Moussa Condé : de la vie de migrant clandestin à celle d’agriculteur…

Reportage sur l'immigration clandestine
Moussa Condé dans son champ
Moussa Condé dans son champ

KANKAN-Diplômé en chaudronnerie, Moussa Condé a un parcours atypique. Son histoire est un cas d’école. Ce jeune originaire de Kankan a abandonné son métier pour prendre la route de l’aventure dans le but de rejoindre les côtes européennes en passant par le désert puis la méditerranée. Mais comme la plus part des candidats à l’immigration clandestine vers l’Europe, l’aventure de ce jeune a viré au cauchemar. De retour au pays sa réintégration commence à porter fruit grâce à la synergie d’organisations étatiques et non étatiques, appuyées par l’Organisation Internationale pour les Migrations.  Reportage.

En 2013, Moussa Condé décroche un diplômé en chaudronnerie à DONKA, Conakry, la capitale de la Guinée. Il décide de rentrer à Kankan, sa ville d’origine où il a créé son atelier de soudure au quartier  Maurioulen, en 2015. Soit deux ans  après la fin de ses études. Il fabrique des portes, fenêtres…bref tout ce qui entre dans le bâtiment. Avec ses huit (8) apprentis, son atelier grandit avant de connaître des difficultés. Le manque de clients le conduit au désespoir. Moussa Condé commence alors de contacter ses amis qui sont en route pour l’Europe. C’est là où son destin a commencé à basculer. Il ferme son atelier pour tenter l’aventure. Il traverse la frontière arrive au Mali avant de poser ses valises  dans la ville de Gao pour gagner l’Algérie.

Kidnappé par des rebelles…

La mésaventure de Moussa Condé commence à la  frontière malienne lorsqu’il a croisé un groupe de rebelles qui l’a kidnappé. « J’ai été kidnappé par un groupe de rebelles qui s’appelle AZAWAD. Ils m’ont transféré dans une cour en plein désert  dans le territoire Algérien. Mes ravisseurs m’ont demandé de payer de l’argent pour ma libération. J’ai fais des semaines là-bas avant que mes parents ne m’envoient deux millions de francs guinéens  pour ma libération. Là où on était détenu, on nous donnait une fois par jour le manger. Tous les jours, le même menu. C’était du spaghettis mal préparé. On se couchait à même le sol sans couvertures  à la merci des moustiques », se souvient-il. 

Après sa libération, Moussa Condé rencontre avec un algérien de même profession que lui. Ce dernier l’a employé temporairement. Chose qui lui a permis d’avoir un peu d’argent. « A ma libération, j’ai rencontré un algérien qui était chaudronnier. Je me suis présenté à lui. Il m’a mis à l’épreuve. Quand  j’ai commencé à travailler, il était satisfait. Il est parti au marché m’acheter du manger. Il avait un cuve à souder, on a travaillé deux jours ensemble on a terminé. Il m’a payé 200 dinars, soit deux cent mille francs guinéens.  Ensuite, ce dernier m’a mis en contact avec un autre chaudronnier. J’ai travaillé pendant des mois avec lui pour avoir mon transport pour Alger », explique-t-il.

Le chemin d’Alger…

Sur la route,  Moussa Condé était avec huit (8) autres migrants en provenance du Mali et de la Guinée. Ils se sont embarqués à bord d’un car. « Chacun a payé 15 000 dinars », explique-t-il. Mais le chauffeur les a trompés avant d’arriver à Alger. « En cours de route, tard la nuit en plein désert, le chauffeur s’est arrêté pour dire les blacks (noirs, ndlr) descendez, votre transport finit ici », se rappelle-t-il. Chose dite, chose faite. Il leur a fallu une marche de deux jours pour arriver par hasard dans une ville appelée INCHALLAH. Là, ils rencontrent un autre groupe de migrants venus de la Guinée, du Mali, du Togo. De la ville d’INCHALLAH, Moussa Condé a continué son chemin avec ses amis d’infortune pour arriver à ADRAR. Ses économies étant épuisées, il s’y installe et travaille dans les champs de dattes pour trouver à manger et économiser d’argent pour en fin arriver à Alger.

La vie clandestine à Alger suivie du rapatriement…

Dans la capitale Alger, Moussa renoue avec métier de chaudronnier. Il travaille dans un chantier en tant que chaudronnier, avant que tout ne bascule un jour. « Les Algériens ont constaté qu’il y a trop des noirs dans le pays. Ils ont commencé à faire rafles. C’est dans ces circonstances, en début 2018, j’étais au chantier avec quatre amis dont deux guinéens et deux togolais. Ce jour là, nos amis togolais étaient partis pour manger quand les policiers sont venus. Ils  nous ont  appelé nous deux par nos propres noms en disant Moussa et Ibrahim venez. Nous sommes descendus, ils ont dit  venez avec nous à la base on va vous enregistrer. C’est très important. Arrivés à leur base, ils nous notifié que c’est pour le rapatriement.  Aussitôt, ils nous ont mis en prison. On a fait une semaine en prison avec d’autres, le temps pour eux de rafler des gens de gauche à droite jusqu’à atteindre un grand nombre pour le convoi des bus. Comme à l’aller, une vingtaine de bus chargée chacun de 180 migrants au minimum, a pris le départ pour la frontière avec le Niger. On nous a envoyé jusqu’à la frontière entre l’Algérie et le Niger à TAMANRASET après une semaine de voyage sans arrêt. Ils nous ont fait descendre en plein désert aux environs de 3 heures du matin. Derrière nous, il y avait des policiers, des gendarmes, des commandos qui maniaient leurs Kalachnikovs », se rappelle Moussa Condé.

