3ème mandat, Constitution, FNDC : les "vérités" de l’ex PM Tidiane Souaré…

Crise politique en Guinée
Ahmed Tiadiane Souaré, ancien Premier Ministre
Ahmed Tiadiane Souaré, ancien Premier Ministre

CONAKRY-Il a longtemps gardé le silence sur la situation politique de la Guinée marquée depuis quelques mois par le débat lié au sujet controversé de changement Constitutionnel. Ahmed Tidiane Souaré, ancien premier ministre qui a été interrogé par nos confrères de la radio espace Fm, a marqué son opposition systématique à l’idée de changement  de la constitution. L’ancien conseiller du Président Alpha Condé avertit sur les conséquences néfastes que ce projet pourrait entrainer dans le futur du pays. Décryptage.

 « Pour moi, il n’est pas question de troisième mandat.  Et aujourd’hui tout ce qui se passe,  je pense que c’est le troisième mandat qui divise les guinéens (…). J’ai été le conseiller  du  président Alpha Condé pendant son premier mandat. Je crois que sa préoccupation était la construction démocratique du pays,  sa construction sur le plan infrastructurel, économique etc. Et je pense qu’il s’est investi de manière absolument remarquable. Ce qui a produit des résultats qu’on ne peut pas nier aujourd’hui. En 2012, j’avais dit au président qu’il y avait des résultats mitigés. Aujourd’hui on ne peut pas nier que la Guinée a bougé. Sur le plan des infrastructures énergétiques, il y a eu un plus. En matière de décentralisation dans le cadre du renforcement des pouvoirs financiers des collectivités, c’est une réalité aujourd’hui. Des fonds sont mis à la disposition des collectivités pour leur auto-développement. En matière économique, on a renoué avec la croissance, c’est sont des avancées mêmes si le panier de la ménagère attend les retombées de cette croissance. En tout, c’est déjà pas mal.

Référendum de 2001…

Je suis témoin de beaucoup de choses. Lorsqu’en 2001 il y a eu un referendum qui a été endossé en 2002 offrant au Président Conté un mandat supplémentaire et de trop à partir de 2003, j’ai observé tous les problèmes du Président Conté. Tout ce qui a terni ses œuvres, tout ce qui a terni son image s’est concentré sur le mandat de trop. Les évènements de 2007, c’est pendant ce mandat. Quand je suis arrivé premier ministre en 2008, c’était plus de gérer des conflits, des marches,  des grèves et des manifestations  que pour consacrer l’effort gouvernement au développement du pays. Je suis convaincu que le président Conté aurait pu quitter  de manière plus belle, plus solennelle et honorable la scène politique en 2003,  qu’il ne l’a fait en 2008 après avoir obtenu ce mandat de trop.

Constitution de mai 2010

Ce qui fait qu’aujourd’hui,  je déconseille systématiquement à tous les guinéens de tous les bords de procéder au tripatouillage constitutionnel. La constitution c’est notre bien commun. La constitution de 2010, c’est une constitution chargée d’histoire. Elle nous a permis de sortir des griffes de la junte militaire, c’est une constitution chargée de sacrifice et  même de vies humaines. Nous avons le devoir de respecter la mémoire de ceux qui se sont battus pour que la démocratie soit rétablie dans ce pays. (…). Ce serait immoral de considérer que cette constitution n’est pas bonne. Ceci dit, elle est révisable à l’infinie. La plus vieille constitution du monde, celle des Etats-Unis datant de 1787, elle n’a jamais été changée. Par contre, elle a été amandée et révisée plus de 30 fois.

(…) Ce que nous savons, cette constitution a été élaborée par voie consensuelle. Cette constitution nous a permis d’éviter des massacres supplémentaires après les massacres du 28 septembre. Elle a permis de baliser le chemin, d’organiser une première élection présidentielle avec prestation de serment, une deuxième élection présidentielle avec  prestation de serment. Ainsi donc, si les acteurs de cette même constitution  nous disent aujourd’hui qu’elle n’était pas ceci ou cela. Cela n’engage qu’eux. Tout œuvre humaine comporte des insuffisances et anomalies. Dans la situation actuelle, ce qu’on nous présente une constitution mythique et mystique. (…)  Je dois préciser  que cette constitution de 2010, mon ami  feu Jean Marie Doré avait tenu à ce qu’elle soit soumise au referendum. Ce sont  les mêmes cadres qui vous disent  aujourd’hui qu’elle a été signée ceci et cela, qui ont dit non. Et que si cela se faisait, ils allaient démissionner  puisque Jean Marie cherchait à jouer à la prolongation à la primature.

Manifestations du lundi 14 octobre et consultations…

Nous devons regarder la situation avec beaucoup de sérénité. C’est l’action qui provoque la réaction. En premier, le Président de la République a engagé des consultations en faveur des débats qui préoccupent tous  les guinéens, c’est une bonne chose.  Mais au constat, il faut dire qu’elle n’a pas été inclusive telle que souhaitée par l’initiateur. On ne peut consulter le bord favorable et celle du centre et exclure tous ceux qui sont défavorables à priori.  Nous sommes en démocratie, nul n’est obligé de répondre à une invitation lorsqu’on estime que l’objet ne vous sied pas.

Sincèrement, j’aurais procédé autrement. Il fallait expliquer aux guinéens pour leur rendre services, les  faiblesses de la constitution actuelle et dans le cadre d’une révision. Parce que changer une constitution, c’est un évènement majeur. Changer de république doit relever d’une circonstance exceptionnelle. Je ne pense pas que nous soyons dans cette nécessité de casser notre maison pour la reprendre ou la reconstruire. Nous pouvons  mettre des couches de peintures, réaménager pour qu’on respire plus.  Aujourd’hui, l’institution supérieure, c’est le Président de la République, il a les prérogatives d’appeler à un referendum, à une révision et même à un changement de constitution si les circonstances s’y prêtent. C’est à lui de choisir sa méthode.  Ce qui est important pour le Président de la République, Président de tous les partis politiques, des bons et mauvais guinéens c’est d’écouter et tenir compte de l’avis majoritaire.

 Je suis le seul cadre qu’il (Alpha Condé, ndlr) ait nommé et qu’il a remercié et qui a continué à garder la posture du silence sans attaquer ce qu’il a découvert dans la gestion.  C’est ça l’homme d’Etat.  C’est pour cette raison,  j’ai la liberté d’expression. Je ne peux pas être premier ministre et mentir à un seul guinéen. Je pense que le président  Alpha Condé que j’ai connu, l’homme avec son parcours, avec ses réalisations (…) s’il ouvre un cadre démocratique serein, il va rentrer dans l’histoire par la grande porte. Je pense que l’homme que je connais ne va pas  dévier malgré les pressions.

Menaces du ministre Keira sur les manifestations

La loi prévoit des marches, des manifestations. Mais encadrez-les.  Comment voulez-vous qu’ils demandent des autorisations lorsqu’on les traite de bandits, de fauteurs de troubles alors qu’ils sont dans leurs droits ? Le FNDC dit qu’il n’y aura ni casse, ni de destruction de biens publics, ni violences. On ne matte  pas en démocratie, les muscles, les forces, les chars ne gouvernent  plus le monde. Le rôle d’un ministre, c’est de veiller au respect des lois. S’il s’aventure autrement,  il assumera les conséquences de son comportement aujourd’hui ou demain ».

Une synthèse de Bah Aissatou

Pour Africaguinee.com

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Créé le Dimanche 13 octobre 2019 à 14:36