Boubacar Diallo "Grenade" : "Pourquoi j'ai entamé une grève de la faim…"

Interview
Boubacar Diallo "Grenade"
Boubacar Diallo "Grenade"

CONKARY-Le célèbre prisonnier, Boubacar Diallo dit "Grenade" vient d'entamer une grève de la faim en prison. Condamné en mars 2018 à 10 ans de prison, cet ancien militant de l'union des forces démocratiques de Guinée (UFDG), présenté comme l'auteur des tirs contre des manifestants, est a à sa troisième année de détention.

"Grenade" dénonce la violation de ses droits en prison. Se considérant toujours comme "innocent" dans l’affaire pour laquelle il est condamné, il adresse un message particulier au président Alpha Condé. Nous avons pu l'interroger.

 

AFRICAGUINEE.COM : Pourquoi avez-vous décidé d'entamer une grève de la faim ?

BOUBACAR DIALLO "GRENADE" : Depuis ma détention à Kindia, certains médecins qui me consultaient avaient émis le souhait de me voir traité dans un hôpital. Une demande qui n’a jamais été acceptée jusqu’à ce que je sois transféré à la prison de Conakry. A mon retour à Conakry, mon dossier était vide. Malgré tout, j’ai été condamné à 10 ans de prison. Les 10 ans que je suis en train de purger, je me demande pourquoi je purge cette peine, parce que durant tout le procès aucune preuve n’a été trouvée, aucune trace en lien avec ce qu’on me reproche a été trouvée ou brandie. C’est pourquoi je vous dis je ne sais pas pourquoi je suis retenu en prison encore.

Vous étiez poursuivi pour assassinat de manifestants quand même…

C’est vrai aujourd’hui je vis des jours pénibles, mais le temps a montré à l’opinion de façon claire ce qui se passe. Toutes les charges retenues contre moi sont des accusations gratuites. Je suis à ma troisième année de détention mais personne n’a fait encore un témoignage pour dire qu’il m’a vu frapper quelqu’un dans une manifestation à plus forte raison le tuer. On a tué beaucoup de gens pendant ma détention, plus qu’au temps où j’étais libre. Je pense que le temps est en train de juger.

Ceux qui avaient suivi le dossier n’avaient pas d’arguments solides dans ces accusations. On devait prononcer un non-lieu pour insuffisance de preuve. Malheureusement j'ai été condamné. Après la condamnation suite à l’appel de mon avocat, on m’a présenté deux fois à la cour d’appel, la dernière fois quand je suis allé, finalement l’avocat général avait dit qu’il y avait des témoins qui doivent venir, l’affaire a été renvoyée pour 2 semaines. Depuis, ça fait plus d’un an aujourd’hui, on ne m'a plus rappelé à la Cour d’Appel. Je ne sais plus où se situe mon dossier.

Je me demande également pourquoi je n’ai pas le droit d’aller à l’hôpital comme tout autre détenu. Je vois des détenus ici qui vont à l’hôpital chaque fois qu’ils expriment le besoin. Des gens qui ont des peines plus lourdes que les miennes, mais ils sont permis d'aller à l’hôpital. Moi je n’ai pas ce droit. C’est seulement le médecin-chef de la prison qui s’occupe de moi jour et nuit ici. Je le remercie de passage. Sans lui peut-être que je ne serais pas en vie aujourd’hui.  

De quoi souffrez-vous ?

Je suis asthmatique et j’ai des problèmes cardiaques, c’est les raisons pour lesquelles, le médecin de la prison me donne des soins.

Est-ce qu’il y a eu une demande officielle pour vous permettre de bénéficier de soins appropriés ?

Ils n’ont jamais accepté ça, ils le savent, j’ai signalé ça au directeur, le régisseur aussi est aussi informé que je dois aller à l’hôpital pour suivre mes soins. Je veux que tous mes droits soient respectés ici, c’est pourquoi je déclenche cette grève de faim. J’ai vu des détenus qui ont recouvré leur liberté alors qu’il y avait de quoi les reprocher. En ce qui nous concerne, on est laissé ici. Pourquoi nous les innocents nous restons en prison ?

Un dernier mot ?

J’ai un message particulier pour le Chef de l’Etat. En prenant la signification des initiales de son nom ALPHA CONDE (Aimer Longtemps Par les Hommes Africains en tant que Chef des Organisations Noires pour le Développement Economique). C’est dans cette douleur que j’endure que j’ai compris qui il est réellement. Je le prie de m’aider à recouvrir ma liberté, je suis innocent. En tant que président n’écoutez pas les rumeurs et les allégations qui circulent autour de ma personne, j’insiste encore je suis innocent dans cette affaire. Je garde encore l’esprit d’unité et de la paix. Je ne considère personne comme ennemi, je n’ai pas d’ennemis.

 

Interview réalisée par Alpha Ousmane Bah (AOB)

Pour Africaguinee.com

Tél. :  (+224) 664 93 45 45

Créé le Jeudi 06 août 2020 à 11:15