Élections et dialogue national : qu’en pense Ousmane Gaoual ?

Interview
Ousmane Gaoual Diallo
Ousmane Gaoual Diallo

CONAKRY- Alors que le Premier Ministre Kassory Fofana continue sa série de consultations, le parti dirigé par Cellou Dalein Diallo reste dans sa position. L’Union des Forces Démocratiques de Guinée reste droite dans ses boîtes malgré les engagements et promesses du Chef du Gouvernement.

Ousmane Gaoual Diallo, le patron de la cellule de communication de l’UFDG s’est prêté aux questions d’Africaguinee.com. Le Parlementaire réagit ici sur les déclarations du Président de la Commission électorale nationale indépendante. Exclusif !!! 

 

AFRICAGUINEE.COM : Cellou Dalein Diallo est invité par le premier ministre à donner son point de vue sur la Constitution dans le cadre des consultations qu’il a déjà entamées. Est-ce qu’il va répondre à cette invitation ?  

OUSMANE GAOUAL DIALLO :Il n’y a pas d’ambigüité sur notre position parce que jusqu’à présent le FNDC (Front National pour la Défense de la Constitution, Ndlr), l’opposition, ont exprimé des positions qui sont claires. Il n’y a pas de nouvelles informations qui laissent entrevoir un fléchissement de quelque nature que ce soit. Donc nous ne répondrons pas en l’état à cette invitation du Chef du Gouvernement. Une lettre d’invitation nous est parvenue ce vendredi mais la réponse est sans équivoque. Pour nous le sujet qui est à débattre ne nous intéresse pas. Le Président de la République et son Premier Ministre doivent s’exprimer sans aucune ambiguïté sur le respect de la Constitution dans toute sa globalité pour espérer qu’on puisse éventuellement parler de dialogue sur d’autres sujets. 

Parmi les leaders du Front, il n’y a que Cellou pratiquement qui est invité à ces consultations. Est-ce une stratégie pour le pouvoir de diviser le FNDC ? 

Non je ne pense pas qu’il soit le seul. Je crois qu’on s’est adressé à lui en tant que chef de file de l’opposition et l’opposition républicaine. Ce n’est pas forcément une lettre adressée à un seul parti politique. C’est un groupe de partis politiques parce que la Lettre mentionne bien l’opposition républicaine. 

Interrogé sur son avenir à la tête de la Guinée, le président Alpha Condé a déclaré qu’il s’en remet à Dieu. Qu’en pensez-vous ? 

Disons qu’on va parler à Dieu aussi. On est croyant et je crois qu’on est très nombreux en Guinée à prier Dieu pour écourter son mandat. On lui demande d’écouter démocratiquement le peuple de Guinée. Dieu a choisi son camp qui est dans la constitution. Il faut que le chef de l’Etat comprenne ça. S’il veut entendre la bonne parole de Dieu, qu’il comprenne que Dieu lui a fait beaucoup de grâce à l’âge où il est arrivé au Pouvoir et celui qu’il a aujourd’hui. C’est déjà quelque chose d’important.  

Le président de la CENI Salifou Kébé vient d’annoncer que les élections législatives pourraient être tenues avant la fin de l’année. Techniquement cela vous semble-t-il possible ? 

Je pense que le président de la CENI est quelqu’un de très émotif. Malgré sa formation juridique, il n’a pas maitrisé le processus électoral. Il s’exprime sur la base de ce qu’on lui dicte. Parce qu’il ne faut pas se leurrer, c’est un partisan connu du RPG arc-en-ciel. Il ne fait l’objet d’aucun doute que pour l’organisation des élections législatives, la CENI a besoin de plus de 230 jours pour arriver. Maintenant, il y a des étapes qu’on peut paralléliser, mais il n’y a aucune indication technique qui montre qu’on peut aller aux élections avant le mois d’avril 2020. 

