Madifing Diané révèle : "L'ambassadeur des Etats-Unis m'a dit…"

Guinée
Madifing Diané, Gouverneur de la région de Labé
Madifing Diané, Gouverneur de la région de Labé

CONAKRY-Le Gouverneur de Labé vient de briser le silence sur les violences qui ont secoué sa région pendant les manifestations contre le référendum constitutionnel. Interrogé ce samedi 8 août 2020 par notre correspondant dans la région, Elhadj Madifing Diané a levé un coin sur les conséquences de ces violences sur le développement de la région. Dans cet entretien, Madifing Diané est resté droit dans ses bottes. Malgré les critiques d’une partie de l’opinion, la première autorité de la région de Labé dit n’avoir « aucun regret ».   

 

AFRICAGUINEE.COM : Labé a connu des évènements douloureux pendant les manifestations contre le référendum constitutionnel. La paix qui règne actuellement dans la région signifie t-elle que les tumultes politiques sont désormais dans le passé ? 

MADINFING DIANE : Nous rendons grâce à Dieu et je le prie qu’il renforce le calme, la paix dans cette région. J’ai la ferme conviction qu'en renforçant la paix et l’amitié dans cette région, je suis convaincu que son développement sera vite accéléré. Il ne faut pas oublier qu’à la date d’aujourd’hui, la région de Labé a le taux de pauvreté le plus élevé 65%. Tout cela est occasionné quelque part par des querelles politiques. Les administrateurs qui viennent sont préoccupés à défendre leur fauteuil (…). 

En préservant la paix, ça donnera l’opportunité aux administrateurs de réfléchir sur la lutte contre la pauvreté surtout avec l’installation actuelle de l’ANAFIC (Agence nationale de financement des collectivités, Ndlr). Je suis très heureux de vous informer d’ailleurs que les 85% des projets sont presque entièrement réalisés. Bientôt la remise officielle, bien que dans certains endroits, les préfets peuvent permettre la mise à disposition aux bénéficiaires parce que les besoins sont imminents, nous ne pouvons pas attendre une cérémonie alors que le besoin est là

Les troubles enregistrés dans la région laissent encore des traces sur l’administration. Certains préfets et sous-préfets ne sont pas encore en poste. A Lelouma par exemple, c’est la notabilité qui est venue le chercher. Qu’en dites-vous ? 

J’avais accueilli avec grande joie la demande de la notabilité de Lélouma. En réalité, le préfet n’avait pas fui, il n’avait pas aussi abandonné son poste, mais il avait peur pour sa sécurité. Dans ces conditions, la présence des notables et des représentants de l’ensemble des populations, nous a rassurés. Nous avons salué avec beaucoup de joie cette démarche de cette population de Lélouma. Les choses sont rentrées dans l’ordre. Une forte délégation a raccompagné le préfet à son poste. Actuellement tout a l’air normal bien qu’il y a encore quelques difficultés. Actuellement il est en poste, il fait des va et viens.  

Qu'en est-il des sous-préfets ? 

Ils ont quitté, chacun s’est senti menacé. C'est pourquoi ils n’ont même pas attendu une instruction, ils ont abandonné. J’ai regardé ça avec beaucoup de mépris. Parce que c'est eux qui doivent rassurer les gens. Mais s’ils sont les premiers à quitter. Il est évident qu'il y a l’incertitude. Mais Dieu merci, à la date d’aujourd’hui tous les sous-préfets sont à leur poste.

Avec le recul avez-vous un sentiment de regret avec tout ce qui s'est passé et les propos qui ont été tenus de part et d'autre ? 

Le Gouverneur de regrette rien. Il est vrai que quand on est en colère on perd la raison. Mais Dieu soit loué, je n’ai jamais perdu la raison en m’exprimant. Je ne regrette aucun mot, aucune virgule des propos que j’ai eus à tenir parce que ça repose sur la réalité. Je dis, je répète encore, je remercie Dieu pour le calme que nous sommes en train de vivre, condition de tout développement.

Depuis ces évènements jusqu’aujourd’hui aucun ambassadeur n’est venu visiter notre région. Ils disent que la région est dangereuse, elle est incertaine. L’ambassadeur des Etats-Unis décédé récemment, il était à 48heures pour nous rendre visite quand ces évènements malheureux ont éclaté. Il a pu me joindre pour me demander de prendre en charge ses compatriotes pour leur retour à Conakry parce que la région est dangereuse. Voilà l’image qui a été collée à cette région et à sa population. Une région de violence avec une population violente. Nous sommes contents que les choses soient rentrées dans l’ordre et que les gens aient compris que ce n’est pas la solution.

Le FNDC (Front national pour la défense de la Constitution, Ndlr) n’est qu’une ONG non autorisée, le deuxième parti du pays, un parti aussi important que l’UFDG qui accepte de se fondre dans une ONG, organisation non gouvernementale qualifiée d’apolitique et à but non lucratif qui s’installe dans la politique. Un parti comme l’UFDG qui renonce à son droit pour se confondre dans une ONG de cette nature et saccager sa région, parce Labé c’est le fief de l’UFDG. Donc je ne regrette aucun propos. Je prie Dieu qu’ils comprennent que c’est l’autodestruction, c’est l’implosion de la région qui a été orchestrée par le FNDC qui a entrainé dans son sillage un parti aussi important qui est l’UFDG. 

Dans la foulée de ces évènements, vous avez interdit à près de 600 touristes de fouler la région de Labé alors qu'il y avait des avantages en jeu. Pourquoi ? 

Non ! Ça n’a jamais été une restriction. Aucun administrateur ne pouvait avoir la prétention de dire qu’il pouvait sécuriser 660 étrangers sur ce sol dans le climat que nous connaissions à cette période. Qui va se donner la prétention de dire à l'époque qu'il pouvait les sécuriser ? Je suis celui qui a organisé la visite de Thierry Sabine ici. Le premier rallye ici en 1981, j’étais directeur de la sureté de Labé malgré l’état du régime de l’époque. Il y a eu des violences sur quelques touristes, des vols de biens de certains, mais avec la rigueur et l’engagement des PRL de l’époque, les biens volés ont été retrouvés et les auteurs arrêtés. Nous ne sommes plus dans ce schéma. Amener 660 touristes de nationalités diverses avec la violence qui était là, c’était un risque qu’il ne fallait pas prendre. Aujourd’hui c’est possible, le climat est bon. Ce que tout le monde doit comprendre la violence n’est pas la solution à ces questions politiques. Elles sont passagères.

 

Propos recueillis par Alpha Ousmane Bah (AOB)

Pour Afrcaguinee.com

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Créé le Samedi 08 août 2020 à 19:09