Guinée: Quand le COVID-19 risque de provoquer une crise de viande...

Reportage
Viande bovine
Viande bovine

LELOUMA-A l’instar des autres pays de la planète, en Guinée la propagation du coronavirus continue d’impacter les différents secteurs d’activités. Dans la région de Labé, région où les populations vivent essentiellement du commerce, de l’élevage et de l’agriculture, les activités sont au ralenti surtout lorsqu’un premier cas de Covid-19 a été notifié.

Thiaguel Bori, le plus grand marché à bétails dans la région de Labé présente un visage méconnaissable. Habituellement, ils sont des centaines de personnes à affluer vers ce marché afin de s’approvisionner en bétails pour diverses raisons. Ce centre de négoce a été  fermé depuis deux semaines alors que c’est des centaines de bêtes (bovins, caprins, ovins) qui y étaient vendues chaque dimanche, jour du marché. Cette fermeture laisse derrière un milieu désert et des activités à l’arrêt. Les convoyeurs et les vendeurs de bétails sont éprouvés par la situation qui prévaut.   

Habituellement, le marché hebdomadaire de Thiaguel Bori, situé dans la préfecture de Lelouma grouille de monde. Certains arrivent sur les lieux 24h ou 48 heures avant le jour du marché pour acheminer les bêtes à vendre. Depuis l’annonce de la fermeture du marché l’ambiance habituelle n’y est plus ! Certains redoutent une crise majeure de viance.

«  C’est une vie difficile parce que ce marché constitue le poumon économique de la commune, mais à cause de la pandémie qui secoue le monde, nous avons jugé utile de le marcher pour éviter les regroupements. Les risques sont énormes  surtout les gens arrivent de tous les coins du pays pour acheter les animaux. La crise est déjà là en termes d’animaux à abattre pour approvisionner les boucheries. Ce matin j’étais confronté à des marchands de bétails qui voulaient faire transiter des vaches. Mais j’ai fait savoir à ces gens que la mesure ne fait pas exception, ils n’ont qu’à se soumettre. Le marché reste fermé. Le marché de condiments est ouvert à moitié pour les populations locales mais il est fermé pour des gens venus d’ailleurs pour l’instant afin d’éviter un mélange des personnes dans notre zone. Malgré tous des gens viennent dans la clandestinité, ils abandonnent les véhicules loin pour marcher. Ils viennent de Labé et de Popodara le plus souvent, nous les refoulons tous les jours. Nous avons informé le syndicat que nous ne voulons pas d’un véhicule de transport avec des passagers ici. À cela s’ajoute l’interdiction des mouvements de foule dans les cérémonies et même les cafés. Nous avons demandé à ce que l’essentiel se fasse seulement avec les parents proches » explique le maire de la commune rurale de  Thiaguel-Bori

Alhassane Diallo, vendeur de bétail admet difficilement cette mesure : «  présentement nous vivons une période difficile, si le secteur ou tu travailles pour nourrir ta famille est touché, ça veut dire que c’est dur. Fermer le marché à bétail est autre chose ; il faut trouver les moyens d’assurer le minimum de service. Sinon la maladie qui fait peur va tuer certes mais la famine fera plus de victimes. Si on ne peut pas acheter des condiments, on ne peut pas acheter ou vendre de la viande, nous sommes confus. Nous savons que les autres marchés fonctionnent sans problème. Nous avons beaucoup de bêtes à vendre mais on ne peut pas envoyer parce que les autorités ont dit que le marché est complètement fermé au public, nous ne défions pas l’autorité mais elle doit revoir sa stratégie. Le minimum de service il faut l’accepter quand-même sinon la fermeture fera plus mal que le coronavirus. La maladie qui sévit vient de Dieu nous sommes tenus d’accepter ainsi, quand il va décider de la retirer aussi, l’humanité sera en paix. Nous sommes tous mortels nous partirons d’une manière ou d’une autre. Il faut être croyant, cette maladie a freiné le monde entier mais les gens se débrouillent tant bien que mal pour joindre les deux bouts, le marché doit être fonctionnel, le fermer comme ça c’est favoriser la faim », se plaint se citoyen, inquiet.

Associé à d’autres personnes A.D.D est convoyeur de bétails vers Conakry. Il a passé une semaine à Thiaguel-Bori avec son argent sans trouver le nombre habituel qu’il transporte par un camion gros porteur. Il explique son clavaire. « Je me demande comment transférer mon argent d’abord pour pouvoir me déplacer en toute sécurité. Les points de vente orange money disent d’être en manque pour déposer un gros montant. Et ici il n’y a pas de banques. Pourtant à mon arrivée, c’est ici que j’ai tout retiré. D’habitude avec mes collaborateurs, on achète jusqu’à 100 bêtes ou plus, cette fois je n’ai pu acheter que 4 têtes dans le marché parallèle. On ne peut pas déplacer un camion pour 4 bêtes. Nous sommes bloqués. La fermeture du marché est dure », se lamente-t-il.

