Guinée-Massacre du 22 janvier : Le jour où le Pouvoir de Conté a vacillé…

Guinée
Général Lansana Conté
Général Lansana Conté

CONAKRY-22 Janvier 2007-22 janvier 2021, il y a 14 ans jour pour jour, les forces vives guinéennes, réunies autour des centrales syndicales, des organisations de la Société civile et des partis politiques, appelaient les citoyens à des manifestations pour exprimer leur ras-le-bol contre la mal gouvernance. Ces manifestations gigantesques ont secoué le régime du Général Lansana Conté.

Guidés à l'époque par les syndicalistes Hadja Rabiatou Serah Diallo et Ibrahima Fofana, les guinéens sont sortis en grand nombre à travers le pays pour dénoncer la corruption, les détournements et la gabegie financière, le tout couronné par l’impunité garantie aux présumés fossoyeurs de l’économie guinéenne.

Pour rappel, la grève générale 2007 est une succession d’événements dont le point culminant fut la libération par le président d’alors, Lansana Conté, de deux personnalités- Mamadou Sylla, à l'époque patron de Futurelec Holding et Fodé Soumah- accusées de corruption et détenus à la Maison centrale.  

Outrées par la cherté de la vie et l’insouciance des dirigeants de l'époque à y faire face pour soulager la population, les centrales syndicales, Cntg et Ustg, lançaient le 10 janvier 2007, un mot d’ordre de grève générale illimitée sur toute l’étendue du territoire national. Le 19 janvier, le chef de l’Etat limoge Fodé Bangoura, le numéro deux du gouvernement et par ailleurs, ministre des Affaires présidentielles qui avait fait arrêter Mamadou Sylla en le remplaçant par Eugène Camara. “La goutte d’eau qui a fait déborder le vase”.

Le 22 janvier, une grandiose manifestation se déroule à Conakry. Des milliers de manifestants convergent vers le centre-ville de Kaloum. Le Pont 8 novembre est bloqué par les forces de défense et de sécurité qui tirent à balles réelles sur la foule. Le bilan est lourd. Au moins 59 morts selon les organisations de défense des droits de l’homme. Plusieurs dirigeants syndicaux sont arrêtés notamment la présidente de la Cntg d’alors, Rabiatou Serah Diallo avant d’être libérés dans la nuit sous la pression internationale.

Prix en tenailles par la pression sociale, le gouvernement accepte, le 27 janvier de négocier avec les syndicats. Ils s’accordent sur la nomination d’un Premier ministre chef de gouvernement poste non constitutionnel à l’époque. Les grévistes donnent un ultimatum de 15 jours à Conté pour nommer un Premier ministre.

Contre toute attente, le 9 février, Eugène Camara est nommé au poste de premier ministre. Mécontent, les forces vives relancent la grève le lendemain et réclament le départ du président. Conté décrète un état de siège, impliquant un couvre-feu de 20 h à 6 h du matin et de 6 h à 16 h sur l’ensemble du territoire.

Après plusieurs tractations sous l’implication de la Cedeao, de l’Union africaine, le chef de l’Etat nomme Lansana Kouyaté Premier ministre, le 26 février. Le 2 mai, le ministère de l’intérieur et de la sécurité publie un rapport sur les événements faisant état de 137 morts et 1 667 blessés entre le 22 janvier et le 26 février.

Alors que les victimes n’ont toujours pas eu droit à une justice, 13 ans après les massacres, celui par qui, en partie, ces événements sont arrivés, accusé à l’époque de corruption, Mamadou Sylla Patronat trône aujourd'hui à l’Assemblée nationale en tant Chef de file de l’opposition.

Pour l'opposant Bah Oury, le massacre du 22 janvier 2007 résonne comme un révélateur de la cruauté avec laquelle les répressions politiques sont opérées en Guinée. "Plusieurs dizaines de jeunes gens furent systématiquement fauchés comme des mouches aux abords du Pont Tombo de Conakry ce jour. Le peuple guinéen est profondément résilient et courageux. Les sacrifices qui ont jalonné notre histoire sont nombreux mais jusqu'à présent le but n'est pas atteint. A qui la faute ? Le déficit et la faible qualité du leadership politique expliquent en partie les défaites. Toutefois les bouleversements sociaux, les crises et leurs corollaires à savoir la récurrence des répressions barbares sont le fait de la fin d'un cycle politique marqué par la négation des droits de l'homme et de la gouvernance vertueuse", a commenté Bah Oury sur ces évènements dont la commémoration passe inaperçue de nos jours.

Abdoul Malick Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel : (+224) 669 91 93 06

Créé le Vendredi 22 janvier 2021 à 18:26