Ebola business-Dr Sakoba irrité contre les "faux" humanitaires : "certains ont pris beaucoup de dollars"

Guinée
Dr Sakoba Keita, DG de l'ANSS
Dr Sakoba Keita, DG de l'ANSS

NZEREKORE-Le Directeur Général de l’Agence Nationale de la Sécurité Sanitaire "ANSS" n'est pas content de certaines ONG Humanitaires impliquées dans la lutte contre l'épidémie d'Ebola. Dr Sakoba Keita a fait part de sa frustration lors de son récent séjour à Nzérékoré, d'où est partie la maladie.

Venu toucher du doigt les réalités liées à l’évolution des opérations de vaccination, l'épidémiologiste n'a pas mâché ses mots pour dénoncer l'attitude de certaines ONG humanitaires qui touchent beaucoup de dollars et aller se coucher à l'hôtel. A date, la préfecture de Nzérékoré est à 62% de la campagne de vaccination débutée le mardi 23 février 2021. Ce pourcentage n’a pas satisfait Docteur Sakoba Keita, qui dit que tous les atouts sont là pour que la préfecture atteigne plus de 80% de la vaccination. Il a interpellé tous les acteurs impliqués dans la riposte contre l’épidémie à Nzérékoré.

 « La vaccination est celle qui nous a aidées à arrêter l’épidémie (en 2014). Et cette fois-ci, l’OMS a agi de façon prompte, pour nous offrir la vaccination. Pour moi, c’est le plier principal. Donc, il faut absolument que ce taux de 60% passe à plus de 80%. Moi je pense que vous en avez les moyens. Si on n’a pas les 85%, les deux mois qu’on a donné à la communauté internationale (pour enrayer l'épidémie) risquent d'être prorogés. Parce que, tu ne peux pas soigner une maladie, sans celui qui est malade. Il faut que vos citoyens acceptent le message de faire la vaccination. C’est après la vaccination, le lavage des mains que tout le reste s’en suit. On a un problème de couverture vaccinale, on a un problème de réticence à la vaccination, à la mobilisation. Tout le monde doit se sentir concerné. Parlons à nos parents pour qu’ils acceptent la vaccination qui est l’arme fatale pour Ebola partout. La prise en charge aussi, que nos parents prennent leurs médicaments. Ça a réduit le nombre de mort en RDC », a conseillé Docteur Sakoba Keita, directeur général de l’ANSS, avant de dénoncer l'attitude de certaines ONG.

« L’autre chose qu’on nous a reprochée à Koropara, ça repris ici. Koropara, on avait 45 véhicules et plus de 20 partenaires. La nuit on a tué beaucoup de chèvres et des moutons des gens que j’ai eu à rembourser. Je pense cette fois-ci, nous voulons des appuis efficients. J’aime les appuis, mais l’appui qui peut m’aider à résoudre mes problèmes. Mais non pas venir aggraver et créer d’autres problèmes. Donc nous voulons que la DRS (directeur préfectoral de la santé et l’OMS (organisation mondiale de la santé) en tête, nous disent quels sont les partenaires compétents pour la surveillance. On connait le contenu de la surveillance : suivi des contacts, et vaccination, l’investigation qui est le troisième plié. Quels sont les partenaires reconnu qui peuvent nous aider pour que ceux-ci restent. Le problème de drapeau, on ne veut pas que ça reprenne ici.

On a pris la décision à Conakry, que nos partenaires acceptent qu’on leur donne des ordres de mission, pour savoir quel est le plus qu’il va nous apporter. On ne veut plus qu’il y ait 200 (partenaires), ici. Moi ça m’embête un peu. Parce que la police est en train de noter tous ceux qui sont dans des hôtels à N'zérékoré. A Conakry, l’autorité a noté 560 partenaires, experts qui étaient dans les hôtels. Mais après nos réunions, ils partaient se coucher à l’hôtel. Je m’excuse de vous le dire mais on m’a dit ce que chaque partenaire est venu faire. On vient de m’appeler, il ne faut pas que la même scène se répète à Nzérékoré. Il faut qu’on sache, tout partenaire qui est venu à Nzérékoré, doit présenter ses termes de référence à la commission. Et principalement à la DPS et à la DRS. Pour qu’on sache, cet expert-là, il est compétent en quoi, qu’est-ce qu’il va apporter. Parce qu'autrement, l’argent qu’on donne à la Guinée, je connais certains des partenaires qui ont pris beaucoup de dollars, qui disent après on dit on a donné à la Guinée, mais dans les faits, ça n’a pas servi très bien les guinéens. Donc si on veut aider, qu'on aide dans la rationalité et l’efficience », a-t-il dit.

Docteur Sakoba s’insurge contre plusieurs partenaires qui, selon lui ont de nos jours, tous fui la pandémie à Corona virus pour venir vers l’épidémie Ebola. A l’écouter, tous les partenaires se sont dirigés vers Nzérékoré, laissant des centaines de malades dans les centres de traitement épidémiologiques de Conakry, au profit d’Ebola. Chose qu’il trouve anormale.

’On a pris une décision très dure au ministère. La plus part des partenaires qui sont là, sont venus sans l’aval de l’ANSS. Alors que l’Etat nous a chargés de cordonner cela. Je crois que tout partenaire qui devait être sur le terrain devait venir se présenter à nous, pour nous dire qu’est-ce que qu’il va faire. Si cela n’a pas été fait, il faut se rattraper pour se présenter. J’ai demandé au DRS, qui m’a dit qu’il a vu certains partenaires, qu’il ne sait même pas ce qu’ils sont venus faire. Ça c’est grave. Il faut qu’on sache pourquoi tu es là. La riposte contre l’épidémie et le tourisme, je m’excuse du terme, ce n’est pas la même chose. Il faut qu’on voie la rentabilité de chacun sur le terrain. Parce que qu’est-ce qu’on constate ? J’étais venu, l’autorité m’appelle pour dire : pourquoi tous tes partenaires fuient Covid pour aller à Ebola ?  Il faut faire des investigations qu’est ce qui est en DESSOUS de ça. Au moment où j’ai 560 malades, dans les C-TEPI, 85% de taux d’occupation, je n’ai pas de partenaire maintenant pour Covid. Tout le monde veut Ebola. Alors qu’on a 17 malades dont deux guéris. On va garder près de 500 personnes à Nzérékoré pour 17 malades ? Je prie certains, c’est l’approche intégrée. Vous êtes des humanitaires ? Une vie est égale à une vie. Que tu sois mort pour Ebola, pour Corona ou de tuberculose, c’est une vie que vous sauvez. Donc, on va vous redéployer, pour pouvoir faire face à cette deuxième vague de Covid qui est en train d’endeuiller la Guinée’’, a-t-il martelé.

L’épidémie à virus Ebola qui s’est déclaré dans la sous-préfecture de Gouécké le 13 février 2021, a déjà fait 7 morts.  A date, 13 cas confirmés restent hospitalisés dans les centres de traitement et 4 cas probables. Plus de 400 contacts restent dans le suivie des autorités sanitaires.

SAKOUVOGUI Paul Foromo

Correspondant régional d’Africaguinee.com

A Nzérékoré

Tél. 00224 628 80 17 43

Créé le Samedi 06 mars 2021 à 14:28

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