Enquête-Société : Qu'est-ce qui fâchent les étudiants dans les universités?

Société
Des étudiants rassemblés à l'Université Gamal Abdel Nasser de Conakry
Des étudiants rassemblés à l'Université Gamal Abdel Nasser de Conakry

CONAKRY-Depuis l’instauration de l’état d’urgence sanitaire en Guinée au mois de mars dernier, les frais de transport ont doublé dans les véhicules de transport en commun. Sommés par l'Etat de réduire le nombre de passagers dans les taxis, les chauffeurs ont augmenté le coût du transport pour combler le manque à gagner. Ce qui n'est pas sans conséquences. Les étudiants et élèves ont été les premières victimes de cette hausse.  

Depuis la reprise partielle des cours le 29 juin dernier et générale le 1er septembre, les étudiants ruminent leur colère. Une colère qui a explosé ce lundi 21 septembre. Dans la capitale guinéenne, les étudiants paient cher cette situation. Alors que beaucoup s’attendaient à l’assouplissement des mesures sanitaires, le chef de l’Etat a reconduit le 15 septembre, l’état d’urgence sanitaire pour une durée de 30 jours, sans annoncer des mesures d'assouplissement.

Du coup, les étudiants se sont vus obligés de serrer davantage la ceinture. Nous sommes allés à l’université Général Lansana Conté de Sonfonia pour comprendre davantage ce que ces étudiants endurent. Il est 14h, c’est la pause. Les cours vont se poursuivre jusqu’au soir. Mais ce qui hante certains étudiants qui logent loin, c'est comment rentrer. Vue la somme qu'ils doivent débourser.

Assis sur un banc en béton sous un arbre, Jean Povogui étudiant en Licence 1, Administration des affaires cogite. Il a l'air préoccupé. Il quitte le Km 5 (Dubreka) pour venir suivre ses cours. Pour un aller et retour, il paie une somme de trente mille francs guinéens (30 000FG) comme frais de transport alors qu’avant l’état d’urgence sanitaire, il ne déboursait que 15 000FG.

 « Qu’est-ce que l’Etat pense déjà du coût des transports ? Les chauffeurs prennent trois passagers pour des véhicules de 6 places. Or quand nous venons en salle de classe, nous sommes serrés, les mesures ne sont pas respectées. A quoi sert cette mesure ? Pourquoi c’est dans la voiture seulement qu’on exige la distanciation PHYSIQUE ? Alors, ce que je voudrais dire au chef de l’Etat, c’est de laisser les chauffeurs prendre les gens comme avant la maladie », plaide Jean Povogui.

A quelques mètres de lui, nous rencontrons Rachel Alphée, étudiante en lice 1, sciences politiques. Elle habite dans la préfecture de Coyah à Somayah mosquée. Elle paie quarante-deux mille (42 000 GNF) pour son aller et retour. Selon le programme, cette jeune demoiselle a deux fois cours dans la semaine. Ce qui lui coûte 82 000 FG, dans la semaine.

« Vue la distance, j’estime que c’est normal parce qu’il y a également l’embouteillage, ce qui fait parfois je peux durer sur la route ». Malgré cet état de fait, elle lance un appel à l’endroit des autorités. « Ce que je peux demander à nos autorités, c’est de diminuer le transport. Parce quand on dit deux personnes dans le taxi ce n’est pas arrangeant. Ce n’est pas parce que deux personnes sont dans le véhicule que ça va diminuer le coronavirus. Nous voyons que les marchés sont remplis, malgré ça on ne voit pas de cas de malades. Il y a certains chauffeurs de taxi qui prennent 3 passagers derrière, malgré cela, on paie le même transport. Et cela est dérangeant et fatiguant » fulmine cette étudiante.

Cet autre étudiant rencontré dans la même université a adressé un message au président de la république. Il affirme avoir du mal en s’en sortir à cause du coût élevé su transport. Ce n’est pas tout, il estime désormais que les mesures sanitaires ne peuvent pas être de mise dans les universités à cause de l’effectif pléthorique et de la chaleur dans les salles de cours.

« Avant je payais 12 500 Gnf pour mon aller et retour. Mais depuis que l’état d’urgence sanitaire a été instauré, je paie 25 000 FG. Imaginez-vous aussi, on vient en classe, nous sommes nombreux. Nous sommes assis six (6) par banc et l’Etat nous demande de s’assoir deux dans la voiture. Où est la logique ? Donc je lance un appel à l’endroit de l’Etat pour qu’il revoie cette situation. Il n’a qu’à venir voir dans les universités comment nous nous souffrons dans la chaleur ici. Regardez, vous aussi comment nous souffrons. Dans cette chaleur là on ne peut pas porter de masques sinon on va suffoquer. On peut laver nos mains et venir s’assoir mais porter bavette dans cette chaleur, c’est impossible », martèle Eric Guémou, étudiant en licence 2 science comptable.

La pause est enfin terminée. Nous rencontrons Daouda Sidibé qui dispense des cours en licence 2 science comptable au sein de la faculté des sciences économiques et de gestion. Il se prépare à aller en classe, mais nous l'abordons tout de même. Il confie qu'il quitte Kaloum au centre-ville où il habite. Il paie au minimum 50 000 Gnf pour arriver à l’université.

« Vue la situation des citoyens et surtout les étudiants ce n’est vraiment pas facile. Le transport est exorbitant. Imagine, des étudiants qui quittent jusqu’en ville pour venir à l’université ici, c’est trop exorbitant. Il n’y a aucun moyen qui est alloué aux étudiants... », reconnait Daouda Sidibé.

Après les manifestations estudiantines de ce lundi 21 septembre, la présidence guinéenne a annoncé que des "mesures d’allégement" concernant "les transports publics, bars, lieux de loisirs, boites de nuit, ainsi que les activités sportives et culturelles", seront annoncées ce mardi 22 septembre 2020.

Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664-72-76-28

Créé le Mardi 22 septembre 2020 à 16:32