Des guinéens "maltraités" en Gambie? "La police nous cueille comme des criminels…"

Gambie
Une rue à Banjul, capitale de la Gambie
Une rue à Banjul, capitale de la Gambie

BANJUL- Une forte communauté guinéenne vit en Gambie, minuscule pays anglophone enclavé dans le territoire sénégalais. Les citoyens guinéens sont présents dans tous les secteurs d’activités de la vie économique du pays. Mais pour vivre tranquille dans ce pays d'Afrique d'Ouest de moins 3 millions d'habitants, et pouvoir y travailler, il est obligatoire de se procurer d'un titre de séjour appelé "alliance".

L'obtention de ce fameux sésame, est un véritable casse-tête pour de nombreux guinéens. Le document coûte 2000 Dalassi, environs 400.000 Gnf. "C’est beaucoup d’argent qui n'est pas facile à épargner", se plaint un distributeur de pains. Beaucoup de Guinéens ne disposant pas de papiers officiels font l'objet de mauvais traitement de la part des agents de l’immigration. Boulanger de son état, Bobo Diallo, en a été victime alors qu’il vendait des pains.

« Faire payer c'est bien, c’est normal. C'est la façon dont ils interpellent les gens qui n'est pas du tout respectueux. C'est comme si on cueille un criminel ou un bandit de grand chemin. Les services de police arrêtent les gens avec trop de brutalité et d’insolence, ils les jettent dans leurs véhicules. Ça fait mal. Même les enfants de moins de 10 ans ou les vieux ne sont pas épargnés. J’en ai été une fois victime. Comme chaque matin, je distribuais tranquillement le pain, un véhicule de police est venu subitement garer devant moi. Les agents m’ont demandé les papiers. Je n’en avais pas. Ils m’ont embarqué avec mes pains. C’est un parent qui était venu payer pour moi à crédit pour qu’ils me libèrent », témoigne-t-il demandant au gouvernement guinéen de leur venir en aide.

Les femmes sont exemptées de la détention de ces documents. Par contre les hommes, adolescents, jeunes ou vieux, tous sont obligés de payer la carte d’alliance. Certains dénoncent une mesure disproportionnée qui ne respecte pas le principe de la libre circulation des personnes dans l'espace CDEAO.

 « Les hommes, même si vous avez 7 ans, une fois qu’on vous voit vendre même une banane dans la rue ou que vous soyez vieux, on vous interpelle. Si vous n’avez pas de documents, vous ne serez pas épargné. Le papier est valable pour un an. Les coûts varient selon les nationalités. Au temps de Yaya Jammeh, les Sénégalais payaient 250 Dalassi. Leur ancien président, Maitre Wade avait négocié pour ses compatriotes afin qu’ils payent moins. Alors que les Guinéens payaient 1500 Dalassi. A cette époque, les nigérians ne payaient que 700 Dalassi la moitié du tarif guinéen. Avec l'arrivée  de Adama Barrow, les tarifs ont connu une hausse, maintenant les Guinéens  sont à  2000, soit une augmentation de 25%. Le Dalassi c'est une monnaie très forte. 10 mille CFA s'évaluent à 900 dalassi. Donc, officiellement, l'alliance va coûter 25 mille CFA sans parler d'autres frais connexes.

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Si vous prenez cette année avec la pandémie, les activités étaient à l'arrêt. Les gens sont restés confinés longtemps, personne ne s'y attendait (…) La libre circulation des biens et personnes dans l’espace CEDEAO c'est des histoires. En Gambie, on n’en tient pas compte du tout. On te dit que le pays n'a pas de richesses, l'État vit de cette alliance et les impôts sur le commerce. Donc, ils ne jouent pas avec », explique Kadiatou Bah, ressortissante guinéenne en Gambie.

Depuis plus d’une décennie, A.G.D réside à Serrekunda, la plus grande région du pays. Il s'arrange chaque année, pour se procurer de sa carte de séjour pour éviter d’éventuels ennuis avec l’immigration. Il plaint ses compatriotes qui se font humilier en refusant de se mettre en règle.

 « Personnellement, je suis déjà en possession de ma carte. Et plusieurs de nos compatriotes se sont acquittés aussi. Mais à vrai dire, je ne comprends toujours pas l'attitude de certains de nos compatriotes qui se croient perpétuellement plus malins. Je considère ça comme un manque de respect pour soi. Certes, il y a quelques guinéens qui n'ont pas ce moyen de se procurer de l'alliance, mais ils sont minimes. Peut-être 45/1000 ou moins que ça. A mon avis, 23 où 25 mille CFA par an, ce n'est pas de la mer à boire (…). Si tu as le papier, tu es libre de circuler », explique-t-il tout en déplorant que les Guinéens soient si courageux dans le travail et négligents lorsqu'il s'agit de se mettre en règle.

« Tout le monde admire notre courage. Ils donnent et prennent toujours les bons exemples sur nous en matière de travail. Notre défaut c’est qu’on néglige les documents. Les Guinéens sont dans tous les secteurs d’activités, le commerce, les BTP, la pêche artisanale. Se munir des documents d'identification au plan national et à l'étranger, c'est très important », exhorte A.G.D.

Interrogé, Naby Ibrahima Youla, le consul général de la Guinée en Gambie a apporté des précisions sur ce sujet.  Selon lui, il n'y a pas que les guinéens qui sont concernés. « Ce n'est pas que les Guinéens qui paient la carte d'alliance. C'est le permis de séjour sur le territoire gambien. Quand vous rentrez ici, vous le payez, on vous donne un mois. Si vous séjournez plus d'un mois vous payez l’alliance, c'est obligatoire et valable pour tous les étrangers en Gambie sans exception. Le seul problème c'est au niveau du prix qui n'est pas uniformisé. Pour ce qui est de la Guinée, c'est 2000 dalassi, l'équivalent de 400.000 Gnf. Normalement la vente est libre, le service d'immigration veut que les étrangers paient d'eux-mêmes sans pression mais certains négligent jusqu'à la date butoir. Maintenant, le service d'immigration sort en patrouille, si on te ramasse alors que tu n'as pas le document on te garde quelque part pour te contraindre de payer. Je précise ce n'est pas les Guinéens seulement, c'est tout le monde. Y compris tous les ressortissants de l'espace CEDEAO", précise le consul général de la Guinée en Gambie

Récemment un mouvement dénommé ‘’Ballal Guinéen e nder leydi Gambia’’ qui signifie « Aide aux Guinéens vivant en Gambie » a vu le jour afin de faciliter l’obtention de l’alliance.

 

Alpha Ousmane Bah (AOB)

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 664 93 45 45

Créé le Samedi 08 mai 2021 à 21:14