Casse à Dubreka : "Je passe la nuit avec ma famille à la belle lune…"

Grand Conakry
Aboubacar Soumah, citoyen victime de casse à Dubreka
Aboubacar Soumah, citoyen victime de casse à Dubreka

DUBREKA-Après Conakry, le dégagement des encombrants physiques situés sur les emprises de la voirie a débuté dans la Dubréka proche de la capitale. Après le passage des bulldozers de l’habitat, la préfecture a l’air d’une ville fantôme.

De Kagbelen jusque dans la commune urbaine de Dubréka en passant par le Km5, des nombreuses maisons, boutiques, magasins, kiosques, baraques sont détruits. C’est le cas d’Aboubacar Soumah alias « Américain » qui a assisté, impuissant, à la démolition de sa maison en cette matinée du mardi 16 mars 2021. Aujourd'hui, il n'a plus où s'abriter avec sa famille.

« Je suis au regret et profondément touché, c’est l’unique maison que nous avions. Elle a été construite par notre papa depuis 1966. Subitement, quand on vient nous dire que c’est les conditions de la nouvelle route qui exigent qu'on la détruise. Comme c’est un cas général, on ne peut pas trouver le contraire, mais nous sommes déçus. Notre maison était là bien avant que cette route n’ait été tracée. A l’époque, il n’y avait pas beaucoup de véhicules qui passaient par là», témoigne Soumah qui précise que sa famille passe la nuit à la belle étoile. « Peut-être que les boutiques sont au bord de la route, mais la maison, ne l’est pas. Aujourd’hui, nous n’avons pas de logement, on passe la nuit à la belle lune. Nos objets sont exposés au dehors »

Cette autre victime a vu sa boutique détruite. Elle déplore la manière dont la destruction est faite. « Après Dieu, nous savons tous que la terre appartient à l’Etat. S’il veut récupérer, personne ne peut l’en empêcher. Si une route est large c’est pour tout le monde, personne ne va être contre cela. Mais, la façon dont ils ont procédé, même à un animal, on ne doit pas traiter de la sorte à plus forte raison quand il s’agit être humain. Quand ils sont venus, ils nous ont donné un ultimatum de 72 heures et même ça ils n'ont pas respecté. Ils sont venus commencer la destruction avant l’expiration délai.

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Ils nous avaient dit que c’est 15 mètres de part et d’autre de la route qu’ils allaient dégager. Mais, si on mesure la distance après les opérations, on peut trouver 60 mètres. Maintenant, s’ils ont besoin de récupérer, la logique voudrait qu’il nous donne un délai de 1 à 3 mois pour qu’on puisse vider nos boutiques. J’avoue que les gens ont enregistré beaucoup de pertes. (…) A Dubréka ville, ils sont allés pointer la machine contre la boutique d’un citoyen pour lui dire de dégager. Pendant qu’il cherchait à faire sortir sa marchandise, certains sont venus voler et, à la fin, il s’est retrouvé sans rien», dénonce Alimou Diallo.

Ils ont fini de tout casser

Outre les pertes économiques, estime ce commerçant, la destruction des boutiques et habitations va impacter négativement sur l’éducation des enfants. « Beaucoup d’entre nous sont en location. On a des enfants qui partent à l’école et qui risque d’abandonner. Chez nous, ils ont fini de tout casser, mais pour d’autres endroits je propose que l’Etat leur donne un délai de 1 à 3 mois au maximum. A défaut, qu’il attende jusqu’ à ce qu’il soit prêt à mettre en valeur les terres pour demander aux gens de quitter», suggère-t-il.

Contrairement à Soumah et Diallo, Djibril, gérant d’un barre café salue les opérations de déguerpissement des emprises lancées par le gouvernement. « L’être humain, tout ce que tu vois, que ça soit du bon ou du mauvais, il faut remercier Dieu. Cette affaire de déguerpissement est une bonne chose. Que Dieu aide les autorités à aller au bout de cette initiative », souhaite Djibril Sylla.

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664-72-76-28

Créé le Jeudi 18 mars 2021 à 8:41