Bah Oury tourne le dos au FNDC : "Je ne suis pas d'accord avec les manifestations…"

Guinée

CONAKRY- L'opposant Bah Oury est en profond désaccord avec ses pairs du Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC). L'ancien ministre de la réconciliation se désolidarise de l'appel à manifester lancés par le front anti troisième mandat et le coupe UFDG-ANAD, le 15 décembre jour de l'investiture d'Alpha Condé. Dans cet entretien, cette figure de l'opposition guinéenne explique ses raisons. Le leader du parti UDRG pense qu'il est temps d'observer une pause pour un faire le bilan d'une année d'une lutte sanglante et aller vers la désescalade pour sauver la vie des guinéens. Il n'a pas manqué de titiller l'UFDG de Cellou Dalein Diallo, qui selon lui, en allant aux élections a cautionné le 3ème mandat.

AFRICAGUINEE.COM : Le FNDC ainsi que le couple UFDG-ANAD appelle à des manifestations ce 15 décembre 20, jour de l'investiture d'ALPHA Condé. Etes-vous solidaire de cette démarche ?

BAH OURY : Vous savez, je n’ai pas envie de commenter ce que font d’autres puis que nous n’avons pas la même logique, nous n’avons pas la même stratégie d’éthique et nous n’avons pas les mêmes préoccupations. Dans le contexte actuel notre préoccupation est marqué par le souci que nous avons pour la sécurité dans l’ensemble des citoyens guinéens inquiets par le déferlement de la violence et par l’insécurité chronique qui les amène à craindre pour leur vie, à craindre pour la vie de leurs enfants. Nous avons plusieurs centaines de personnes qui sont incarcérées et vous en avez parmis eux des responsables politiques aussi bien de ceux de ce bord politique dont vous avez évoqué le nom tout à l’heure et aussi bien des responsables du FNDC. Je pense que dans le contexte actuel, il faut trouver les voies et moyens de faire une pause autrement pour sauvegarder la vie et la sécurité de l’écrasante majorité de nos populations. Parce que la violence telle qu’elle s’exprime et qui est instrumentalisée par le pouvoir politique, nous ne pouvons pas avec des mains nues, avec la bonne volonté, avec simplement des populations qui vont être prises pour cible, nous ne pouvons pas continuer à les exposer.

C’est notre point de vue, c’est pour cela, nous marquons notre désaccord total par rapport à cette stratégie dans le contexte actuel. Et ce désaccord est renforcé également par la nécessité de faire le bilan de plus d’une année de mouvements de protestations et aussi le devoir que ceux qui étaient avec nous dans les rangs du FNDC sont allés cautionner et valider le 3ème mandat. On ne peut pas continuer de faire comme si tout cela ne s’est pas passé, au risque d’avoir l’air de se foutre de la vie et de la sécurité de la population guinéenne.

Dans ce cas vous demandez à ce qu’on mette un terme à toutes ces manifestations de rue ?

Il faut faire la politique autrement. Il y’a une chose qui s’est passée récemment. Je salue l’initiative et la capacité d’innovation de ces jeunes activistes qui ont réussi à imposer le respect d’un boycott contre une manifestation culturelle. Dans la mesure où selon eux, cette manifestation culturelle allait dans le sens contraire des intérêts des populations guinéennes notamment en ce qui concerne le silence coupable dont certaines catégories socio-professionnelles ont fait preuve lors de ces répressions massives. Ce boycott silencieux a montré son efficacité. Donc je pense que de plus en plus, il y’a d’autres formes d’actions qu’il faut inventorier pour protéger le maximum de vie des citoyens par rapport à la barbarie que le pouvoir ne se gênera pas de perpétrer contre nos populations. Je rappelle qu’aujourd’hui, c’est la célébration de l’anniversaire du 10 décembre qui est la journée internationale pour les droits de l’Homme. La Guinée a reculé de la manière la plus spectaculaire dans la violence systématique contre les droits de l’Homme dans notre pays. On doit prendre acte de tout cela, inventer et réfléchir à d’autres façons beaucoup plus efficaces pour agir.

