Covid-19 en Guinée : les confidences du ministre Rémy Lamah...

Epidémie de Coronavirus en Guinée

CONAKRY-La Guinée affine sa stratégie pour enrayer la transmission du Covid-19 ! Alors que le pays avoisine les 4000 cas positifs de Coronavirus, le ministre de la Santé annonce le lancement d’un nouveau programme visant à stopper l’épidémie en 60 jours. Dans cet entretien, le colonel Rémy Lamah parle également de l’usage de l’ Hydroxychloroquine dans le traitement des malades. Il a également été question des revendications des médecins. Entretien exclusif !!!

 

AFRICAGUINEE.COM : La France a banni l’utilisation de l’Hydroxychloroquine dans le traitement des malades du Covid-19. L’abandon de ce produit est-il d’actualité chez nous en Guinée ?

COLONEL REMY LAMAH : Nous en avons discuté au cours d’une réunion virtuelle. On en a également évoqué avec les représentants de l’OMS (organisation mondiale de la santé) qui est le patron des partenaires techniques et financiers. On a soumis la question à l’appréciation de la commission scientifique présidée par le Pr Yolande. Dans les jours qui suivent, ils vont se prononcer  pour voir qu’est-ce que la Guinée va pouvoir faire par rapport à cette nouvelle mesure concernant l’usage de l’hydroxychloroquine. Mais pour le moment rien n’est encore arrêté. C’est toujours le protocole du Pr Raoult qu’on est en train d’utiliser.

Les médecins engagés dans la lutte contre le Covid-19 demandent une amélioration de leur prime et de leur condition de travail. Où en êtes-vous dans la résolution de cette demande ?

La plateforme revendicative s’articulait sur une dizaine de points. Malheureusement la note revendicative était anonyme, elle n’avait pas de signataires. Qu’à cela ne tienne, M. le Premier ministre nous a instruit d’appeler le responsable de la prise en charge puisqu’il y avait des aspects techniques qui pourraient être réglés à  leur niveau sans que nous ne nous impliquions directement au niveau politique. Maintenant l’aspect lié à l’amélioration de la prime, on en a débattu (…). On leur a dit que les primes qu’on leur a données incluaient le transport. Mais ils sont pris en charge lorsqu’ils sont dans les CTEPI.

On était en négociation pour ces différentes primes et des propositions ont été faites qu’on a transmis au premier ministre pour avis. Pendant qu’on était en négociation par rapport à la première plateforme revendicative, ils ont fait encore une autre revendication où ils menaçaient de quitter les CTPI si rien n’est fait dans les 72 heures qui suivaient. Dans cette revendication, ils demandent de les attribuer des bus. Nous avons retenus ces problèmes de bus et également ils ont évoqué des problèmes de logements. La même revendication n’était pas signée, elle était anonyme. Nous avons discuté et à l’issue de notre rencontre avec professeur Sow qui est le directeur du CTPI de Donka, docteur Awada responsable de la commission prise en  charge  plus le DG lui-même et naturellement le secrétaire général du ministère de la santé et moi-même, nous nous sommes rendu compte qu’il y a eu vice de forme.

Quand Alima recrutait son personnel, elle a fait signer des contrats à toutes les personnes qu’il a recruté par contre ceux qui ont été recrutés par l’Agence, il n’y a pas eu de contrat. Si vous avez remarqué, les revendications c’est seulement au niveau de Donka, et là aussi c’est une partie du personnel qui se plaint, mais pas tout le personnel. Donc ceux de l’agence n’ont pas signé de contrat. S’il y a avait un contrat par les parties, vous conviendrez avec moi qu’il n’ya aurait pas eu ces cris parce qu’ils auraient d’abord lu le contenu du contrat avant de s’engager.

Lors de notre première rencontre, je leur avais dit que nous sommes ouverts  aux critiques mais pourvu qu’on assume quand il y a revendication et qu’on sache qui sont ces signataires. Nous sommes en train d’examiner la nouvelle plainte pour voir dans quelles mesures qu’est-ce qui est possible d’être fait. Ce processus est en cours. Peut-être plus tard le lundi des décisions vont être prises avec le premier ministre et le comité interministériel contre la COVID-19. Mais pour le moment nous ne sommes arrivés à arrêter quelque chose par rapport à l’aspect prime.

