Guinée: les aviculteurs, victimes collatérales du confinement de Conakry...

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Ibrahima Baldé, président de la Confédération Nationale des Acteurs du Secteur Socioprofessionnel de l'élevage en Guinée (CONASEG)
Ibrahima Baldé, président de la Confédération Nationale des Acteurs du Secteur Socioprofessionnel de l'élevage en Guinée (CONASEG)

CONKARY-Pour éviter la propagation de la pandémie au covid-19, le président Alpha Condé a pris un décret annonçant le confinement de la capitale guinéenne du reste du pays. Cette décision présidentielle qui donne autorisation à la libre circulation des marchandises de Conakry aux villes de l'intérieur et vice-versa est mal appliquée sur le terrain. Les fermiers par exemple sont impactés négativement. Ils interpellent le président de la République. 

Interrogé par Africaguinee.com, le président de la Confédération Nationale des Acteurs du Secteur Socioprofessionnel de l'élevage en Guinée (CONASEG), a expliqué les difficultés auxquelles ils font face depuis ce décret, qui selon lui souffre de bonne application sur le terrain par les services de sécurité. Entretien avec M.  Ibrahima Baldé.

 

AFRICAGUINEE.COM : Parlez-nous des difficultés auxquelles vous êtes confrontés depuis le confinement de Conakry ?

IBRAHIMA BALDE : Aujourd'hui les acteurs du secteur de l’élevage ont des problèmes d'accès à nos fermes. Les éleveurs que nous sommes, nous n'arrivons plus à approvisionner nos fermes en aliments. Et nous  n'arrivons  plus à drainer nos productions vers les marchés. Parce que la plus part des fermes avicoles ne se trouvent pas à Conakry. Elles sont dans les préfectures de Dubreka, Coyah Maférinyah et d'autres villes de l'intérieur. Donc du fait qu'il y a beaucoup de barrages à ces différents endroits, c'est très compliqué pour nous acteurs de l’élevage.

Quelles conséquences cela entraîne-t-il dans vos activités ?

Les conséquences sont très importantes parce que nous, nous travaillons avec les vivants. Vous savez, les animaux c'est comme les humains. Ils doivent manger et boire de l'eau. Et donc lorsque vous n'arrivez pas à les nourrir toute la journée, ils risquent de mourir. Et lorsque qu'ils ne reçoivent pas la ration alimentaire normale, cela peut conduire le fermier vers une perte de productivité.

Il faut aussi signaler que le fermier vit du jour au jour. C'est ce qu'il récolte qu’il  revend pour ramener des aliments à ses animaux.

Est-ce que cela va entrainer une autre crise?

Effectivement, cela peut amener à une crise alimentaire dans les mois à venir dans le pays parce que mettre en risque et péril tout un secteur qui contribue à nourrir la population, cela peut entraîner une autre crise alimentaire et aussi économique  qui n'est pas liée au Covid-19.

Est ce que le décret de confinement de Conakry vous donne l'autorisation de circuler?

Bien sûr ! Le décret autorise la libre circulation des marchandises. Les agents des services de sécurité doivent savoir que les produits d'élevage (bœufs, poulets, le lait...) sont aussi des marchandises. Ce n'est pas parce qu'une marchandise n'est pas en carton ou venue de l'extérieur que l'on ne doit pas la considérer comme telle.

Qu'est-ce que vous sollicitez auprès des autorités guinéennes ?

Ce que nous demandons à l'État, c'est de faire en sorte que les acteurs évoluant dans ce secteur puissent avoir la possibilité de circuler librement pour permettre d'entretenir leurs animaux. On ne peut pas mettre en jeu la vie de ces animaux, il faut que l'on puisse les nourrir. Il y a eu beaucoup d'investissement qui ont été faits ces dernières années. A ce rythme, on risque de voir tout ça tomber à l'eau.

Et on ne peut pas séparer les éleveurs de leurs vivants (animaux). La plus part des éleveurs n'ont pas leurs propres camions. Il y a des produits marchands que l'on met dans des minibus ou des camions frigorifiques. Ce n'est pas parce qu'il y a beaucoup de camions qui sortent pour envoyer de la marchandise que l'on doit considérer que ce sont eux seulement qui sont des transporteurs de marchandise.  Nous autres  de l’élevage aussi nous ne sortons pas pour aller faire du tourisme. Donc je voudrais demander à l'État de nous faciliter le travail. C'est vrai, il faut protéger la population, mais il faut aussi protéger aussi ce que nous avons.

 

Entretien réalisé par Siddy Koundara Diallo

Pour Africaguinee.com

Tel: (00224) 664 72 76 28

Créé le Vendredi 17 avril 2020 à 10:45