Vous auriez déclaré que vous seriez prêts à prendre part à l’investiture du président Alpha Condé si vous êtes invités. Dites-nous pourquoi ?

Tout ce qui peut permettre à ce que le contexte politique puisse évoluer favorablement dans l’intérêt des populations guinéennes. Je ne dis pas dans l’intérêt de quelques clans politiques mais pour celui des populations guinéennes pour que celles-ci puissent respirer, avoir plus de sécurité, avoir plus conscience que le vivre ensemble sera maintenu dans ce pays. Alors nous n’hésiterons pas à agir pour que cela puisse être.

Alpha Condé a indiqué qu’il tend la main à l’opposition. Êtes-vous donc favorable ?

Non, il faut clarifier les choses. Tendre la main peut être un discours, mais il y’ a des conditions. La meilleure manière de faire en sorte que cette politique soit traduite dans le concret et que ça ne soit pas un bluff, il faut agir en posant des actes.

Premièrement, c’est d’aller dans le sens de la désescalade. Cette désescalade signifie de libérer les prisonniers, avoir un discours rassembleur, avoir une démarche qui sécurise et qui rassure l’ensemble des populations guinéennes. Que le vivre ensemble peut être une réalité malgré le contexte trouble dans lequel nous allons.

La deuxième étape après la désescalade, ça c’est un moyen de démontrer qu’une action de bonne volonté, c’est d’aller dans le sens de la mise en place de la dynamique permettant le rassemblement, la concertation de l’ensemble des forces vives de manière organisée, de manière structurée pour pencher sur les questions : pourquoi la Guinée a-t-elle des problèmes sur le plan politique, celui social et institutionnel ? Comment faut-il faire pour remédier à cela pour ramener la quiétude, pour ramener la sécurité, la stabilité ? Et par la suite en conclusion de cette concertation, une feuille de route qui pourrait être l’expression du consensus le plus large possible soit érigée, comme étant l’agenda de l’action politique future dont les uns et les autres devront être soumis. Si c’est dans ce sens, cela vaut la peine.

Mais si c’est pour faire du cinéma ou du théâtre, je ne suis pas de cette partie. J’ai envie que les choses aillent en profondeur parce qu’on a trop trompé les guinéens dans ce pays, on a pris un retard extrêmement important, le contexte régionale est excessivement trouble. C’est la raison pour laquelle aujourd’hui, il faut faire preuve de responsabilité et d’une autre vision, mais malheureusement c’est rarement partagé au niveau de la classe politique tant du côté de l’opposition que du côté du pouvoir.

Certains observateurs estiment que la France a fait un revirement spectaculaire sur le dossier guinéen. Quelle est votre lecture ?

C’est une lecture biaisée d’une réalité internationale. La France à travers le discours de Macron a montré la mise en place et la prise en compte des principes de réalité. La cour constitutionnelle de la Guinée a décidé que M. Alpha Condé est faisant. Dans ce contexte, la France tout comme les autres puissances, notamment européennes ne peuvent que tenir compte de cette réalité et ont exprimé à travers une lettre concise, bien nette et bien claire qu’il faut tenir de conférer avec le président exercice de la république de Guinée.

Ce n’est pas à eux de choisir pour les guinéens puisque la Cour Constitutionnelle de ce pays souverain a pris acte qu’Alpha Condé est président. Ils vont dans ce sens sans pour autant avoir leur faveur et leur assentiment. C’est la même position que l’Union Européenne a exprimé et c’est la position la plus responsable sur le champ politique. Parce que nous avons en interne commis des attitudes dans les rangs de ceux de l’opposition qui sont allés accompagner le 3ème mandat en le validant. Donc, il ne faut pas demander à l’étranger de faire plus que ce que les guinéens n’ont pas fait pour leur pays et pour leur peuple.

 

Bah Boubacar Loudah

Pour Africaguinee.com

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Créé le Vendredi 11 décembre 2020 à 13:36