Ramadan, fermeture des mosquées, Coronavirus: Elhadj Badru Bah parle...

Interview
Elhadj Badru Bah, grand imam de Labé
Elhadj Badru Bah, grand imam de Labé

CONAKRY-La Guinée a entamé le jeûne du mois de ramadan ce vendredi 24 avril 2020 dans un contexte de crise sanitaire aigue due à l’épidémie de Coronavirus. Une situation exceptionnelle qui a amené les autorités du pays à prendre des mesures barrières drastiques dont la fermeture des mosquées. Africaguinee.com a interrogé le grand imam de la mosquée de Labé, Elhadj Badrou Bah.  Interview exclusive.

AFRICAGUINEE.COM : Cette année le mois saint de ramadan arrive dans un contexte sanitaire  très difficile. Pour éviter la propagation de l’épidémie de Coronavirus, les autorités ont interdit tout rassemblement dans les mosquées qui demeurent fermées. Quelle est votre réaction ?

ELHADJ BADRU BAH : Au nom de Dieu clément et miséricordieux, louange à Allah, Seigneur de l’Univers. De prime à bord, nous vous remercions pour l’intérêt que vous portez sur tous les sujets préoccupants de l’actualité pour permettre aux gens de bien comprendre. Aujourd’hui, parmi les sujets qui interpellent et qui fait objet d’inquiétude et de préoccupation, c’est le contexte dans lequel le jeûne du mois de ramadan trouve les fidèles musulmans cette année. C’est sûr et certain qu’actuellement, cette maladie de Coronavirus préoccupe tout Homme et partout dans le monde. Mais chez nous les musulmans, nous avons une double inquiétude. Puisque si on dit au fidèle musulman de s’abstenir de se rendre à la mosquée, la maison de Dieu où il peut se refugier pour implorer le pardon, la grâce divine, c’est vraiment un sujet préoccupant.

Comme vous l’avez rappelez, cette année le mois de ramadan vient trouver que nous sommes dans une période d’épidémie. Or, le gouvernement a dit que parmi les facteurs de propagation de la maladie, il y a les attroupements. Chez nous, Dieu merci les fidèles musulmans fréquentent beaucoup les mosquées, ils se rapprochent pour adorer Allah, s’acquitter de leur obligation religieuse. Mais si les autorités et les spécialistes de la santé s’accordent sur le  fait que les attroupements constituent un facteur d’expansion de la maladie, l’islam aussi n’aime pas que les Hommes s’exposent à des dangers. L’islam promeut et encourage que les hommes soient en bonne santé pour qu’ils puissent adorer davantage Allah le Tout-Puissant. Donc, les fidèles musulmans doivent accepter d’être des protecteurs.

C’est pourquoi plusieurs pays sont d’accord que les fidèles acceptent de rester à la maison, prier là-bas et éviter les mosquées. Chez nous aussi, nous sommes d’avis. Le ramadan est venu nous trouver dans cette situation. Nous disons que c’est l’inquiétude qui s’accentue davantage. Le mois saint de ramadan est une période de moisson pour le fidèle musulman. La rétribution dans l’accomplissement des bonnes œuvres et des actes d’adoration est multipliée. Donc le souhait aurait été que le fidèles se retrouvent pour faire les prières surérogatoires ensemble et adorer Dieu. Mais puisque cette situation vient trouver que même les cinq prières obligatoires étaient interdites dans les mosquées, nous prions chacun d’accepter. Et tournons-nous vers Allah pour le prier afin qu’il nous accorde sa grâce et sa protection. Que chacun accepte de rester chez soi, mobiliser sa famille après la rupture du jeûne et la prière d’ichaou (20h), faire ensemble la prière du Nafil à domcile.

Allah n’abandonne jamais le musulman. Peut-être que s’il nous a imposé cette situation, c’est pour qu’on se tourne davantage vers lui et qu’on encadre nos familles en leur montrant le bon chemin. Prions Dieu de nous aider à faire disparaître cette maladie. Il le fera.

Certains émettent des critiques à l’endroit du gouvernement en faisant un parallèle entre la fermeture des mosquées et l’ouverture des marchés qui sont aussi des lieux de rassemblement. Qu’en dites-vous ?

C’est certain que le fidèle musulman, il pose des actes pour se protéger et aider à protéger les autres pour ne pas qu’il soit un facteur de propagation de la maladie. Toutefois, il est surprenant de constater que les mosquées sont fermées alors que les marchés sont ouverts et chacun rentre et sort comme il veut. Cela est étonnant. Quoique, nous les musulmans savons que la fermeture des lieux de cultes contribue à protéger certains. Et nous demandons au gouvernement de faire très attention par rapport aux actes qu’il pose concernant cette pandémie.

Est-ce qu’au temps du prophète Mahomet (PSL) les fidèles ont été confrontés devant une situation similaire ?

S’adossant sur les écrits, nous disons qu’il y a eu une pandémie similaire. Pour être bref, prenons un exemple sur les compagnons du prophète lorsqu’ils ont envisagé de se rendre à Sham. Je précise que c’était après le Prophète. Ils sont partis jusqu’à un endroit où ils ont été informés qu’il y avait une maladie mortelle contagieuse dans ce pays. Ils se sont disputés entre continuer le voyage ou rebrousser chemin. Après ils se sont tournés vers les hadiths du prophète (PSL) sur cette situation. Le prophète a dit : « Si une maladie contagieuse se déclare dans un lieu, tu n’es pas malade, abstiens-toi de t’y rendre. Si tu te trouves dans cette partie où la maladie s’est déclarée, ne bouge pas pour aller dans des endroits épargnés ». 

Ça signifie quoi ? Partout où une épidémie s’est déclarée, ne prend pas de risque d’aller là-bas, à plus forte raison d’être exposé à une contamination. Et lorsque tu es dans un endroit touché, ne prend pas non plus le risque de bouger de cet endroit pour aller contaminer d’autres contrées épargnées. Mieux parmi les choses qui peuvent empêcher les fidèles de se retrouver  à la mosquée, il y a la peur et la maladie surtout si celle-ci est contagieuse. Donc, se fondant sur ces exemples, on peut dire qu’au temps du Prophète (PSL), il y a eu des maladies qui ont empêché les fidèles de se rassembler dans les mosquées.

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Afrcaguinee.com

Tel : (00224) 655 311 112

Créé le Vendredi 24 avril 2020 à 17:13