n'avancent pas?

Guinée
Alpha Condé, président de la République de Guinée, lors du lancement des travaux de reconstruction de la RN Coyah-Mamou-Dabola
Alpha Condé, président de la République de Guinée, lors du lancement des travaux de reconstruction de la RN Coyah-Mamou-Dabola

CONAKRY-Lancés en grande pompe par le Président de la République et son Gouvernement, le 19 avril 2018, les travaux de reconstruction de la route nationale numéro 1 Coyah-Kindia-Mamou-Dalaba, avancent à pas de caméléon. A certains endroits, on a d'ailleurs l'impression que ces travaux sont tout simplement à l’arrêt depuis un certain temps. Pourquoi ces travaux n'avancent-ils pas ? Dossier d'enquête.

En mars 2021, lors d’une visite de terrain de l'actuelle ministre des travaux publics, le chantier n'était qu'à 22% de réalisation, soit un retard global de 33%. Mme Kadiatou Emilie Diaby n’avait pas manqué d’exprimer sa déception en déclarant citation : « je ne suis pas du tout satisfaite ». Une déclaration qui en disait long sur l'état d'avancement des travaux.

La réalisation de cette route nationale fait partie de l’accord-cadre signé le 6 septembre 2017 entre la Chine et la Guinée. Cet accord, faut-il rappeler prévoit le financement par la Chine de 20 milliards de dollars d’infrastructures en Guinée. Cette somme sera progressivement décaissée entre 2017 et 2036. En échange, la Guinée accordera des concessions minières à des entreprises chinoises. L'accord ficelé dans le cadre de la construction de cette route, prévoyait : les taxes que devront payer à l'Etat les entreprises chinoises détentrices des concessions minières, seront directement reversées aux banques de créances. Mais aujourd'hui, force est de reconnaitre que toutes ces compagnies minières sont presqu'inactives, donc ne commercialisent pas pour le moment de minerais, pour pouvoir reverser l'argent issue des taxes aux banques prêteuses, devenues "frileuses", apprend-on d'une source bien informée.   

La réalisation de cette route, l'une des plus importantes du pays est exécutée par l’entreprise chinoise ‘’China Road bride corporation’’.  Elle est cofinancée par le Budget national de développement guinéen (15%) et des Banques chinoises (85%).

Une première enveloppe de 3 milliards de dollars, constituée de prêts et de dons allait être déboursée pour la première et deuxième année, d’après le ministre d'Etat conseiller à la Présidence en charge des investissements d’alors, Ibrahima Kassory Fofana.

L’argent devait financer la reconstruction de la route Coyah-Mamou-Dabola d’un coût de 357 millions d'euros ; la réhabilitation des voiries et l’assainissement de Conakry pour 200 millions de dollars ; le démarrage de la reconstruction de quatre universités pour plus de 300 millions de dollars ; l’interconnexion du réseau électrique avec la Haute-Guinée pour 250 millions de dollars.

Ainsi, le 14 octobre, le président Alpha Condé, en compagnie du ministre des travaux publics à l’époque, Moustapha Naité a procédé au lancement des travaux de mise en application de la planche d’essai de la couche de base de la route Numéro 1 Coyah-Mamou-Dabola, d’une distance de 354 km, dans la sous-préfecture de Linsan.

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Aujourd'hui, une preuve éloquente que les travaux n'avancent pas, au lendemain de l’élection présidentielle du 18 octobre, celle qui a remplacé  Moustapha Naité a déclaré qu’il ne fallait pas s’attendre à un miracle.

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"Les pluies tombent en fin mai. Nous ne pouvons faire de miracle sur un tronçon de 354 kilomètres en un mois. Nous allons faire tout notre possible. Nos partenaires chinois l'ont compris et sont d'accord. Le gouvernement s'engage, nous allons faire de notre mieux. Mais je ne suis pas du tout satisfaite. Nous allons essayer très rapidement de comprendre les causes (du retard) et de trouver des solutions", disait Kadiatou Emelie Diaby il y a environ deux mois.

Plus de 24 mois depuis que ces travaux ont été lancés, sur le tronçon Coyah-Mamou, le chantier est presqu'à l'arrêt. Il y a peu d'engins des travaux publics actifs sur le terrain, a constaté Africaguinee.com, à travers un de ses journalistes qui a sillonné la zone. Nids de poule, dos d’ânes, la situation de cette route en ce début des grandes pluies, inquiète les usagers. "Quand les grandes pluies vont commencer on se sait pas comment circuler sur cette route", s'inquiète un chauffeur habitué de cette voie.  

Problème de financement…

Pour le journaliste et spécialiste des questions minières, l’arrêt des travaux pourrait s’expliquer par un problème de financement entre les banques prêteuses et les entreprises contractantes. Mais comment ?

« Je n’ai pas une explication claire sur l’arrêt des travaux, mais je sais qu’il y a un problème de décaissement entre les entreprises qui réalisent les travaux sur le terrain et les banques notamment la banque qui finance les travaux. Parce qu’en contrepartie, il y a des entreprises minières comme SPIC (un groupe public chinois)  à Boffa, Chalco à Boffa ou Henan-Chine pour Boké-Télémélé, qui doivent rembourser cette dette pour cette route. C’est-à-dire que les taxes que ces trois entreprises devraient payer à l’Etat, sont automatiquement transférées aux banques prêteuses.

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Il se trouve SPIC à Boffa a des difficultés à démarrer son projet parce qu’elle n’est pas encore de plein pieds dans l’exploitation commerciale. A Henan Chine à Télémélé, il y avait assez de grève, Chalco à Boffa, là aussi il y avait des petites difficultés parce que la bande passante de cette entreprise a été endommagée à un moment donné. Donc, si les entreprises qui garantissent le prêt ne sont pas en plein processus d’exploitation commerciale, ça pourrait faire peut-être des inquiétudes de l’autre côté, chez les banques prêteuses. Je déduis, donc que ces banques commencent à être regardantes » analyse Aboubacar Akoumba Diallo.

Qu’en dit le ministère des travaux publics ?

Interrogé sur cet arrêt des travaux, notamment sur le trajet Coyah-Mamou, un haut cadre du ministère des travaux publics a réfuté le terme ‘’arrêt des travaux’’. S’exprimant couvert anonymat, ce responsable estime que les travaux continuent progressivement.

« Les travaux n’ont jamais été arrêtés. Ils sont en train de faire les ouvrages par endroit. Si vous avez été jusqu’à Kouroussa, vous allez découvrir que les travaux n’ont jamais été arrêtés. Sur un chantier, il y a des priorités, pour un moment on s’occupe des chaussés, des ouvrages. On est en train de faire des ponts. Donc, on ne peut pas avoir le sentiment que les travaux sont arrêtés. Ce ne sont que des rumeurs qui le disent et ça n’a aucun fondement pour dire que les travaux ont été arrêtés » persiste-t-il.

Il faut rappeler que le délai prévu pour l’exécution de ces travaux est de 36 mois, d’après ce qu’avait déclaré Oumou Camara, ex ministre des travaux publics, lors de la cérémonie du lancement. Mais à ce rythme, tout laisse croire que ce délai ne sera respecté. Sauf un miracle que l'actuelle ministre des TP, ne croit pas du tout.

Une enquête de Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664-72-76-28

 
Créé le Mardi 11 mai 2021 à 12:56