Fermeture de cimetières : Quelles conséquences pour les habitants de Bambéto et cie?

Conakry
Ibrahima Kourouma, ministre de la ville et de l'aménagement du territoire
Ibrahima Kourouma, ministre de la ville et de l'aménagement du territoire

CONAKRY-Les cimetières de Kaporo-rails et Bambéto situés à Koloma 1 seront ‘’momentanément’’ fermés à partir du 10 mai a annoncé le ministre de la ville et de l’aménagement du territoire. Cette décision unilatérale continue de susciter des inquiétudes chez les habitants des quartiers concernés. L'anxiété se mêle à l'incompréhension. Une lancinante question taraude leur esprit : où vont-ils enterrer leur mort pendant la période de fermeture ?   

Pour certains parents des jeunes tués pendant les manifestations politiques et qui reposent dans ces cimetières, vouloir fermer ces deux endroits est un acte inhumain. Mamadou Bailo a perdu son fils ainé du nom de Thierno Mamadou Pathé Bah. Il venait de décrocher le BAC avec la mention ‘’bien’’ avant d'être fauché par une balle le 22 octobre 2020, à Bambéto. Il est encore en colère. Cette annonce du Gouvernement réveille ses veilles blessures : la perte d'un fils dans des circonstances tragiques.

« C’est un acte inhumain qu’envisage le gouvernement. Sinon, tu peux tout faire contre quelqu’un, tu même le tuer. Mais quand tu le tues, laisse-le se reposer. C'est seulement un homme sans cœur qui peut imaginer de telles choses : fermer un cimetière. Il y a beaucoup de domaines en Guinée que ça soit à Conakry ou ailleurs où ils peuvent faire ce qu'ils veulent. Ceux qui veulent agir de la sorte ne sont pas des humains. Ils pensent qu’après la mort, c’est la poussière, il n'y a pas la résurrection, c’est pour cela ils font ça », martèle Mamadou Bailo Bah, choqué.

Malgré les précisions du ministre de la ville annonçant qu’il s’agit d’une fermeture momentanée, ce parent de victime n’en croit pas à un seul mot. « Je ne les crois pas parce que c’est des gens qui font du n’importe quoi sans rien penser. C’est des gens qui ne réfléchissent pas on ne peut même pas les qualifier », rajoute M. Bah.

Mamadou Bobo Sall a perdu le fils de son jeune frère. Ce dernier s’appelait Ibrahima Sory, il a été tué par balle le 22 octobre 2020 et enterré au cimetière de Bambéto. Il jure qu’il ne pardonne pas la personne qui a donné l’ordre de toucher au cimetière où repose l’âme de son fils.

« Nous ne sommes pas d’accord avec cette décision. Prendre le cimetière là où nos enfants sont enterrés pour en faire d’autres choses, on n’est pas d’accord et on le pardonnera pas même devant Dieu » a-t-il déclaré.

Cette décision du gouvernement soulève une vague de réactions réprobatrices chez, non seulement les citoyens qui ont des proches enterrés dans ces cimetières, mais aussi chez l'opposition, qui annonce avoir déposé une plainte à la Cour Pénale Internationale. De nos jours apprend-on, des tractations sont engagées pour essayer de faire changer les autorités d'avis.  

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Pour le président de la plateforme PJDD (plateforme des jeunes de l’axe pour la démocratie et le développement), depuis que les habitants ont appris cette nouvelle, c’est l’anxiété. Ces deux cimetières servent plusieurs quartiers de Ratoma. Les fermer même pour 24 heures plongerait les habitants des quartiers dans de sérieuses difficultés.

 « Le cimetière qui est là est un cimetière d’une mémoire collective qui concerne cinq à six quartiers dont Koloma 1 et 2, une partie de Dar es Salam, Hamdallaye mosquée, une partie de Kaporo et Koloma Soloprimo. Toutes ces zones-là enterrent leurs morts dans ces deux cimetières. Ce ne sont pas des cimetières récents car ils ont été créés depuis les années 1980. Donc, ce n’est plus une question, selon les hypothèses des uns, d’effacer les traces de ceux qui ont été tués par balle lors des manifestations politiques. Nous nous pensons que ce n’est pas le cas, l’être et sa dignité sont sacrés, c’est consacré par la déclaration universelle des droits de l’homme ratifiée par la Guinée. Nous pensons que fermer ces cimetières est une forme de priver les personnes de leurs droits » a déclaré l’activiste.

Il ajoute qu'en collaboration avec le collectif des victimes du déguerpissement de Kaporo-rails, ils ont entamé une démarche pacifique dont l'objectif est de faire des plaidoyers auprès du premier ministre ainsi qu'auprès du ministre de la ville et de l’aménagement du territoire.

« L’objectif de notre démarche, c’est qu’il y ait entente à travers des plaidoyers que nous avons dans le mémo et que l’on soit entendu et que le gouvernement guinéen puisse résoudre ce problème, maintenir ces deux cimetières ouverts, à défaut de les agrandir pour que qu’ils soient accessibles à tous les guinéens à tout moment comme c'est le cas du cimetière Cameroun. Il y a des quartiers qui n’ont pas de cimetières. C’est le cas de Dar Es Salam II, leur cimetière se trouve à Boston, c’est très éloigné. Alors, l’accès au cimetière de Koloma 1 et II est plus facile pour eux. La dernière fois on a assisté à une scène où une famille a fait le tour du quartier avec un corps pour trouver un cimetière, ça ne peut pas continuer comme ça. Donc, vouloir fermer ces cimetières sans trouver d’autres, ça dévient un problème mais il y a aussi une question de profanation parce que nous sommes des croyants : musulmans et chrétiens. Nos religions accordent de la dignité aux morts. Cela fait partie de nos valeurs » a fait savoir Ibrahima Aminata Diallo.

Pour l’heure, nous n’avons pas pu entrer en contact avec le maire de Ratoma pour savoir si éventuellement, des dispositions ont été envisagées par la mairie dans le but trouver une solution palliative en attendant la fin des travaux qui pourraient être lancés dans les prochains jours.

Dossier à suivre...

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664-72-76-28

Créé le Dimanche 25 avril 2021 à 12:33