D’abord parce que d’après sa propre déclaration, il a indiqué que la CENI a reçu le logiciel mais que le serveur était en cours d’acheminement. Nous avons pris contact avec la société Innovatrics qui a été recrutée pour faire les opérations d’enrôlement. Nos sources nous ont  dit qu’elle ne peut pas livrer un logiciel avec les serveurs configurés avant le 15 octobre prochain. La CENI a fait tout pour que ce soit le 1eroctobre mais ce n’est pas possible parce qu’il s’agit d’adapter tout le logiciel qui permet d’enrôler. Une fois que ça c’est fait, il y a une technique de développement des codes, d’intégration des codes, de test, de recettes pour vérifier la fonctionnalité. Ce sont des langages techniques que les ingénieurs connaissent très bien et qui permettent de qualifier la machine et de la livrer en Guinée. On doit vérifier sa conformité par rapport aux besoins clairement exprimés dans le cahier de charge. Une fois que ça c’est validé, on doit copier le logiciel là sur les 5 000 ordinateurs qu’on va déployer dans le pays. Cette opération va prendre du temps. Une fois qu’on a copié  le logiciel, dans chaque ordinateur on doit lui mettre les données concernant l’électorat de la localité où il doit aller (…). Je n’ai même pas parlé du délai d’acheminement du matériel vers l’intérieur et du réacheminement vers Conakry. 

Après tout ce processus, il faut déverser le contenu de chaque ordinateur dans le serveur. Et on ne peut le faire que un à un. Il faut copier les données contenues dans les 5000 ordinateurs et mettre dans le serveur. Après on lance les opérateurs techniques de parcing avec une application qu’ils appellent « AFIS »  qui permet de comparer chaque occurrence avec les six millions d’autres enregistrements. Peut-être dix millions parce que d’autres vont s’inscrire deux fois, trois fois ou quatre fois. Le logiciel permettra de détecter les doublons, les triplons etc. Il va mettre de côté toutes les ambiguïtés.   Ensuite il faut des humains pour vérifier que la machine ne s’est pas trompée en comparant telle personne à telle autre. On va vérifier tous les éléments de l’identité et d’authentification biométrique. Après on va supprimer les doublons et les triplons et réinstaller ça machine. Il faut savoir que quand on lance l’opération de parcing, ça dure 15 jours avant qu’on ait le résultat (…) il y a beaucoup d’opérations de calculs alors que les serveurs sont limités dans le temps. Sauf à paralléliser les centaines de serveurs pour avoir une puissance de calcul phénoménal, mais la Guinée n’en a pas les moyens. Donc il faut du temps. 

Une fois que la liste est sortie, il faut l’imprimer, l’afficher et laisser la place à 15 jours durant pour les contestations. Donc il y a encore beaucoup d’étapes qui restent. Je pense que le président de la CENI est conscient de ça. Mais comme il faut faire de la démagogie devant les petits écrans, chacun peut dire que toutes les contraintes sont levées. Le Gouvernement ne peut lever qu’une contrainte financière, le reste c’est une question de temps. Et ce temps on n’en a pas entre maintenant et la fin de l’année. Je peux vous parier que l’élection n’aura pas lieu en 2019. Ce n’est même pas la peine de se presser. Probablement elles peuvent se tenir à la fin du 1ertrimestre de 2020 si on est maintenant mobilisé. Or, on est encore dans la réflexion. 

Le président de la République a déjà donné une indication qui est confirmée par le président de la CENI, à savoir que les élections sont tenables avant la fin de l’année avec le soutien du Gouvernement et de tous les acteurs concernés. Est-ce que l’UFDG ira aux élections si tout ce que vous venez d’énumérer n’est pas exécuté comme il le faut ? 

La parole du Président ne pèse pas lourd dans mes estimes. Il ne faut pas trop considérer cela. Surtout il ne faut pas oublier qu’il savait que les élections législatives devaient avoir lieu avant janvier 2019. Mais rien n’a été fait. En 2018 et 2019, les ressources financières ont été votées par l’Assemblée Nationale, mises à la disposition du Gouvernement qui a refusé de débloquer. Pourtant il n’y a pas de meilleures contraintes que le président de la République subit que la Loi. C’est elle qui doit lui faire obligation de respecter certains engagements pour faire en sorte que la paix et la quiétude règnent dans notre pays. En aucun cas, si la CENI va dans l’hypothèse que le Gouvernement organise les élections d’ici la fin de l’année, c’est impossible. Ce n’est même pas la peine d’aller dans cette forme de réflexion. Techniquement ce n’est pas possible, même si on décidait d’aller contre vents et marrées. Sauf si on dit qu’il n’y aura pas de révision du fichier électoral, il n’y a rien et puis on y va simplement. Mais on n’est pas dans cette dynamique. Nous sommes dans la dynamique de la révision du fichier électoral conformément à l’audit. Dans ce cadre-là, il n’y a aucun doute que l’élection ne pourra pas avoir lieu avant la fin de l’année. 

 

Interview réalisée par Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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Créé le Vendredi 13 septembre 2019 à 15:52