Economie : Pourquoi le franc guinéen perd sa valeur face aux monnaies étrangères?

Guinée
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CONAKRY-Soixante-deux (62) ans après sa création, la monnaie guinéenne a toujours du mal à tenir face aux principales devises étrangères telles que l'Euro, le dollar et le FCFA. Elle chancelle au gré des circonstances. Depuis quelques temps, l'inflation est répartie  à la hausse, et les prix des denrées explosent. 1 EUR = 11.945 GNF tandis que 1 USD = 9.890 GNF. Sur le marché informel de devise, 1 euro varie entre 11.500 et 12.000.

Si la Banque centrale évoque comme principaux facteurs de l’inflation, «la hausse du coût du transport maritime, le coût d'ajustement lié à la mise en œuvre des opérations du guichet unique de commerce extérieur, la restriction des voyages, les infrastructures routières, la fermeture des frontières et les troubles liés aux échéances électorales », d'autres économistes voient la raison ailleurs. La mauvaise gouvernance, la planche à billet et des dépenses extrabudgétaires.

 L’indépendance monétaire de la Guinée aurait été une opportunité pour booster l’économie du pays. Malheureusement, déplore Mamady Camara, doctorant en Economie, les dirigeants guinéens n’ont pas été à la hauteur. « Cette monnaie a été mal gérée et cela nous a mis dans une situation pire que ceux qui n’avaient pas la liberté de gérer leur monnaie », regrette l’économiste.

Il explique que toute monnaie a deux valeurs. Il y a la valeur interne qui se traduit par la capacité d’acheter de la marchandise dans le pays et la valeur externe qui est sa capacité d’acheter la marchandise à l’extérieur. La valeur interne s’exprime par le taux d’inflation qui peut monter et descendre et la valeur externe qui peut monter et descendre par rapport aux devises, soutient-il.

« Parlant de la valeur interne, le taux d’inflation qui était à 21% (en 2010) est descendu à un chiffre, il est aujourd’hui inférieur à 10%. Cela est une très bonne chose. Mais, par rapport à la valeur extérieur, il me semble que le gouvernement, notamment les autorités monétaires ont des difficultés énormes pour pouvoir la stabiliser ou la faire descendre. Je peux comprendre cela parce qu’à chaque fois on a besoin d’investissements directs étrangers pour que beaucoup d’argent entrent dans le pays, mais quand ça tombe d’un seul coup, cela peut être source d’inflation. Je pense que le gros problème est que nos autorités monétaires ont d’énormes difficultés pour gérer la monnaie nationale », estime Mamady Camara.

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 « A court terme, la valeur de la monnaie fonctionne comme n’importe quelle autre marchandise. Quand il y a beaucoup de monnaies étrangères qui entrent notamment à travers les exportations que nous faisons, la valeur de notre monnaie augmente. Par contre, si notre exportation est faible et que nous importons beaucoup de marchandises, nous sommes obligés de donner beaucoup de devises et c’est ce qui entraine l’augmentation de la valeur de la devise. C’est la demande de la devise qui conditionne la baisse ou la hausse des changes chez nous. Grosso modo, c’est notre demande de devises qui a été plus forte maintenant là par rapport aux entrées des devises » soutient-t-il.

A l’issue de la première réunion ordinaire du Comité de politique monétaire (CPM) de la BCRG tenue le 3 avril 2021, le gouverneur Lounceny Nabé avait fait savoir que les principaux facteurs à l'origine de l'inflation sont entre autre : la hausse du coût du transport maritime, le coût d'ajustement lié à la mise en œuvre des opérations du guichet unique de commerce extérieur, la mesure de restriction des voyages, les travaux de reconstruction des infrastructures routières, la fermeture des frontières avec certains pays voisins ainsi que les troubles liés aux échéances électorales.

Abdourahmane Bella Bah ne conteste pas cette explication, mais il précise toutefois qu'il y a d'autres facteurs qui ont favorisé l'inflation.  

« Premièrement, nos exportations ne ramènent pas des devises dans notre pays (…) en dehors de l’exportation de nos minerais, nous n’avons aucune autre production locale qui nous permet de faire des exportations et nous ramener les devises. Il y a aussi la mauvaise gouvernance. Le déficit dans notre pays est financé par la planche à billet. Les élections qui sont passées, notre gouvernement a dit qu’il n’a pas besoin des bailleurs de fonds. Ils ont financé le déficit à travers la planche à billet. Du coup, on a une masse monétaire de trop. N’ayant pas confiance au Franc guinéen, les agents économiques sont tentés d’aller vers les devises étrangères. En dernière position, nous avons la Banque centrale (Bcrg) qui ne joue pas son rôle régalien. Normalement, elle est censée avoir un certain contrôle sur le taux d’échanges. Malheureusement, elle ne l’a pas parce que le marché informel a plus de poids aujourd’hui que la formalisation au niveau des banques primaires. Cela s’explique par le fait que, d’une part, la Banque centrale n’agit pas pour qu’il y ait un service de qualité. Vous partez, par exemple, dans les banques primaires, même si c’est pour faire un versement de 20, 30 ou 50 mille dollars c’est difficile. Mais, chez eux aussi, fondamentalement, le coût des transactions, le virement à l’international, ça coûte cher aux PME guinéennes. On est tenté de faire avec le marché parallèle, par exemple le marché Madina en général. Cela fait que la banque centrale ne contrôle pas du tout les transactions économiques. Et même si elle dicte des coûts indicatifs aux banques primaires, ce n’est pas suivi parce que, d’autre part, on sait que la Banque centrale n’a pas suffisamment de devises » a expliqué ce banquier de formation.

 

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

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Créé le Mardi 27 avril 2021 à 15:37

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