Tous les jours nous constatons que les villes de l’intérieur du pays enregistrent des cas de contaminations par des personnes venues de Conakry. Ce qui démontre que les mesures de confinement de Conakry ne sont pas respectées. Est-ce qu’il y a des mesures supplémentaires qui sont envisagées pour contenir la population dans la capitale afin d’éviter la contamination des zones épargnées par l’épidémie ?

C’est une question intéressante ! Mais vous savez, nous guinéens sommes très difficiles. Au départ quand nous avions mis des barrages avant Coyah, cela a été beaucoup critiqué. Tout le monde sait ce qui s’est passé après que ces barrages aient été érigés. Les barrages ont été déplacés vers Coyah sur la route national, Conakry-Mamou, le barrage a été mis au niveau de Kouria ; également il y’a Wonkifon et Bawa du côté de Dubréka. Mais on ne peut pas être blanc comme neige. Les gens au niveau de ces barrages, quoi que vous fassiez, il est fort probable qu’il y ait des complicités au niveau de ces barrages pour aider certaines personnes à sortir sans qu’elles n’aient présenté les dérogations d’autorisation de sortie. C’est fort possible.

C’est le cas par exemple du vieux dont vous parliez qui est décédé vers Macenta qui est parti à Nzérékoré. Moi-même je suis témoin de faits sur ce cas. Ce sont des gens qui sont venus vers moi pour dire que leur vieux est malade  et qu’ils veulent l’envoyer à N’zérékoré. Alors je leur ai dit que la procédure est très simple, il s’agit de lui faire faire le test du covid-19  et à l’issue de cela, si le résultat est positif on le prend en charge et si c’est négatif on leur donne l’autorisation de sortir  pour envoyer le vieux à N’zérékoré  comme vous estimez que rien n’est plus possible pour lui à Conakry. Ils ont été au laboratoire et il a été prélevé mais malheureusement ils n’ont pas attendu les résultats. Ils sont sortis, je ne sais pas comment. C’est après que j’ai appelé un des leurs pour lui demander comment ça s’est passé, il me dit malheureusement que le vieux est décédé. Mais avant qu‘ils se sont débrouillés à sortir et que le vieux est décédé vers Macenta. Cela m’a interpellé et aussitôt j’ai appelé le préfet de N’zérékoré, le DRS et le DPS et des dispositions ont été prises. Heureusement pour nous que le corps a été directement transporté vers l’hôpital de N’Zérékoré. Ses résultats de dépistage se sont révélés positifs au COVID-19. On Les gens qui ont envoyé le corps ont été interpellés pour que des dispositions soient prises à leur niveau.

Vous envisagez de lancer une nouvelle campagne dénommée « stop Covid-19 en 60 jours ». Parlez-nous-en !

C’est l’ANSS en partenariat avec nos partenaires qui sont sur le terrain et bien entendu le ministère de la santé  qui projettent ce programme pour stopper cette maladie en 60 jours avec de nouvelles stratégies qui vont être mises en place. Des agents communautaires vont être recrutés pour la cause. Vous savez, les cas confirmés sont classés par quartiers, ces stratégies vont être mises en œuvre pour procéder à des micros confinements dans des zones où des cas vont être signalés afin de procéder à leur suivi à domicile.

L’objectif est la détection précoce des cas de Covid-19 au niveau communautaire, identifier tous les contacts liés aux cas confirmés pendant les 14 jours. A la suite de ça, confiner tous les contacts des cas confirmés au sein de la communauté. Suite au confinement, ils vont procéder au dépistage de tous les contacts entre le 12ème et 14ème jour de leur suivi. Procéder à la sensibilisation des familles confinées sur le respect des mesures de barrière sanitaire. Il y aura également un accompagnement au niveau de ces familles. Sur plan, le PAM (programme alimentaire mondiale) se propose de nous aider dans ce sens par rapport à l’appui alimentaire. Il est prévu également la prise en charge des cas communautaires asymptomatiques.

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Dimanche 31 mai 2020 à 17:35