Dr Faya interpelle Alpha Condé : « Il faut qu’il agisse même si… »

Guinée
Dr Faya Milimouno
Dr Faya Milimouno

CONAKRY-Engagé dans une bataille pour obtenir la libération des détenus politiques, l’opposant Dr Faya Milimouno, vient d’interpeller le Président de la République. Le président du Bloc libéral qui connait bien la maison centrale où il a séjourné, plaide en faveur de Ousmane Gaoual, Chérif Bah, Etienne Soropogui et compagnie, afin qu’ils soient relâchés ne serait-ce que de manière provisoire. Dans cette interview, il livre également son analyse sur la composition partielle du gouvernement et déplore la sortie du Premier ministre Kassory Fofana qui ferme la porte du dialogue avec l’opposition. Interview !

AFRICAGUINEE.COM : Où en êtes-vous dans votre démarche pour obtenir la libération des détenus politiques ?

FAYA MILIMOUNO : La démarche continue. Nous ne sommes pas satisfaits parce que nos collègues et militants ne sont pas encore libérés. Ils sont toujours détenus à la Maison centrale. C’est pourquoi, nous continuons les démarches. Vous avez dû suivre, à l’occasion du passage du chef de file de l’opposition, Mamadou Sylla dans nos locaux, nous lui avons demandé de se joindre à nous pour poursuivre cette démarche en vue de la libération des prisonniers politiques.

Vous avez rencontré le président de l’Assemblée Nationale et autres personnalités du pouvoir en place. Est-ce que vous avez eu des garanties ?

Toutes les personnalités que j’ai eues à rencontrer, et que je préfère taire le nom, suivent également avec intérêt l’évolution du dossier. Il est vrai que, pour certains, il est important d’attendre que la justice se prononce sur leur cas pour qu’éventuellement, ils puissent agir dans le sens d’accorder une grâce. Les réactions sont diverses, mais nous ne désespérons pas. Nous pensons que nos collègues qui sont en prison ainsi que d’autres militants de la Société civile comme des partis politiques d’opposition devraient être libres.

Les décès sont récurrents à la maison centrale. Connaissant cette prison où vous avez séjournez, raconte-nous les conditions de détention…

La Maison centrale de Conakry a été construite pour environ 300 prisonniers. Aujourd’hui, nous en comptons plus de 1. 500 prisonniers. Le drame dans cette prison de Conakry, c’est que la majorité qui s’y trouve n’est pas condamnée et attendent d’être jugés depuis 5 à 6 ans. J’en ai rencontré beaucoup dans cette situation quand j’étais là-bas. J’en ai même vu deux ou trois prisonniers qui y sont depuis 10 ans qui n’ont jamais été présentés à un juge. Je me dis, premièrement, quand on est accusé de quelque chose, surtout déposé, on a encore le droit d’être jugé, d’avoir une défense pour qu’un jugement équitable puisse se faire. Malheureusement, ce n’est pas ce que nous sommes en train de vivre dans notre pays. Il y a cette pléthore, les places ne sont pas suffisantes pour pouvoir accueillir tout le monde. C’est extrêmement difficile à l’intérieur de cette prison.

Nous avons des pertes en vies humaines. Nous avons déploré, au moins, 5 de nos compatriotes qui y ont perdu la vie. Je crois que ça n’honore pas l’image de notre pays.  C’est pourquoi, j’interpelle le président de la République pour qu’il agisse même si, par ailleurs, le processus judiciaire peut encore continuer. Ces gens-là peuvent avoir une liberté en attendant leur jugement parce que les procédures judiciaires dans notre pays sont si lentes que banalement pour une infraction, un acte qui ne pouvait envoyer quelqu’un en prison pour plus d’un an, vous pouvez attendre 2 ans avant d’être jugé. Si vous êtes pendant les deux années en prison, finalement vos droits sont clairement violés.

La nomination du gouvernement se fait au compte de goute avec la reconduction de la plupart des ministres. Quelle est votre lecture ?

Nous vivons dans un système présidentiel avec un pouvoir discrétionnaire qui est accordé au président de la République. Il a promis qu’il va « gouverner autrement ». On va bien voir comment il va « gouverner autrement » avec la même équipe qui est en train d’être reconduite.

Est-ce un signal qui rassure ?

C’est quand-même une première dans notre pays que le gouvernement soit nommé pendant deux à trois semaines. Espérons que ceux et celles qui vont se retrouver finalement dans ce gouvernement vont agir dans l’intérêt général. Déjà, ce qui fait grincer les dents, c’est la sortie du Premier ministre. Alors que nous autres sommes en train de travailler à la décrispation de la situation, à l’ouverture d’un dialogue, la toute première sortie du Premier ministre ne rassure pas dans ce sens. Il n’appartient au Premier ministre qui est d’ailleurs le garant du dialogue social dans le pays de fermer la porte en considérant qu’il ne peut y avoir dialogue avec une opposition qui choisit la rue. L’opposition guinéenne est diverse. Il y a certes certains partis qui continuent encore à privilégier la rue.  C’est déjà une sortie de ratée du Premier ministre qui semble fermer à tout dialogue.

Les premières nominations d’Alpha Condé divisent au sein même du RPG. Qu’est-ce cela traduit-il à votre avis ?

Je ne comprends vraiment pas cette guéguerre au sein du parti au pouvoir. Il est clair que pour beaucoup de militants ou responsables du RPG-arc-en-ciel, c’est l’occasion de se retrouver au gouvernement. Beaucoup pensent s’ils ne rentrent pas dans le gouvernement, cette fois-ci, c’est comme s’ils ont mené le combat aux côtés du Pr. Alpha Condé pour rien. C’est ce qui fait que naturellement, il y a de pressions qui se font ça et là. C’est de bonne guerre. Espérons que les gens qui veulent aller au gouvernement, c’est dans l’objectif d’agir dans l’intérêt du peuple.

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com     

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Créé le Mercredi 27 janvier 2021 à 11:52