Fabien Offner d'Amnesty International: "la Guinée doit faire l'objet d'une attention plus soutenue…"

Guinée
Fabien Offner, chercheur au bureau d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale
Fabien Offner, chercheur au bureau d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale

CONAKRY-Fabien Offner, chercheur au bureau d'Amnesty International pour l'Afrique de l'Ouest et l'Afrique centrale vient d'interpeler la communauté internationale sur la situation critique des Droits de l'Homme. Ce défenseur des droits humains appelle les partenaires africains, européens et américains de la Guinée, à agir de façon très claire pour interpeller le Pouvoir actuel.

Dans cet entretien qu'il a accordé à notre rédaction, Fabien Offner auteur d'une récente Tribune qui a largement été commentée, déclare qu'il est choquant de constater que le nombre de personnes tuées lors de marches de l'opposition depuis l'élection d'Alpha Condé est supérieur aux morts de la répression de la grève générale début 2007 sous Lansana Conté, ou au massacre du 28 septembre. Exclusif!!!

 

AFRICAGUINEE.COM : Dans votre récente tribune vous avez déclaré que "10 ans après l'élection d'Alpha Condé, il est temps de faire le deuil de la Guinée promise et de se contenter de celle offerte". Comment êtes-vous arrivé à cette conclusion ?

FABIEN OFFNER : Cette conclusion se base sur le fossé que l'on peut constater entre l'espoir qu'a incarné Alpha Condé lors de son élection en 2010, et son bilan en matière de droits humains 10 ans après. L'espoir était grand que le nouveau pouvoir mette fin à l'impunité qui a caractérisé les régimes précédents, et qu'il soit mis fin à la banalité du recours excessif de la force par les forces de défense et de sécurité lors des rassemblements.

Malheureusement le constat est que l'impunité perdure, qu'il s'agisse du massacre du 28 septembre 2009, au sujet duquel les promesses de procès sont jusqu'à présent non tenues, ou de la justice pour les personnes tuées dans les manifestations. Les circonstances et le contexte ne sont pas les mêmes, mais il est choquant de constater que le nombre de personnes tuées lors de marches de l'opposition depuis l'élection d'Alpha Condé est supérieur aux morts de la répression de la grève générale début 2007 sous Lansana Conté, ou au massacre du 28 septembre.

Votre organisation Amnesty International et d'autres tels que Human Rigths Watch, la FIDH ont à maintes reprises alerté, dénoncé et condamné les graves violations des droits humains en Guinée ces derniers mois. Mais la situation s'est dégradée davantage allant jusqu'à empirer. Avez-vous le sentiment de prêcher dans le désert d'où votre appel à faire le deuil ?

Cet appel à faire le deuil n'est pas un abandon, au contraire. C'est un appel à être clairvoyant sur la situation actuelle des droits humains dans le pays, et à agir en conséquence. La situation au Sahel capte beaucoup l'attention des médias et de la communauté internationale à juste titre, mais la Guinée doit faire l'objet d'une attention plus soutenue.  Ses partenaires africains, européens et américains doivent exprimer de façon très claire que le pouvoir actuel va dans la mauvaise direction, et qu'en 2020, réprimer dans le sang des manifestations, arrêter et détenir arbitrairement des opposants à un projet politique controversé ne peut pas constituer la promesse d'un quelconque avenir meilleur en faveur des droits humains.

Les exemples à suivre devraient être les meilleures, non les pires. Les actions à mener vers lesquelles les différentes forces d'influence devraient aujourd'hui converger est la mise en place d'une juridiction indépendante chargée d'enquêtes sur les circonstances dans lesquelles de nombreuses personnes ont été tuées ou blessées ces dernières années lors de rassemblements de l'opposition ou pour de meilleures conditions de vie.

La candidature annoncée d'Alpha Condé à la prochaine présidentielle n'augure pas des lendemains rassurants pour les droits humains en Guinée lorsqu'on sait que le FNDC a repris ses manifestations. Selon vous qu'est-ce qu'il faut pour éviter de nouvelles violences ?

La responsabilité première est celle des autorités guinéennes, qui doivent garantir le droit à la liberté de rassemblement pacifique. Cela n'a pas été souvent le cas lors des marches du FNDC. L'argument du risque de trouble à l'ordre public souvent utilisé pour justifier l'interdiction des manifestations est une notion vague, et les Nations-Unies ont récemment montré dans un avis juridique les conditions dans lesquelles des marches pouvaient être interdites. Et le contexte guinéen ne se prête pas à des interdictions motivées par la sécurité nationale, par exemple.

La responsabilité des autorités et aussi de faire en sorte que des membres des Forces de Défense et de Sécurité ne participent pas à des opérations de maintien de l'ordre munis d'armes de guerre, et qu'elles ne les utilisent pas contre leurs concitoyens. C'est malheureusement le cas aujourd'hui, mais les autorités préfèrent nier en dépit des dizaines de témoignages et de vidéos. Penser qu'on risque aujourd'hui sa vie en Guinée à chaque fois qu'on manifeste est une grave anomalie dans un pays qui se présente comme démocratique.

 

Entretien réalisé par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tél. : (00224) 655 311 112

Créé le Jeudi 13 août 2020 à 13:19