Mariama Diallo, l’épouse du jeune guinéen "enlevé" au Caire parle : « J’ai peur… »

Interview

CAIRE- Depuis la disparition de son mari le 10 septembre dernier, Mariama Diallo vit dans l’angoisse. L’épouse de Mohamed Bilal Bah, ce jeune étudiant guinéen de 34 ans « enlevé » depuis le 10 septembre 2019 par des inconnus vit dans la tourmente. 

Au micro d’Africaguinee.com, cette jeune-dame a fait des confidences sur les cironstances de l’arrestation de son mari. Mme Bah Mariama Diallo lance également un appel à l’endroit des autorités guinéennes, notamment au Président Alpha Condé.

 

AFRICAGUINEE.COM : Nous avons appris que des inconnus sont venus « enlever » votre mari depuis le 10 septembre dernier. Expliquez-nous ce qui s’est réellement passé. 

MARIAMA DIALLO : C’était dans la nuit du lundi 10 septembre, trois personnes sont venues taper à la porte. Mon mari a demandé leurs identités mais aucun d’entre eux n’a voulu donner son nom. Ils ont continué à taper la porte de façon violente avec insistance sans se présenter. C’est suite à tout ça que mon mari s’est engagé à ouvrir et ils sont entrés dans la maison.  Ils ont posé certaines questions à mon mari. Ils ont demandé depuis combien de temps il vit en Egypte, où il étudie. Ils ont réclamé son passeport, son téléphone, son ordinateur avant de partir avec lui. Ils ont arrêté un de nos voisins comorien également, marié et père de 2 enfants au même moment. Ce comorien s’appelle Fad Moussa. Tout ça s’est passé entre 1h et 2heures du matin. Nous avons saisi les services de sécurité qui montaient la garde devant chez nous. Ces derniers nous ont dit que ce sont des agents secrets du pays qui sont venus chercher mon mari. La sécurité du quartier a fait savoir si ce sont les agents secrets qu’ils ne peuvent rien faire

Ces inconnus qui sont présentés comme étant des agents secrets ne vous avaient pas dit où ils amenaient votre mari ? 

Les personnes venues ne portaient pas des uniformes de l’armée ou de la police. Elles étaient en civil mais un d’entre eux détenait une arme. À leur arrivée tous nos enfants dormaient. Depuis son arrestation j’ai passé de nombreux coups de fil qui sont restés sans suite. Les deux jours qui ont suivi son interpellation, son téléphone était joignable, même s’il n’a jamais pu décrocher. Mais actuellement, son numéro est injoignable. 

Au delà d’être des voisins, votre mari et le comorien avaient-ils d’autres liens ? 

À ce que je sache non. A moins que ça ne soit la passion du football par exemple parce qu’ils jouaient ensemble parfois. Au delà de ça, je ne crois pas.

Depuis l’arrestation de votre mari est ce que d’autres agents sont passés à votre domicile pour vous poser notamment des questions ?

Personne d’autre en lien avec l’interpellation de mon mari n’est venu ici. Mais le président des étudiants guinéens et d’autres compatriotes sont venus nous voir. Du côté de l’ambassade de Guinée j’ai appris que des missions ont été envoyées vers les prisons et les commissariats de notre commune dans le but de retrouver mon mari. L’ambassadeur lui-même m’a signifié que des enquêtes sont menées partout mais il n’y a pour l’instant aucun indice solide. J’ai appelé l’ambassadeur pour lui demander où ils en sont pour retrouver mon mari, il m’a dit que l’enquête n’a donné aucun résultat d’abord. Le président des étudiants ainsi que les autres chacun bouge de son côté mais nous sommes sans suite d’abord. J’ai peur.

Comment vivez-vous l’absence de votre mari ?

Je mène un quotidien difficile avec mes enfants. Je ne dors pas et les enfants aussi. Toutes les nuits les enfants pleurent pour demander où se trouve leur père. Je demande à l’ambassadeur de s’impliquer davantage afin qu’on retrouve mon mari. La souffrance est énorme pour moi. C’est difficile de vivre comme ça sans connaitre où se trouve le père de mes enfants. Je suis dans l’angoisse. Présentement nous avons un peu d’argent sur nous pour la dépense. Mon mari avait ça ici. Ça nous servira pour quelques jours pour nourrir les enfants. Mais après ça je me demande comment faire pour le quotidien familial.

Est-ce que vos parents en Guinée sont informés de la situation ?

Oui ils sont informés. Le grand-frère de mon mari est déjà informé, ma mère aussi avec certains proches. Nous sommes de Labé, mon mari est de Bourouwal, moi du quartier Fadi. Toute la famille à Labé est informée mais à l’heure qu’il fait nous n’avons aucune nouvelle de lui.

Votre mari vous a t-il une fois dit qu’il était menacé ?

Depuis que nous sommes ensemble il ne m’a jamais dit cela. Ni avant, ni ces derniers temps. Depuis presque 10 ans nous sommes ensemble ici. C’est ici que je l’ai trouvé quelques temps seulement après son arrivée, mais jamais l’affaire de menace ou de peur n’est venue dans nos conversations.  

Votre dernier mot.

Je demande aux autorités guinéennes, au Président de la République, le Ministère des affaires étrangères jusqu’à l’ambassade et toute autre personne, qu’ils m’aident par tous les moyens afin qu’on me rende mon mari que je considère disparu pour le moment. J’ai envie de revoir mon mari. Aidez-moi s’il-vous-plait. Je suis dans la tourmente.

Merci Mme Bah !

Merci beaucoup que Dieu vous paye pour le bienfait !

 

Interview réalisée par Alpha Ousmane Bah (AOB)

Pour africaguinee.com

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Créé le Vendredi 20 septembre 2019 à 14:25