Avec ses compagnons, il a fait deux jours de marche avant d’arriver  par hasard dans une ville du Niger appelée ASAMAKA. Mais en cours de route, précise-t-il, plusieurs de ses compagnons sont décédés de soif, de faim ou de maladie. Mais dans cette localité, il y avait une base de l’OIM qui ne pouvait pas prendre en charge toute cette cohorte de migrants. « L’équipe de l’OIM ne pouvait prendre que 150 migrants alors qu’il y avait déjà d’autres qui étaient là avant nous. Il nous ont conseillé d’aller vers ARLITE, une autre ville », raconte Moussa Condé.

La bagarre d’ARLITE avant le retour à Bamako

Arrivée à Arlite, Moussa Condé se fait enregistrer avec ses compagnons dans un camp de migrants où règne la loi du plus fort. « C’est comme dans la jungle. C’était la loi du plus fort. Aujourd’hui tu te couches ici, demain un grand plus fort que toi vient te dire que c’est sa place. Tu discutes, il t’agresse. Un jour, je me suis bagarré avec des jeunes camerounais. Les gardiens m’ont expulsé  de la cour avant même l’arrivée de l’équipe de l’OIM. C’est finalement grâce à une femme touareg  que j’ai rencontré à ARLITE qui m’a aidé à quitter le Niger. Quand j’ai rencontré cette femme après mon expulsion du camp, je lui ai expliqué mon histoire. Elle a été sensible. Elle a payé 150 euro pour mon retour jusqu’à Bamako », narre Moussa Condé. Nouvelle difficulté. Fort malheureusement, il perd son ticket de voyage en cours de route.

« Il y avait trop de changements de véhicules en route. Mais à chaque étape, tu présentes ton ticket. Malheureusement j’ai perdu le mien, c’est pourquoi ils m’ont laissé à Gao. C’est là que l’Organisation Internationale pour les migrations m’a enregistré pour mon retour à  Conakry. Arrivée à Conakry, on m’a donné 500 000 francs guinéens, un téléphone plus un carnet bleu », explique l’ancien migrant, qui confie que quelques moi après son retour, l’OIM l’a appelé comme c’était promis.

Moussa Condé suit ensuite une formation sur le maraichage pour faciliter sa réinsertion rapide. Avec dix (10) personnes, Moussa Condé forme aujourd’hui un groupement pour le maraichage. « A travers la formation et l’appui technique et financier de l’OIM à travers l’ONG ENFANTS DU GLOBE, nous avons démarré l’activité en début janvier 2019 à DOSORY, un village situé à 5 km de Kankan. Nous avons 1 hectare et demi de champ cultivé. Pour un départ, on a investi près de cent millions de francs guinéens. Nous avons les piments et deux variétés d’aubergines. Nous avons récolté trois fois les aubergines et les piments deux fois. Nous attendons la fin de l’hivernage pour redémarrer », explique-t-il, lançant un appel aux jeunes et à l’OIM.

« Je demande à l’OIM de continuer à nous accompagner encore surtout pour la prochaine saison. Je demande à tous les jeunes d’éviter de sortir par la clandestinité. Restons chez nous où nous avons du respect il y a la paix », lance Moussa Condé, qui gagne  tranquillement sa vie grâce à son activité.

L’ONG ENFANTS DU GLOBE participe à la réinsertion des migrants dans la région administrative de Kankan depuis 2018. Gnouma Serge Leno responsable de cette ONG explique que sa structure a reçu une centaine de jeunes migrants pour leur réinsertion socioprofessionnelle. Il intervient notamment sur trois volets à savoir : le renforcement des capacités, la rédaction de leur plan d’affaire et l’accompagnement technique sur le terrain.

Depuis le lancement du projet de réintégration des migrants rapatriés en Guinée, 3317 migrant été reçus par le comité technique régional  pour la réintégration des migrants. Son vice-président M. Sékou Condé explique : « Depuis le lancement du projet de réintégration  en août 2017 à Kankan, nous avons reçu  3 317migrants. Cette année, 237 migrants ont été reçus lesquels figurent 4 femmes (…) Nous organisons des formations sur l’esprit d’entreprise et l’entreprenariat jeune. On  les réunit en groupement  ou associations, nous les aidons à monter des projets que l’OIM finance », explique  Sékou Condé, précisant que le comité technique régional se réunit chaque six mois  pour faire le point sur les forces et faiblesses du processus de réintégration.

Sanaba  Sekou Condé l’un des responsables du bureau OIM Kankan, confie que son organisation organise une série de formations pour les migrants. Ces formations sont axées sur le code de conduite, le civisme, le VIH-SIDA. M. Condé souligne que présentement  des milliers de jeunes migrants retournés évoluent dans des domaines tels que le lavage des engins roulants, la saponification, le maraichage, la vente des pièces détachées, l’orpaillage grâce à l’appui  de l’Organisation Internationale pour  les migrations.

Un reportage d’Amadou Oury Souaré

Pour Africaguinee.com

Tel :(+224) 628 44 16 32

Créé le Samedi 12 octobre 2019 à 20:16