ElhadjTamma Missira Diallo, un autre vendeur de bétails depuis trois décennies est dans la même inquiétude. « Nous sommes préoccupés, habituellement ce marché à bétail regorge du monde. Les acheteurs venaient de Labé, de Kindia, de Conakry, de partout en Guinée et même de l’étranger pour s’approvisionner. C’est des camions gros porteurs qui chargent ici habituellement, maintenant nous sommes devenus des chômeurs qui ne savent plus quoi faire. Nous avons deux inquiétudes : l’arrêt de notre activité et la maladie qui sévit. Nous craignons bien sûr la maladie plus que tout, mais cela ne doit pas nous obliger de rester à la maison définitivement. C’est Dieu qui va sauver sa créature ».

Chargé de contrôler la santé animale avant la vente, Docteur Mohamed Diakité, médecin-vétérinaire et chef de poste élevage de Thiaguel-Bori est à la fois inquiet et nostalgique : «  COVID 19 oblige ! La fermeture du parc à bétail nous rend orphelin sur les lieux. Habituellement c’est un milieu qui grouille du monde, il y a des transactions, les gens viennent d’un peu partout mais aujourd’hui c’est le désert. C’est une inquiétude qui est là à notre niveau quant à une éventuelle crise de viande. C’est vrai que le gouvernement n’a pas fermé tous les robinets, ils ont permis la circulation des marchandises parce que quel que soit la maladie il faut que les gens vivent. Donc nous sommes en train de réfléchir sans attirer un grand monde comment les animaux peuvent circuler d’un point à un autre pour que l’approvisionnement en viande ne soit pas interrompue dans les préfectures voisines jusqu’à Conakry. Thiaguel-Bori est le centre d’approvisionnement en bétail de la plupart des préfectures jusqu’à Conakry. En temps normal vous pouvez trouver entre 300 à  400 têtes de chaque espèces, ce qui sous-entend que c’est des milliers de bêtes qui sont acheminées chaque semaine de Thiaguelbori vers les autres parties du pays. Donc le blocage est total », explique le vétérinaire.  

Au-delà du marché à bétail, ThiaguelBori  constitue un grand centre d’échanges économiques pour des femmes qui envoient des fruits et des tubercules vers le Sénégal. Diallo Aminatou évolue dans ce domaine. Trouvé dans un endroit avec plusieurs colis de mangues, d’oranges et de tubercules, elle exprime ses inquiétudes.

 « Nous étions depuis l’annonce de la fermeture des frontières à la maison, c’est un programme que nous avons eu, des clients basés au Sénégal nous ont demandé d’envoyer des fruits et des tubercules. Nous voulons donner à des convoyeurs pour envoyer nous nous restons sur place. Nous avons vraiment une crainte sachant qu’à la frontière, les agents n’agissent pas selon les instructions mais selon leur humeur le plus souvent, nous avons peur que ces marchandises soient retardées à la frontière au risque de les voir pourrir avant d’arriver à destination. Nous sommes coincés aussi, notre provision à la maison c’est fini, nous comptons sur l’écoulement de ce que vous voyez devant moi ici pour assurer le quotidien de la famille. Nous comptons sur Dieu » s’inquiète cette dame.

Touré Bakary, sous-préfet de Thiaguel-Bori insiste de son coté sur le respect des consignes données dans sa juridiction. « Depuis que l’Etat d’urgence a été décrété, nous avons mis fin à tout regroupement ici. D’abord au niveau des baptêmes et des mariages. Nous avons mis le syndicat des transports afin qu’ils interdisent la venue des taxis à ThiaguelBori le jour de marché parce que le marché ne se tient pas actuellement. Le strict minimum c’est le marché de condiments seulement qui est autorisé. Le reste nous sommes tenus obligés de respecter les consignes. Nous mettons la police et la gendarmerie à contribution  pour barrer les accès parce que là, nous sommes à la porte des frontières, par exemple tous les véhicules qui viennent du Sénégal stationnent chez nous d’abord avant de continuer à leurs destinations respectives, nous avons nos citoyens qui sont très mobiles aussi, c’est pourquoi nous avons pris ces mesures  et faire respecter les règles d’hygiènes », insiste le sous-préfet.

Interrogé, un responsable de l’abattoir de Labé a confié à africaguinée.com que la commune urbaine de Labé seulement a besoin d’au moins de trois tonnes de viande par jour pour la consommation locale. Mais à cause du Covid-19, c’est à peine que les boucheries de Labé arrivent à trouver 500 kilogrammes. Soit un manque à gagner de 2 tonnes et demi.

Reportage réalisé par

Alpha Ousmane Bah(AOB)

De retour de ThiaguelBori

Pour Africaguinee.com

Tel. (+224) 664 93 45 45

 

 

Créé le Mercredi 15 avril 2020 à 14:48

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